- Des prémisses douloureuses de motivation -

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L'empreinte phonétique de la douleur

 

Aïe, que les ouailles dérouillent !

 

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Je ne suis pas linguiste, mais après 40 ans d'exercice de la médecine générale rurale en périphérie de Besançon, il est devenu évident que les mots recèlent un Savoir caché, que j'aurai mis plus de 10 ans à décrypter. Je peux désormais affirmer que la linguistique saussurienne, fondée sur l’exclusion du référent, n'est que la partie consciente d'une langue, la partie émergée de l'iceberg linguistique. Saussure, tel Alexandre le Grand, devant un problème a priori trop complexe à résoudre, à dénouer, ce qui est l'étymologie d'analyser, s'est contenté sommairement de couper le nœud gordien qui reliait le langage humain au référent, perçu pourtant par les différents organes sensoriels, la vue et l'ouïe principalement. Sur cette séparation arbitraire, contraire à la biologie, entre le référent extralinguistique et le couple signifiant/signifié psychique s’est fondée la linguistique moderne, une science faussement humaine, séparée de ses racines biologiques, que en reprenant un mot lacanien on pourrait qualifier elle-même de "linguisterie"!

 

Les mots ne sont pas nés par génération spontanée. Comme l'écrit Anatole France "Songez-y, un métaphysicien n'a, pour constituer le système du monde, que le cri perfectionné des singes et des chiens. Ce qu'il appelle spéculation profonde et méthode transcendante, c'est de mettre bout à bout dans un ordre arbitraire les onomatopées qui criaient la faim, la peur et l'amour dans les forêts primitives et auxquelles se sont attachées peu à peu des significations qu'on croit abstraites quand elles sont seulement relâchées". Plus tard Karl Gustav Jung confirme "Si abstrait qu'il soit, un système philosophique ne représente donc, dans ses moyens et ses fins, qu'une combinaison ingénieuse de sons primitifs". Pavlov avait bien compris que le mot n’est qu’un bruit signal parmi d’autres et le langage représente un deuxième système de signalisation, des signaux de signaux, les sensations et représentations du monde extérieur étant les signaux primaires de la réalité.

 

Or, le médecin de famille, qui tend l'oreille en permanence pour comprendre la souffrance de ses patients malades, entend des discours singuliers avec des mots qui blessent, déchirent, torturent, angoissent, glacent, des mots vibrants de maux où résonnent des cris à peine retenus. Aïe, que les ouailles dérouillent ... et leurs dépouilles partent pour un Ailleurs, couronnées de glaïeuls lors des funérailles. Aïe mes aïeux !

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AÏE !

 

"Docteur, j’ai les genoux rouillés, la tête qui s’embrouille, je m’sens vasouillard, la voix éraillée, la vue qui se brouille, dans mon ventre ça gargouille, ça «grevouille, ça rebouille», et ma gorge qui gratte"ouille", je crache"ouille" des graillons, je tousse"aille", me sens défaillir, ça me tire"aïe", j’ai un caillou dans un rein, un caillot dans la jambe, je suis mouillé de chaud, bouillant de fièvre… sans oublier la grand-mère qui déraille et le grand-père qui se souille !  Autant se tailler les veines tout de suite et se jeter à la baille boire un dernier bouillon !

douleur2.jpgLes ouailles ne sont-elles pas le fruit des entre-"aïe", après le travail de l'accouchement, torture selon laquelle la femme devait enfanter selon la Bible ! Car les ouailles sont prolifiques et mettent bas toute une marmaille qui piaille, braille, criaille en se chamaillant. Leur petits, qui se souillent, sont emmaillotés !

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Le risque douloureux est bien signalé dans les objets courants de l'environnement des ouailles : cisailles, taille-haie, maillet, mailloche, quenouille, bouilloire et bouillote, douille électrique, paille de fer, limaille... Et, pauvres ouailles que nous sommes, nous nous blessons en nous faisant des entailles, nous nous coinçons les doigts dans le port"aïe", les écrasons sous un caillou, voire dans le hayon ("haillon") arrière de nos bagnoles.

 

On remarquera le glissement diachronique du mot haillon, mot qui traduisait dans un premier sens l'habillement des miséreux lors des siècles précédents (heureusement plus rares) avec en 1832 un second sens :haillon: « hutte à l'usage des ouvriers ardoisiers » (Raymond);  et qui de nos jours est surtout employé pour désigner le coffre arrière de nos voitures dont le verrouillage a fait pousser plus d'un "aïe"!

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Si elles ne sont plus en haillons, les ouailles offrent un triste spectacle ! Elles sont souvent débraillées, voire dépenaillées, vraiment rien qui leur aille ! Quand elles en ont sur le caillou, leurs douilles ou cheveux sont en bataille, en pagaille, mal taillés transformant leur bouille en épouvantail, sujet de railleries! Se lavant peu, se contentant de se débarbouiller, les ouailles sont envahies de parasites, quelles pouilleuses sujettes aux grattouilles !

 

Le langage et la cervelle des ouailles ne brillent pas. Leurs idées? Quelle pagaille! Vasouillardes, elles déraillent, s'embrouillent telles des couillonnes, des andouilles ou des nouilles. Au travail elles pinaillent ou merdouillent et tout ce qu'elles font cafouille! Les ouailles ne parlent pas, elles bredouillent, bafouillent, bégayent. Elles en bâillent de belles avec leur gouaille affreuse pour tailler une bavette ou pour rouscailler! On les raille ne pouvant les  bâillonner!

aie-douleur.jpgLes ouailles ne sont guère recommandables ! Ne sont-elles pas canailles, fripouilles, arsouilles, bref de la racaille hssable prête à trahir ou assaillir pour quelques picaillons! Les ouailles sont douées pour la débrouille, les embrouilles et les magouilles et ont souvent maille à partir avec la flicaille qui les fouille, puis les verrouille dans une cellule dont les murailles ne filtrent le jour que par un soupirail !

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La vie des ouailles n'est en effet que grisaille ! Souvent mouillées, les ouailles "caillent" au froid, s'épaillent ou se font dépouiller dans le brouillard, dans les broussailles et les taillis. Quand elles tombent à la baille, elles défaillent et boivent le bouillon! Vaille que vaille, les ouailles doivent se rendre sur les champs de bataille, là où ça tiraille et assaille. Les ouailles ne sont que piétaille, de la chair à bonnette, groupées en bataillons ou en patrouilles, qu'on taille en pièces, qu'on écrabouille, qu'on réduit en bouillie, qu'on mitraille, bref qu'on zigouille sans vergogne! Et nous ne parlerons pas de leur tambouille et de leur bouftifaille !

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Qui peut rester sourd à ces vestiges onomatopéiques qui crient la douleur à longueur de mots et de phrases ? Et cette liste est loin d'être exhaustive ! Comment croire à l'arbitraire des signifiants, à son immotivation après cette écoute ? La richesse de ces empreintes douloureuses dans le lexique français populaire n'est-elle pas surprenante ? Ce marquage phonétique algique traduit dans les mots les cris de douleur des hommes du peuple, cris de douleurs des blessures (entailles, tailler, s'ébouillanter), des activités belliqueuses (bataille, mitraille, bonette), cris de menace de douleur avec les objets usuels dangereux (cisaille, maillet, bouilloire, douille), cris de douleurs morales (funérailles, dépouille, aïeuls), cris de désolation pour les travaux et accords aléatoires (semailles, fiançailles, accordailles, épousailles, retrouvailles), cris de douleurs des maux (caillots, cailloux, dérouillage, défaillance, tenaille). Ces onomatopées marquent encore de leur sceau douloureux nots mots et nos maux quotidiens. Leur origine doit être attribuée essentiellement au peuple. En 1950  encore beaucoup de ces mots en aille et ouille étaient à bannir d'une dissertation sauf pour quelques mots officiels (travail, vitrail, portail, etc). Pourtant quand je dis "ça me travaille" ,cela signifie encore "aïe ça me torture"!

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Dans le domaine des expressions et des mots populaires, les textes anciens sont rares. Il n'existe que très peu d'écrits sur la langue parlée de l'immense majorité du peuple, un peuple qu'on a pressuré, affamé, harcelé, taillé, emprisonné, parfois roué, violé, massacré sans jamais lui demander son opinion avec ses mots à lui. Tout ce qui venait de lui était par définition vulgaire comme les cris, les pleurs, les plaintes ou la colère; ne suffit-il pas, à l'écoute des mots: peuple, populace, public et république, d'entendre l'écho d'abord d'une petitesse:

 

"petit, petiot, rapetisser, peu (et peu à peu), peccadille, pygméen, lilliputien, pouce (juste un pouce de), point (on ne voit plus qu'un point), poil (à un poil, une très petite distance ou quantité, un très court espace de temps), poussière, parcellaire, poudre, pois (petit), puce(très petite dimension), pore (très petit orifice), pauvre, pécule (somme d'argent peu importante, économisée petit à petit), pacotille (marchandise de peu de valeur), panné, pénurie, parcimonieux, purotin, crapoussin, poupon, poupée, puéril, pitchoun, loupiot, polisson, chenapan (petit malin), peton (petit pied), polichinelle (dans le tiroir), pomme (haut comme 3 pommes), pouce (pas un pouce de, pas une miette), poignée (une poignée de), pupille (mineur), pitchoun et pitchounet(te) (petit enfant), poulbot, arpète (petit apprenti), galopin, galoupiot, un page et une page (petit passage),  peton,  piaf, poulain, poney, poussin ... Un p dèjà petit en latin : parvus, qui l'est resté en italien piccolo, pulcin (petit d'un oiseau) au XIIème siècle, et que l'inconscient des auteurs reprend pour le nom de ses petits héros : Tom-pouce, Petit Poucet, Pinocchio (pantin), Peterpan... Est-ce qu'une motivation commence à poindre (au petit jour)?

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Une petitesse, qui incite parfois au pessimisme et vire péjorativement vers la bassesse, avec connotation de mépris, de dégoût, de répugnance, un p digne de la poudre de perlimpinpin, une petitesse réduite à rien, à un p (pet) de lapin ! L'homme du peuple n'est qu'un pion manipulable. Mais on voit souvent le petit p de la paille dans l'oeil du voisin et pas la Poutre dans le sien. "t'es vilain comme un pou et sale comme un peigne". Quelle peute! (vilaine en comtois). La liste suivante ne résonne-t-elle pas de ce mépris ?

potron, pétrus, popotin, pétard, panier, postérieur, puant, pustuleux, putride, pourriture, pouilleux, pus, pet, pine, pipe, pompier, pisse, pute, poule, porno, purin, pourceau, pecore, porc, poubelle, dépotoir, pestilence, empester, pernicieux, répugnant, repoussant, turpitude, crapulerie, empoicré, parasite, pou, puce, morpion, punaise, poison (une), pétasse, pimbèche, pipelette, pie, chipie, peste, pouffiasse, pisseuse, pondeuse, tapineuse, gaupe, femme publique, lupanar, tripot, pègre, suspect, pervers, perfide, sacripant, crapule, fripouile, pirate, type, pékin, pingouin, pédale, pédophile, pédé, tapette, pédant, péteux, paltoquet, poison, picrate, pinard, piquette, picoler, poivrot, pochtron, pochard, pinté, penchant, peureux, paniqueur, poltron, pétochard, carpette (une vraie), serpillère, péquenaud, paysan, pedzouille, pétrousqin, pignouf, paltoquet, piteux, panné, perdant, capitulé, piétaille, penaud, épave, poisse, manque de pot, panade, purée (être dans la), pépin (petit accident de parcours), pis (pire), pipeau (artifice), pouacre, panard, patte (enlèves ta patte de là), pieu (lit), pageot, page, pagnot, pucier, paillasse, paddock, paresseux, clampin, pantouflard, pinailleur, oripeau, gagne-petit, pingre, rapiat, pisse-vinaigre, cupide, pouacre, rapace, salopé, pagaille, pollué, éclopé, estropié, patraque, pantelant, épuisé, poussif, piètre, passable, pataud, empoté, paltoquet, dépité, potiche, potache (sans expérience), poireau (faire le), ventripotent, patapouf, pénible, piteux, pitre, turlupin, pasquin, impie, péché, punition, pénitence, potence, pendable, coupable, inculpé, pécheur, possédé (du démon)... pitié, j'en passe et des pires ... dans le pétrin, dans la purée, la panade, le pot, c'est du pipeau, c'est le pompon et pouih, et pouah, quelle petitesse pathétique, de mal en pis ! Que des pous (individus méprisables, vils ou très laids)! Allez tous au piquet !

Cette liste de mots, qui peuvent tous avoir un sens péjoratif, n'est-elle pas un pavé dans la mare de l'arbitraire du signe ! (Nous verrons plus loin que cette lettre p possède 3 sens inconscients !).

 

En France le Peuple n'était pas de langue française, il ne l'est que très récemment. Sur le territoire de l'Occitanie, de la Bretagne, de la Comté, de l'Alsace, seule la bourgeoisie utilisait le français de bon aloi appris au collège. Le peuple, au sens large, a toujours parlé basque, berrichon, comtois ou normand.

P. Guiraud fait allusion au règne du mépris, lorsqu'il définit le français des gens cultivés. Il n'accepte un terme venu du peuple que dans la mesure où il est démotivé et que son origine cesse d'être sentie. Mais l'inconscient des gens du Peuple est toujours parvenu à tordre la phonétique des mots pour y inscire la douleur ou la menace de douleur. Ainsi ces vestiges onomatopéiques, souvent suffixaux et maintes locutions ont gardé, malgré le temps écoulé, comme un relent de leur provenance. Ils subsistent malgré le filtre d'une société trop polie, jalouse autant de ses biens que de ses mots et qui pour celà a châtié le langage. Il existait bien un tiers état du langage tenu à l'écart de la bienséance, car on ne donne pas à manger de la confiture à des cochons ! Telle était la pensée du clergé, de la noblesse, puis de la bourgeoisie, de ces "puritains... que souille le seul contact des autres humains", comme l'écrit Mapassant.

L'origine populaire de ce marquage onomatopéique des mots est étayée par le foisonnement de ces empreintes douloureuses dans les patois français. Le franc-comtois en est une illustration patente:

acaillener ou cailloucher , lapider

l'atchail, l'orteil

une aille, un aigle

buchailles, éclats de bois

cacouillard, commis fromager

catrouiller, marcher en écartant les jambes

courcouilleux,  charançon du blé

cramaillot, pissenlit

défouiller, effeuiller

dégouaillée, débraillée

braillote, voix bruyante

caillon, désordre

chaille, terre marneuse couverte de cailloux

chenailler, se livrer à des ébats amoureux

drouillou, coureur de fille

drouillasser, vadrouiller

ébouailles, épouvantail

échaille, écharde

émadrouillé, défait, raté

encourmaillé, emmêlé

fieraillu, prétentieux

fouilla, terre communale louée aux pauvres

frouiller, tricher au jeu

gargouillot, cou

gouillarder, courir le cotillon

gavouiller, tripoter dans l'eau avec les mains

pouillot, serpette

goueillote, porte-monnaie

gouillant, débauché

gouillasse, gouille, flaque d'eau, boue

pas graillot, peu...

l

 

Ainsi notre lexique français résonne de ces cris étouffés de la douleur ou du risque douloureux  qui tressent "aïe" et "ouille" dans nos mots que les dominants se sont chargés d'empailler pour que nous finissions par ne plus les ouïr. Et dire que ce sont les enseignants lcs de nos écoles publiques qui ont pris la relève pour cet effacement forcé de la motivation, secondés par les professeurs de linguistique, élèves de Saussure ! Une véritable censure de la motivation !

 

Ces empreintes onomatopéiques douloureuses sont, comme le montrera la suite de ma recherche, déjà une association de deux séquences littérales signifiantes inconscientes, le sens de douleur ou de rique douloureux proprement dit n'étant porté que par et ouï,  la séquence ill(e) étant reliée elle à un autre sens. Ces associations biphonémiques   et ouï sont à rapprocher du"au" allemand, qui est leur correspondant algique.

 

Construits avec les onomatopées de la douleur physique ou morale, ces mots passés dans l’usage courant, ont perdu en grande partie pour notre conscience cette connotation douloureuse. Cela s’explique par le conditionnement sémantique du langage conscient, qui de l’école à la société privilégie le signifié sur le signifiant, un conditionnement qui a provoqué l’extinction d’un autre langage antérieur, sans doute archaïque.
Mais le cerveau D, siège du contrôle de l’intonation émotive du langage reste-t-il insensible à ces cris vestigiaux ? La récurrence «aille/ ouille» à longueur de mots ne révèle-t-elle pas un autre type de conditionnement, devenu insu celui-là ?


Le cri de douleur de nos maux s’écrit  aïe dans nos mots.

 

Mais si "aïe" et "ouille" sont nos onomatopées de la douleur depuis trois siècles, le dictionnaire Richelet  de 1782 donnait comme onomatopées dolosives : ahi, ach, och, des onomatopées du Nord, à forte influence germanique. Nous verrons plus loin qu'en français ar et or ne sont pas des empreintes douloureuses signalant la douleur ou son risque, mais ....

 

 

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Commentaires (1)

1. prof 22/07/2016

aïe que l'article est long !!!!!

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Date de dernière mise à jour : 13/01/2017

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