Clin d'Oeil phonétique



Clin d'oeil phonétique



Pour pénétrer le monde des mots et des maux, 
La porte, bien gardée, est-elle... ouverte ou rouge?


Les hommes en blouse de ce siècle dernier
Avec science et vaillance, ont franchi le palier
Des maux du corps de l'homme, mais en s'introduisant
Au tréfonds de sa chair, se rendent-ils compte vraiment
Qu'ils laissent dans son Essence, tant de plaies rouges ouvertes?


Ne faut-il pas franchir la porte grande ouverte
Des mots, ceux des vers des poètes, qui flottent dans l'air
Du temps, ceux des dictons, ce bon sens populaire,
Jusqu'à ceux de l'argot, même quand ils sont très verts
Pour tenter de guérir l'homme de ses maux divers?


Dès l'aube de sa vie, dans les mythes et les rites
Religieux morbides qui, au sacrifice invitent,
L'Homme s'est évertué à tuer, barbouillant
Son Prochain de rouge hème, dont les flots bouillonnants
Déversent leur incarnat dans les fleuves encore verts
De notre pauvre Terre jusqu'à faire rougeoyer
La lumière des artères de nos actuelles Cités!


Dans ce noir bain de sang, l'Être humain, vert de peur,
Est contraint de voir rouge ! Oublie t-il dans son ire
Que l'Amour peut aussi rendre rouge de Plaisir?
Le Rouge Originel, cet éclat de Couleur
Est Signe Naturel d'une Maturité Saine
Des Fruits de notre Terre, jadis Jardin d'Eden.


Et sous le vernis rouge, l'Artiste devine, voyeur,
Le vert complémentaire ? Hélas, mots et couleurs
Sont aussi des Symboles au pouvoir redoutable,
Quand l'âme noire des Hommes les pervertit en Diables.
Procureurs, cardinaux, bourreaux et scélérats
Toréadors, feux tricolores brandissent l'éclat
De cette vive couleur pour l'épouvante des âmes,
Tel le noir interdit d'une sanglante oriflamme.


" Le rouge est-il vraiment cette couleur de l'effroi,
Qu'on ne puisse pas blanchir ? " interroge le petit
Poisson rouge domestique des modernes abris.
" Les Yeux tout éblouis de vos enfants faits rois
Ne sont-ils pas le Signe, que ma rouge robe d'écailles
Est un Chef-d'Oeuvre d'Art pour parer la grisaille ?
Les murs de verre, si lisses, de votre cage d'eau
M'interdisent-ils vraiment le Saut vers l'Eau-Delà,
Source de la Vraie lumière ? Qui me délivrera ?
Ce faux rouge que reflètent vos néons de Fluor
Me condamne t-il à Mort dans l'artificiel or ?
Je tourne ma Vie en ronds, pauvre vivante Forme,
Et gobe, avide mouton, la nourriture informe
Que, Vous, mes Maîtres Hommes, me jetez en pâture,
Alors que pour l'Oubli du mal qui me torture,
Je rougis du Désir d'un petit Ver bien rouge ?

 

 

Ce clin d'œil phonétique invite à prendre la clef des champs, celles des chants/sons, que le linguiste nomme phonétiques et sémantiques. Puisque le bonheur est dans ces champs, courez vite vous prendre à l'Âme-Son. Il faudra vous plonger sans préjugés dans la mer de la résonance des mots, y entrer en privilégiant d'abord le Son au Sens, en écoutant les mots qui résonnent et non ceux qui raisonnent, jusqu'à rassasier votre Faim de Sons, afin qu'à la Fin vous retrouviez la clef défunte d'un Langage qui nous faisait défaut. Alors, peut-être, après bien des mots, pourrez vous saisir la clef phonétique des mots qui délivre des maux, celle du Verbe, qui était suspendue, en Lettres Capitales, à vos Rouges Lèvres ?

 

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Entendre les mots tus

 


Pourquoi crions-nous avec des maux le silence de mots tus ? Nous sommes l’objet permanent d’inhibitions de sources diverses liées à l’éducation socio-familiale, programme d’un prodigieux conditionnement qui conforme l’individu, le normalise, le contraint à un jeu social fondé sur l’hypocrisie. Nous sommes tous des hypocrites, écrit Philippe Bouvard. «Nous participons tous, peu ou prou, à ce mensonge social, règle du jeu implicite et pernicieuse, qui sert à lubrifier les relations humaines. Cette hypocrisie est devenue un milieu de culture bien huilé, où prolifèrent l’équivoque et l’imposture».


Le langage y participe, même avec ses unités: «Loin de la vérité, les mots mentent tous seuls», proclame Crommelynck. Les règles sociales et morales, ce surmoi freudien, étreignent l’homme dans une camisole et le bâillonnent. Combien de vies cadenassées, stérilisées ? «Une vie non vécue exerce une puissance de destruction irrésistible», affirme Jung. Combien d’êtres meurent sans avoir confié à personnece qui leur tenait tant à coeur ou tant à cul ( !). Et qu’est-ce souvent qu’une existence d’homme civilisé sinon une suite de renoncements!

Au sujet des « petites gens », Bossuet déjà comprenait qu’on les croit insensibles parce que non seulement elles savent se taire, mais encore sacrifier leurs peines secrètes”. Himalayas de silence, abysses des secrets de famille, enlisement des haines indicibles, prisons des résignations.
Comment s’étonner que tous ces gens sous pression, souvent hypertendus, ne peuvent se“détendre” ? Broussailles des embrouillaminis, brouillard des brouilles, grisaille des sentiments, représailles des ressentiments, muraille du « qu’en dira-t-on », portail verrouillé de la morale, épouvantail des “trouilles”, soupirail clos du désespoir. A ces “ne pas”, forme négative qui nous immobilise, à ces interdictions qui nous clouent sur place, comment survivre ? Faire face, avec l’énergie du paraître comme règle conditionnée de bienséance… en oubliant d’être !

Malgré les masques qu’impose le contrat social, l’être humain survit, mais son corps paie le prix de ses silences, de ses renoncements, de ses sacrifices. Aussi, derrière les déguisements du bal masqué social, le médecin cherche à décoder les mots, à deviner l’innommable et l’indicible. La maladie est l’occasion rare de tomber le masque, moment où la personne se dénude corps et âme, exhibition qui révèle une vérité dissimulée aux autres comme à soi-même. Vérité des lapsus, éclairs des rébus, jeux subtils des correspondances, magie de la polysémie, trahison de l’homophonie. Ecoutons les mots-clefs qui ouvrent les portes du caché. Ceux qui se plaignent d’avoir mal au coeur, qui ont envie de rendre (quoi ?), ne sont-ils pas dans un écoeurement plus général, existentiel ? Cet homme, qui se dit le coeur brisé après un crève-coeur, présente un angor, avec risque "d’infractus”! Cette patiente dorsalgique chronique qui dénigre son supérieur hiérarchique, explique “qu’elle en a plein le dos”. Cette autre femme en sinusite récidivante depuis son mariage avoue que son mari “la mène par le bout du nez” ; celui-là qui accuse une obstruction nasale déclare qu’il a“son chef dans le nez” ; ou celui-ci consulte spécialiste sur spécialiste pour une pharyngite chronique alors qu’il arrive à l’âge auquel son père est mort d’un cancer du larynx ; ce déprimé non-fumeur, en psychothérapie pour vaincre une timidité inhibant son expression orale, est atteint d’un cancer de la langue ! Ce jeune homme, qui n’ose déclarer son amour, déclare angine sur angine, comme si les mots lui restaient en travers de la gorge. Tel dyspeptique digère mal certaines contrariétés, tel autre se plaignant d’un poids (pouah!) épigastrique annonce que certaines critiques lui sont restées sur l’estomac. Cette femme, souffrant de constipation, se dit “nulle à chier” dans sa vie privée. Cet homme impuissant avoue, parlant de sa fatigue, que “le matin, il a du mal à se mettre en branle” ! Car les mots nous trahissent et disent parfois, à notre insu, ce que nous voulions justement garder sous silence !


Entendre les silences de l’enfermement


Derrière ces maux, ces plaintes, ces douleurs corporelles ne se cachent-ils pas des idéalismes déçus, des personnalités reniées, des rêves bafoués, des échecs non acceptés, des trahisons non pardonnées, des regrets coupables, des actions avortées ? Sous la pression sociale, religieuse, familiale, dans la soumission à la règle hiérarchique et à la convention, serait-ce une version de l’enfer qui s’entrouvre au seuil de la maison? Faut-il souscrire à l’accusation du marquis de Sade selon laquelle « il n’y a d’autre enfer pour l’homme que la bêtise ou la méchanceté de ses semblables », dénigrement d’autrui que porte à nouveau Sartre dans Huis-clos : «Pas besoin de grill, l’enfer c’est les autres» ; car ces autres pénètrent dans les quartiers résidentiels de nos neurones cérébraux avec  leurs images, leurs émotions et leurs mots, ils peuvent investir, dénaturer notre moi profond jusqu’à déterminer des comportements complètement mimétiques. Il est vrai que le mal et la violence nous habitent par mimétisme, simples reproductions comportementales de l’exemple de pulsions violentes originelles que l’on doit à notre cerveau primitif reptilien, chargé d’assurer la survie à tout prix. A ce programme inné biologique vient s’ajouter une programmation familiale et sociale qui, elle, n’est en général pas foncièrement mauvaise, mais toujours aléatoire pour chaque individu ; il en résulte de multiples conflits entre les programmes innés et les programmes acquis variant selon les sociétés humaines, sans parler du programme enfoui, refoulé de notre réalisation personnelle ?
Conquête de terres extérieures visibles ou quête de notre terre intérieure cachée ? Vers le Soleil ou dans la Lune ? Christophe Colomb en Amérique ou Dante aux Enfers…? Avoir ou être ? That is the new question.
Cette terre intérieure, depuis Freud, a un nom : l’inconscient individuel, et depuis Jung, elle est universelle, emplie des symboles archétypaux de l’Humanité : l’inconscient collectif. L’avènement de la psychanalyse pousse à rechercher le Sens de notre vie dans l’introversion, le retournement à nous-mêmes. Rappelons que le but de la psychanalyse est d’abord de soulager la souffrance psychique en dénouant le fil de nos traumatismes enfouis. Cette médecine des profondeurs s’adresse au sujet en détresse psychologique. La psychanalyse n’a pourtant pas de base scientifique : il est toujours impossible de localiser l’inconscient, le surmoi ou le ça freudien ! Quant au mécanisme-clef de l’inconscient, le refoulement, les avancées des neurosciences dans le domaine de la mémoire et de l’oubli tendent désormais à mettre en doute son existence !
Jusqu’à présent seuls les textes prophétiques et les mythes peuvent nous faire correspondre avec cet autre monde dans les profondeurs de notre moi. «Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux» dit la sagesse d’Hermès. C’est par le symbole qu’on parviendrait à appréhender le monde inconscient et ses mystères, à considérer d’un côté l’Homme dans le Monde, et de l’autre le Monde dans l’Homme, telles les deux faces d’une même réalité. «Ce qui est en bas égale ce qui est en haut et ce qui est en haut égale ce qui est en bas, pour accomplir le miracle d’une seule chose», précise Hermès. Les Hébreux appellent Elohim " l’Homme d’en Haut" et Adam "l’homme d’en bas". Pour les croyants polythéistes grecs comme pour les monothéistes judéo-chrétiens, c’est par le langage des mythes, des symboles, des légendes pour les uns et des paraboles pour les autres, que l’homme d’en bas communique avec le monde d’en haut.
Dans la mythologie grecque, il n’est pas rare qu’un simple mortel gagne l’Olympe, mais il doit pour cela surmonter un certain nombre d’épreuves terrestres et même descendre aux enfers. Comme Job dans son terrifiant voyage infernal, où il parvient à «fixer le subtil», épreuve la plus difficile, nous devons explorer et connaître notre inconscient, tandis que nous sommes pour la plupart devenus sourds à notre moi profond. Notre raison tournée vers l’extérieur ignore la résonance intérieure et c’est parfois seulement la maladie, en nous plongeant dans l’enfer des maux, qui nous ouvre la voie vers nos terres intérieures.


Entendre le malentendu médecin/malade


Le recueil des données médicales sur une maladie (l’anamnèse) débute par un interrogatoire soigneux, relevant tous les événements médicalement signifiants, en commençant par ceux qui ont amené à consulter. Bien que le rapport des symptômes affectant un patient doive être recueilli à partir des mots exprimés, le médecin, conditionné par son apprentissage à la faculté, recherche des signes spécifiques à la pathologie d’un organe ou d’une fonction, et réinterprète dans son jargon savant les mots du malade. Il arrive fréquemment qu’un symptôme qui préoccupe le malade ait peu de signification pour le médecin et, qu’un autre lui semblant mineur, soit capital pour le diagnostic organique. C’est pourquoi, l’écoute et le dialogue médecin-malade sont primordiaux et riches d’enseignement. Encore faut-il parler la même langue ! Il y a seulement quatre siècles les docteurs parlaient latin ! Les médecins n’auraient-ils pas autant à apprendre des mots des malades que ces derniers du langage scientifique ? Paul Ricoeur note la dissymétrie de la relation médecin-malade avec d’un côté un malade diminué et angoissé par sa maladie et sa souffrance et de l’autre un médecin non malade, détenteur d’un « supposé-pouvoir » de guérir.
Ecouter l’histoire d’une maladie, c’est non seulement en découvrir mot à mot le récit, mais c’est aussi, à travers elle, découvrir l’être malade et les craintes qui l’inhibent. La mise en mots des maux par le malade devrait être l’objet d’un enregistrement minutieux in extenso et non retranscrite uniquement en signes médicaux : ce n’est l’usage, ni dans la pratique, ni dans la formation du médecin, mais cela permettrait de retrouver la trame secrète des traumatismes.

Dans le dialogue malade/médecin, on entend d’un coté, un langage vécu, vibrant de l’empreinte de la souffrance avec l’écho de mots douloureux, et de l’autre, un langage scientifique analytique. Face aux mots apparemment désordonnés, approximatifs et subjectifs du malade, s’opposent la sémiologie et la sémantique médicale de l’homme de science.
Au questionnement quelquefois maladroit du patient, le thérapeute répond le plus souvent par une liste de molécules, l’ordonnance. Est-ce satisfaisant ou suffisant ?


Transcrire maux à mots ?


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Si l’on admet que maux et mots sont liés, que le corps est l’écran où se projettent des messages nés de conflits intérieurs sources d’inhibitions, le thérapeute empêcherait cette expression somatique issue de la psyché pathologique. Autrement dit le message (exhibition de maux) non reçu est appelé à se manifester à nouveau, identique ou sous une autre expression clinique, d’où les pathologies chroniques ou récidivantes.
Tentons de poser le problème avec un raisonnement par l’absurde :
- soit les maladies humaines sont indépendantes du langage : alors les mots des maux, ne sont que traduction de sensations douloureuses et de gêne fonctionnelle. La lecture mots à maux n’existe pas et une correspondance entre maux et mots, n’est que spéculation imaginaire. La maladie frappe de l’extérieur au hasard et tombe sur un individu innocent. Par cette conception, les scientifiques, dont l’objet est aussi d’identifier des relations entre l’atteinte organique et son agent causal, l’étiologie, fuient la recherche d’un sens premier, d’une cause de la cause, comme l’écrivait Hippocrate.
- soit il existe un lien entre le mal physique et le mal vivre, à travers un langage spécifique restant à découvrir, un langage qui porterait la preuve des interactions psyché/soma. La nature même de la maladie, son sens premier et sa finalité seraient alors à concevoir totalement autres. Mais les mots de l’homme ont-ils ce pouvoir et par quel biais biologique ?


C'est l'objet du livre Entendre les mots qui disent les maux et pour le comprendre il faut au préalable entendre les mots autrement (autre ment)








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Date de dernière mise à jour : 25/01/2013

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