um, transformation subtile et volatile qui se répand

 

 

 

Humons l’HUMAIN

 

Dans les pages précédentes certains doublets de lettres ont été reliés à des sens assez simples (if à la vision d’une pointe, ol à une image ronde ou arrondie, ar au sommet, cr à la ligne cassée, bl à l’éblouissement, cl à la fermeture, ep à la séparation). La méthode de repérage, de détermination et de vérification du sens non conscient de ces doublets de lettres sera explicitée pour le couple "cl" mais pour "um" on peut se contenter d'abord d'une simple écoute, de la résonance de ces sons dans nos mots conscients pour tenter d’en appréhender la signification jusqu’alors insue et commencer à réaliser qu’il existe bien une sorte de code caché. Il est étonnant que certains de ces sons simples, des doublets de phonèmes, laissent entendre déjà un sens complexe au point qu’on peut les qualifier de sèmes primitifs. C’est le cas du doublet de lettres ud, relié au concept de caché des sens ou en direction du sens caché, concept qui marque entre autres l’érudit, le talmud, le Triangle des Bermudes, Lourdes, Sigmund Freud, les activités ludiques des enfants, le sculpteur bisontin Georges Oudot, le magicien Oudini, sans oublier Bouddha, la tribu de Juda et même le judas de nos portes (lourdes en argot) pour voir ce qui est caché derrière.

Le doublet um dont il est question dans ce chapitre, sorte de marqueur phonétique de notre humanité, vous dévoilera toute sa subtilité, laissant entrevoir les capacités d’une langue inconsciente loin d’être sommaire et frustre comme certains psychanalystes se sont parfois aventurés à l’écrire.

 

Nos mots ne sont pas tous constitués d’un nombre pair de lettres : ils ne sont donc pas uniquement formés de doublets de lettres, si bien que certaines lettres, nous le verrons dans un chapitre prochain, se trouvent isolées, en particulier l’initiale ; or il sera démontré que l’entrelacement des doublets leur a conféré une trinité de sens, avec un sens majuscule et deux sens minuscules.

 

Le Parfum

 

 N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde

Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?    Charles Baudelaire

 

En Mélanésie, les ancêtres sont souvent représentés avec un nez en forme de bec, relié à la zone génitale. Cette idée est réapparue au XXe siècle avec les travaux du Dr Fliess, premier grand correspondant de Freud, qui établit une relation étroite et profonde entre l’organe nasal et la sexualité. Il contribua à la mise en place de certaines des idées de la psychanalyse, même si Freud s’en sépara et ne prit jamais vraiment au sérieux ses thèses singulières sur la fonction, la symptomatique et l’étiologie des affections du nez.

Pourtant, le parfum de l’être aimé semble bien un stimulant du désir sexuel. A l’instar de ce qui se passe chez l’animal, des hypothèses ont été formulées sur la capacité de l’organe voméro-nasal à capter des phéromones mais cet organe ne semble qu’un vestige dans l’espèce humaine. L’odeur corporelle provient en grande partie des glandes sudoripares apocrines, situées à la base des follicules pileux qui se développent à la puberté dans les zones génito-anales et axillaires. Deux études très médiatisées relatent l'importance de ces phéromones sur notre comportement sexuel : l’une a été menée sur un groupe de femmes à qui l'on a demandé de s'asseoir sur le siège de leur choix dans une salle d'attente. Au préalable, l'un de ces sièges avait été pulvérisé de phéromones mâles, un autre de phéromones femelles. La majorité des femmes a instinctivement préféré le siège "mâle" en évitant le siège "femelle"... L’autre étude a révélé qu’au sein d’une collectivité féminine : bureau, logement partagé ou couvent, les femmes "synchronisent" leur menstruation après un moment d'adaptation. Les chercheurs ont démontré que des phéromones secrétées par les glandes axillaires provoquaient un changement systématique de l'ovulation et de date de règles des femmes exposées !

Dans nos sociétés modernes aseptisées, la crainte d’odeurs nauséabondes a fait disparaître en grande partie ces effluves du corps par une hygiène désodorisante certes, mais aussi décapante grâce à des détergents agressifs qui détruisent les flores bactériennes saprophytes de la peau et des muqueuses, favorisant l’éclosion de multiples mycoses. L’homme et la femme modernes,  fuyant les odeurs fortes d’autrefois, empruntent désormais les parfums distillés des fleurs. En cosmétologie l’aromachologie, étude de l’effet des parfums sur le corps et l’esprit, recherche la façon d’utiliser les senteurs et les fragrances dans la vie quotidienne pour promouvoir la relaxation, la détente et le bien-être. Les civilisations anciennes, égyptienne en particulier, considéraient le parfum comme l’âme de la plante, le résultat d’une alchimie entre les forces de la Terre et celles du Ciel ; l’arôme floral entrait, pour eux, en résonance avec le monde subtil de la psyché humaine. Ces essences parfumées sont en fait des messages olfactifs d’attirance, que le sexe féminin des fleurs envoie aux insectes pollinisateurs pour être fécondé par le pollen des pistils, organes mâles d’autres fleurs. Tout un langage sexuel olfactif entre le monde végétal et celui des insectes. L’orchidée, cette fleur de lumière doit son nom grec orchis au testicule, ce qui nous renvoie à la sexualité florale, une symbiose extraordinaire entre une plante fixe qui ne peut se déplacer et ne peut espérer la rencontre de la semence fécondante que par le hasard du vent ou l’orchestration de la direction spécifique de certains insectes pollinisateurs, qui y trouvent de quoi se nourrir et élever leurs larves et leurs nymphes. Nous goûtons avec délice le butin de l’abeille qui nous offre son miel gluant ; le vocabulaire des amours humaines n’emprunte-t-il pas à cet hyménoptère des mots imagés lorsque les danses nuptiales nous invitent à convoler vers les nymphes, l’hymen et la glaire, miel d’un sexe, appelé « fleur » de la femme ?

Les humains se sont emparés de ce langage subtil des effluves florales pour se parer et plaire. La multitude des parfumeurs permet une certaine personnalisation, mais dans l’intimité d’un couple, l’odeur corporelle garde sa volatile attraction. Les peuples indiens et africains utilisent dans leur alimentation de multiples épices qui, outre leur effet gustatif, imprègnent l’haleine et la sueur de suaves parfums.

 

 Es-tu le fruit d’automne aux saveurs souveraines 

Parfum qui fait rêver aux oasis lointaines.                   Charles Baudelaire

 

Dans son film Parfum de femme, Vittorio Gassman, aveugle, suit les femmes à leur parfum. C’est la même idée qui guide Jean-Baptiste Gribouille, héros du roman de Süskind, abandonné par sa mère dès la naissance pour sa disgrâce physique et vendu par sa nourrice en raison de son absence anormale d’odeur ; il cherche à découvrir le parfum-qui-fait-aimer grâce à un sens de l’odorat hors du commun et tue de nombreuses jeunes filles pour leur voler leur effluve, essence de leur beauté et élixir de leur jeunesse. L’ogre et l’odeur de chair fraîche des contes pour enfants peuvent s’envisager comme le désir de pénétrer le mystère de la sensualité du corps féminin. Autant d’exemples, contemporains ou traditionnels, qui témoignent de l’intérêt porté aux odeurs des corps dont la subtile volatilité garde un attrait mystérieux.

 

 Un parfum nage autour de votre gorge nue !  chante Charles Baudelaire.

 

Préhistorique, le parfum ? Sans doute est-ce avec le feu que les humains le découvrent comme son étymologie nous y convie : per fumum , par la fumée odorante qui s’élève dans les airs, l’homme primitif s’aperçoit que dans les braises brûle de quoi s’attirer les faveurs des Dieux. Mais le nez d’homo, devenu erectus, a quitté l’humus humide que ces prédécesseurs humanoïdes humaient dans les forêts, il y a quelques cinq millions d’années. Le sens olfactif s’est progressivement amenuisé, a perdu son acuité performante, éclipsé par les pouvoirs de la main, du geste et de la voix naissante, modulant de nouveaux messages à distance ; seul le poète communique encore avec ces origines primitives grâce à la subtilité de ce qu’il sent et ressent au fond de son inconscient :

  Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres sur la musique…

 Tout un monde lointain, absent, presque défunt,

   Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !                Charles Baudelaire

 

Le monde animal vit sous le règne des ondes olfactives, avec en particulier ses phéromones sexuelles. Si le territoire, souvent défendu becs et griffes, voire crocs et venins, correspond à la niche écologique animale, il faut insister sur sa délimitation, son marquage, qui ne se fait pas avec des piquets, une clôture ou un mur, mais avec des odeurs. Chez les insectes sociaux (fourmis et termites) ce marquage sert de véritable piste chimique grâce à des phéromones secrétées par un organe abdominal spécial, la glande de Dufour ! Le marquage olfactif par les urines, les déjections et la sécrétion de glandes spécialisées occupe un temps très important chez les mammifères. Le langage animal, qu’on recherche à tort en priorité dans leurs cris, existe bien : c’est celui des odeurs, un code olfactif qui nous échappe en majeure partie. Nous utilisons la truffe du chien pour repérer les truffes dans le sol,  suivre le gibier, repérer la drogue.

Ces vingt dernières années a vu l’essor de la recherche sur l’odorat et le prix Nobel de médecine 2004 a été décerné aux Drs Linda Buck et Richard Axel pour leurs travaux sur les bases moléculaires des mécanismes de détection et d’organisation du système olfactif en partant de ses terminaisons périphériques pour remonter vers ses connexions cérébrales. Or de tous les codages d’information fournis par nos systèmes sensoriels, celui de l’olfaction est le plus complexe. La perception olfactive nécessite un grand nombre de gènes codant pour autant de récepteurs. Ces récepteurs aux odeurs sont reliés à des neurones olfactifs primaires situés dans l’épithélium nasal qui expriment eux-mêmes des récepteurs regroupés en glomérules dans le bulbe olfactif. L’activation de ces glomérules suit un ordre géographique et chronologique, qui permet d’affiner la discrimination des multiples stimuli odorants. Une image neuronale de l’odeur est créée. Mais l’information en provenance du bulbe olfactif n’est pas uniquement le reflet des messages afférents, elle peut être modulée par des fibres efférentes émises depuis des aires corticales. Un exemple de cette influence est l’effet Bruce : la gestation de la souris est interrompue en présence de l’odeur d’un mâle étranger ! Ce type d’influence offre de multiples possibilités d’apprentissages : l’exposition à une odeur crée une trace durable qui lors d’une exposition ultérieure au même stimulus réactive le même réseau neuronal avec une transmission facilitée. C’est ainsi que la brebis retrouve son agneau dans un immense troupeau ! Les combinaisons et recombinaisons entre les divers récepteurs permettent la reconnaissance de centaines de milliers d’odeurs. Notre langage verbal avec sa trentaine de phonèmes et ses 10000 mots est nettement moins performant ! Le langage animal est fondamentalement olfactif avec des capacités discriminatrices extraordinaires ! Le système olfactif humain est capable de distinguer 400000 odeurs différentes, mais à courte distance uniquement. C'est insignifiant en regard des performances des animaux pour nous citer que le chien. La membrane olfactive du chien mesure 130 cm2, contre 3 cm2 seulement chez l’homme et contient jusqu'à 200 millions de cellules sensorielles contre 5 millions seulement chez l'homme; ceci expliquant cela. Grâce à ces facultés, un chien est capable de détecter les phéromones libérés dans les urines des chiennes en chaleur jusqu'à plusieurs kilomètres de distance ! Un chien dressé est même capable de détecter les symptômes déclencheurs des crises d'épilepsie et d'autres maladies quelques minutes ou secondes avant que l'effet ne se manifeste, juste le temps de prévenir le malade pour qu'il prenne ses dispositions.

Chez les serpents comme les pythons les narines sont non seulement reliées par des fibres nerveuses aux centres olfactifs mais elles sont couplées en plus à l'organe de Jacobson. Le palais de la gueule du serpent contient une paire de cavités sensibles aux molécules odorantes véhiculées par sa langue fourchue. C'est pour cela qu'il agite sans cesse sa langue devant lui pour sentir les odeurs de son environnement.

Chez certains papillons de nuit, comme les sphinx ou le bombyx du mûrier (papillon du ver à soie), le mâle est pourvu d'antennes très développées, susceptibles de reconnaître dans l'air ambiant la présence de quelques molécules seulement de parfum. Il peut ainsi repérer une femelle éloignée d'une douzaine de kilomètres et aller à sa rencontre en suivant le vent et l'augmentation de la concentration du parfum.

Dessin du système olfactif.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Mets-moi au parfum, cette expression populaire indique que le nez et les odeurs nous ramènent à nos origines animales et que notre humanité ne saurait trouver un autre langage plus subtil. Le bébé, dès le deuxième jour de vie, est sensible aux odeurs et reconnaît celle de sa mère, qui l’apaise comme l’a démontré (à Besançon) le Professeur Montagner.

Le langage olfactif floral qui flotte dans l’air, qui nous effleure, que nous flairons, cet effluve que nous reniflons, ne nous fait-il pas encore sentir, subodorer l’essence de la beauté des fleurs aux couleurs flamboyantes ?

 

« Pendant que le parfum des verts tamariniers ,

Qui circule dans l’air et m’enfle la narine… 

Se mêle dans mon âme… » Charles Baudelaire

 

Ce flux embaumé qui enfle nos narines ne nous délivre-t-il pas encore le message des Fleurs d’un jardin embaumé, où flotte l’effluve divine ? Le mot humain (hume-main) ne nous indique-t-il pas encore qu’un français se caractérise par ce lien entre le nez qui hume et la main qui manipule : la gastronomie française est là pour le vérifier ! Mais la communication par les odeurs a été supplantée chez homo erectus par celle de la parole, dont le flot a tenté d’y introduire la conscience, c’est une des caractéristiques de ce qu’on nomme l’hominisation.

Ce nouveau mode informatif est censé nous faire accéder à un stade supérieur dans l’évolution animale, celui de l’homme de paroles. Encore faut-il que l’origine et l’ontogenèse de cette parole soient appréhendées pour qu’enfin la spécificité de notre humanité soit  mise en lumière. Mais l’homme, réduit à une fonction consumériste, est-il encore humain et quel flux de lumière peut-il entrevoir à travers la fumée de ses cités polluées ou derrière le rideau de fumée de ses cigarettes consumées ?

 

La fumée du tabac : saleté ou sale t ?

 

A quinze ans on fume pour prouver qu’on est un homme et trente ans après, pour la même raison, on essaie de s’arrêter.     Hemingway

 

L’homme a toujours été fasciné par la fumée et 6000 ans avant notre ère les fumigations des rituels religieux hindous signalent leur importance symbolique. La civilisation gréco-latine a hérité de cette pratique sacrée et l’a étendue à la thérapeutique. Les médecins prescrivaient l’aspiration de fumée ou de vapeurs de mélanges divers pour combattre les affections broncho-pulmonaires. Les européens découvrirent le tabac à la fin du XVème siècle avec le retour des navigateurs du Nouveau Monde. Quand Christophe Colomb débarqua à Cuba le 28 octobre 1492, il fut étonné de découvrir que les indiens portaient à la bouche un petit tison allumé, composé d’une sorte d’herbe, dont ils inhalaient la fumée. C’est un ambassadeur du Portugal, Jean Nicot, qui envoya en 1559 de la poudre de tabac à Catherine de Médicis pour combattre ses migraines. Le succès thérapeutique fut suffisant pour que son usage s’en répandit et que maintes vertus curatives lui soient prêtées. Il fut connu sous des noms flatteurs : herbe à l’ambassadeur, à la Reine, herbe sainte, sacrée, de Sainte Croix, herbe à tous les maux.

Le monde occidental a perdu ces rites ; celui du début de l’intoxication tabagique, qui marque l’entrée dans la vie adulte pour les adolescents, en est un substitut. En fumant, le jeune transgresse les interdits, les tabous sociaux et familiaux, conduite nécessaire à son accession à l’indépendance, à son abandon de la protection du toit familial. Il se donne le feu vert pour griller ou brûler ces petits feux rouges ! Un peu paumé, sans feu ni lieu personnel, l’adolescent use de la cigarette comme un talisman de l’échange ; fumer c’est un peu de chaleur partagée avec ses copains dans un monde d’adultes, où l’on met à feu et à sang, un monde de « focus » de tout bois, où les foyers sont ceux de la violence.

Il n’y a pas de fumée sans feu, dit le dicton populaire, mais quel feu couve dans la tête du fumeur ? Qu’est ce qui consume le consommateur ? Qu’est-ce qui attise son tison embrasé, ce petit bâton de rouge lumière incandescente ? Est-ce pour se remémorer qu’il est le seul animal à maîtriser la flamme ? Est-ce simplement pour jouer avec le feu, ce plaisir de l’enfance ? Sur cette Terre qui tremble, tressaute et tousse sous tant de chocs, de tempêtes et de tonnerre, où à chaque instant une tuile peut lui tomber sur la tête, ne l’encourage-t-on pas à en finir au plus vite, à confondre vie et agitation, à accélérer son quotidien, à brûler sa vie pour cracher chaque matin sa crainte de ce temps dévoreur qui se volatilise dans de petits volumes gris de brume évanescente ? La cigarette du fumeur n’est-elle pas symboliquement le feu follet de sa mort programmée ? Tiens, tires une taffe ! Feu le fumeur qui a passé sa vie à tabac !

N’est-ce pas exposer son feu intérieur dans une société qui demande d’en cacher l’ardeur ; elle qui a réussi à éteindre le tempérament de feu des hommes, les feux de l’amour, le feu de l’action, une action inhibée, consumée dans la soumission engendrée par la crainte, qui s’insinue jusque dans les us et coutumes au fond des chaumières.

Fumer, n’est-ce pas mourir à petit feu en tirant avec une redoutable arme à feu à plusieurs balles et des cartouches ? C’est jouer à la roulette russe, en rouler une et tirer, jusqu’à la dernière cigarette !  Le professeur Jean Bernard affirme depuis longtemps que le tabagisme constitue l’une des principales menaces sanitaires de notre civilisation. Les effets nocifs du tabac ont en effet été découverts par l’évêque Barthélémy de Las Casas qui relatait déjà chez les Cubains de l’époque la dépendance qu’il induisait. Le pape Urbain VIII, peu tolérant, excommunia ceux qui fumaient dans l’Église ; Jacques Ier d’Angleterre interdit l’usage du tabac en 1619.

D’autres ont perçu le profit à tirer de l’accoutumance au tabac. En 1621 Richelieu, sans mégoter, augmente fortement la taxe sur le tabac, puis Colbert, en 1674, crée une ferme d’état avec monopole de vente, en s’assurant celui de la fabrication ; les fraudeurs étaient condamnés aux galères ou décapités ! Cette ferme, cédée à la Compagnie des Indes en 1720, fut abolie à la Révolution, puis rétablie sous forme d’une Régie des Tabacs par Napoléon, elle subsiste toujours.

«C’est ta (SEITA ?)mort toujours au programme», humain fumeur bientôt inhumé sous quelque tumulus ou monument funéraire. Si le tabagisme ravage les poumons des fumeurs contemporains, génère des tumeurs, il faut admettre que dans les volutes gracieuses et parfumées des  cigarettes, souvent américaines, s’envolent la tension de leur mauvaise humeur, un mal (« boro » !) qui les tenaille, maléfice des tumultes du temps qui, tic tac inexorable, toque sur le tam-tam de leurs tympans, tic tueur qui taraude, titille leur temps terrestre d’humain et tape au rythme tachycardique du « boum-tac » de leur cœur.

tez-vous fumeurs, ne mégotez pas, encore une taffe, la dernière tige à tirer, la dernière latte avant que le tocsin du trépas tinte, tôt ou tard, puisque tout homme tombe. Toux, tumeur, tombe ! Trinité terminale et titanique du tabagisme. Inhumaine inhumation ! Car même nos lettres tintent. « Ecoutez, chers enfants », disait encore cette vieille institutrice de cours préparatoire, « le joli bruit que chacune de nos lettres fait ».

Mais qu’est-ce qui tinte en français derrière cette lettre t ? Frères Jacques, dormez-vous, sonnez les matines ! Le bisontin Charles Nodier - dont le nom porte l’onde od– précise dans son dictionnaire des Onomatopées, que tinter est un mot onomatopéique, issu du tintinnatus latin…  L’âme sonore du t résonne dans le tam-tam du tambour et dans le tempo de la danse rythmée, la Tanz allemande, le tango argentin, la tarentelle, le tcha-tcha, le twist ou la techno !

La lettre t est la seule de notre alphabet non conscient qui semble comporter quatre sens : en l’occurrence l’un de ces sens est celui de la quatrième dimension, le tempsque nos physiciensplacent souvent en abscisses dans leurs fonctions.

Écoutons taper à nos tympans le tic-tac de l’horloge de Baudelaire :

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde

Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix

D’insecte, maintenant dit : Je suis Autrefois

Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Souviens toi que le Temps est un joueur avide

Qui gagne sans tricher, à tout coup ! C’est la loi. 

 

Le terme toujours tombe… tic-tac. Le Titan Cronos, fruit de l’inceste de la Terre-mère Gaïa avec Ouranos, le Ciel, envoie ses enfants au Tartare, puis copule avec sa sœur Rhéa, autre figure de Gaïa, et dévore ses enfants, comme les deux lettres cr de mort de son nom l’y destine dans le code de notre inconscient. Chronos, dieu et gardien du Temps, a repris la symbolique de Cronos, celle du temps dévoreur des humains.

 

Ce temps dérive en fait d’un autre sens de la lettre t, le coup, celui du troisième top, un coup souvent rythmé, tel le toc-toc sur la porte, le tut-tut sur la route de la teuf-teuf qui tousse, un t qui tinte, dont le timbre résonne jusqu’au tohu-bohu, au tonnerre. C’est aussi le sale tdes coups qui passent à tabac, flanquent une tabassée, une tannée, une torgnole, une taugnée (franc-comtois), une tarte, une taloche qui touchent et tuméfient le visage. C’est le t du coup de patte du tigre tueur, celui qui tape, dont les coups tombent, vous torpillent, vous taillent en pièces, vous touchent, vous torturent et vous tuent. C’est la loi du talion de l’ancien Testament et la terreur des attentats terroristes. Sous ce tir nourri comme celui d’une attaque de missiles Titans de l’US Air Force, le petit homme touché, titube et, terrassé, tombe et se retrouve sous terre. Thanatos, dieu de la mort, signe de ses t la violence de la terre.

Autre sens de t : celui d’enveloppe protectrice de notre corps, de couverture, celle de notre tunique de peau, ce tégument épithélial et celle de la tunique endothéliale, avec ses thèques, intima et adventice qui entourent nos tuyaux vasculaires. Cette couverture s’entend dans le toit avec ses tuiles, la tente, le tipi indien, même la taule ou le taudis, le tonneau ou la bibliothèque. C’est le t du tisserand avec ses tissus, toiles, textiles, tapisseries, tulles, taffetas, tussor,tergal et tutus pour les toilettes, les toges ou les tuniques. Le tcouvre l’intimité de la femme, la toison ou la touffe. Ce t de notre tégument est celui du domaine du toucher, du tact, de la titillation, des doigts qui tâtonnent.

Enfin un quatrième sens essentiel, le sens majuscule de : celui de terre(en latin Tellus, d’où Tellurique), celle où l’humain est inhumé dans une Tombe ou sous un Tumulus. Le mot cimetière, du grec koimeterion, signifie chambre nuptiale, lieu des épousailles de l’Homme avec cette Terre qui l’a vu naître. C’est le temps Terrestre avec un T majuscule dont Thanatos réfute la relativité. T montre son nez en haut du Tas de Terre de la Taupinière de la Taupe, dans la galerie souterraine du Termite. En elle plongent les racines des arbres, du Tilleul, à la longévité rare, arbre symbolique des places de nos villages, dont les fleursfraîches posées sur les paupières permettraient de mieux s’endormir. D’elle sortent les Tiges des fleurs, des Tulipes, qui se ferment comme des pinces arrondies terrestres. Le T signale le niveau élevé sur Terre dans Tibet et les zones de fracture de son enveloppe tectonique dans certains pays (Turquie, Tunisie...)

Thot à Tête d’Ibis, dieu Egyptien de la Sagesse, possède le pouvoir de la magie sonore, créatrice du monde par la puissance de la voix et du verbe. A l’époque hellénique, après la conquête de l’Egypte par Alexandre le Grand, Thot va être assimilé à Hermès dans son rôle de conducteur des âmes (psycho-pompe) et de Maître des mystères. Le dieu Thot-Hermès, maître de l’alchimie, devient initiateur de la Gnose, la connaissance véritable.

C’est encore le T du Temple, le temenos grec, domaine réservé au culte, coupé du reste du monde profane par des murs protégeant le cœur figuré de l’univers d’où irradie la lumière divine. Les Temples ou ziggourats mésopo-tamiens en forme de pyramide à degrés comme la Tour de Babel sont des lieux, des portes de communication entre les mondes divins et humains comme leurs noms le précisaient : « Maison des Fondements du Ciel et de la Terre » à Babylone ou « Temple des Sept Gardiens du Ciel et de la Terre » (Birs Nimrud). Le nom du maître autel du Temple de Salomon, arel, dérive de l’akkadien aralilû, mot à double sens désignant l’enfer et la montagne divine. L’autel du Temple de Jérusalem était considéré dans la symbolique judaïque comme l’image idéale de la Terre. Son vestibule symbolisait la Mer, son sanctuaire était la Terre et son obscur Saint des Saints, le Ciel. La perfection de cette Trinité, pour les Hébreux, reproduisait la structure cosmogonique qu’ils prêtaient à un univers créé par les mains même de l’Eternel. Après que son plan a été révélé par inspiration divine à David, il est construit par Salomon pour abriter l’Arche d’Alliance. Ce Temple de Salomon, dans la tradition des bâtisseurs du Moyen Age, représentait le prototype d’un corps de doctrines, désigné comme modèle idéal pour la construction du Temple Spirituel de l’Humanité ou de l’Amour universel pour son prochain. Ce mode de construction explique l’apparition symbolique primitive de l’idéal maçonnique avec ses outils (équerre, compas, marteau, truelle, fil à plomb…), symboles rattachés à l’édification de ce Temple en l’honneur du Grand Architecte de l’Univers. Dans la symbolique chrétienne l’Homme est lui-même conçu comme le Temple de Dieu, le Verbe qui a pris forme ; c’est le Temple du Saint-Esprit, où l’on enseigne la Parole divine. L’Eglise catholique assimile le Christ au Temple, l’endroit où, par le phénomène de transsubstantiation, Pain et Vin de l’hostie deviennent Corps et Sang du Christ au moment de l’Eucharistie. Les Eglises chrétiennes sont bâties selon un plan en forme de croix, et le Christ en gloire sur le portail des cathédrales prévient qu’on pénètre en son royaume.

 

 

 

 

 

 

LES QUATRE SENS de T

 

Terre

T temps         couverture

 

 

coup

 

Le tabac, dans le code inconscient, est une « action silencieuse pour éloigner la lettre t »:

- soit s’éloigner de la Terre (évasion symbolique salutaire dans les volutes     de fumée)

- soit éloigner le temps (ou le tuer) comme le font par exemple certains entraîneurs de football pendant les matchs : c’est sa fonction anti-stress.

- soit éloigner la couverture (sortir du toit familial protecteur pour l’adolescent qui vainc le tabou social du tabac interdit aux jeunes) : fonction rituelle de passage au stade adulte.

- soit enfin éloigner les coups (ceux que la vie réserve parfois et qu’il s’agit de dissiper en fumée) : c’est la fonction inconsciente du tabagisme.

Si le fumeur débutant prend le risque du suicide à petit feu, c’est parce qu’il a déjà reçu des mauvais coups et qu’il craint d’en recevoir d’autres. Inconsciemment il fume, tire une taffe d’une tige pour rechercher la toux, la tumeur et la tombe, trois aspirations non conscientes du danger qui transforment et volatilisent le sale t…en fumée ! Les avertissements de danger de cancer inscrits sur l’emballage ne peuvent alors que conforter cette recherche inconsciente : tout le monde sait que si l’on passe sa vie à tabac, on finit par casser sa pipe ! C’est la taxe à payer !

 

 

UM, transformation subtile et volatile qui se répand

 

L’onomatopée hum  indique la réticence, le doute, une sorte d’interrogation craintive sur la nature hostile d’une rencontre (objet, être, concept), qu’on ne parvient pas à saisir par la vue, l’ouïe ou le tact (insaisissable) et que l’on doit sentir par une sorte de réflexe archaïque de notre cerveau de mammifère, appelé rhinencéphale. Elle recèle à la fois le doute cartésien et tout le potentiel transformateurde « l’hume-main ». Cette légèreté subtile et volatile de transformation du son um se rencontre dans la plume des ailes (L ?) des volatiles, qui transportent leur corps pesant dans les airs (R ?).

 

La gastronomie française, qui est avant tout une subtile affaire de nez, ne se résume-t-elle pas dans cet art de humer les parfums et autres odeurs embaumées des fumets pour le plaisir des gourmets, qui apprécient légumes, agrumes, saumon fumé, langue de ruminant, pain au cumin ? Hum, le summum du sommelier se cache parfois dans quelque gorgée de rhum ou de Mumm spumeux qui illumine le regard de l’hôte !

 

La médecine n’échappe pas à cette rime um qui vibre de nos rhumatismes à nos tumeurs, des ruminations de notre humeur noire au plus banal de nos rhumes jusqu’aux mortelles pneumonies ou pneumopathies en passant par les tuméfactions et traumatismes. Un hum, rejeté en éternuant : « atchoum!» lorsque l’agresseur microbien ou allergénique vient polluer l’air inhalé, emportant dans l’écume du mucus une volatilité humide, une brume de gouttelettes, qui répand dans l’atmosphère nos humeurs contagieuses que d’autres se font un malin plaisir (inconscient) d’attraper ou de ramasser !

Nos organes sensoriels sont aussi engagés dans cette subtile trans-formation : la lumière, dont nous sommes les enfants (St Luc) et à laquelle il est beau de croire la nuit (Jean Rostand), ne permet-elle pas cette transformation subtile par notre œil, qui volatilise la distance depuis le bout de notre nez jusqu’à l’étoile la plus lointaine à des millions d’années-lumière ?

Notre oreille, dont le conduit auditif externe est enduit de cérumen pour fixer les poussières et préserver la membrane du tambour tympanique, transforme aussi subtilement l’onde sonore et la transmet grâce à l’enclume sous les coups du marteau… boum… pour forger l’Épée, le Verbe de l’homme, qui se répand et allume le feu de son Esprit.

Notre voix, elle-même issue d’un instrument à cordes et à vent, transforme subtilement l’onde de nos pensées en sons modulés grâce à l’air, ce fluide volatil qui souffle dans les bronches de l’arbre pulmonaire, répandant la parole au vent. Des poumons, du pneuma grec, ce souffle de l’Âme fait vibrer nos cordes sensibles avec des rimes.

 

Les indiens d’Amérique maîtrisaient de longue date la communication à distance grâce à l’émission de signaux de fumée. Habitant des contrées montagneuses, ils communiquaient depuis les hauteurs grâce à un code en volutes de fumée, issu de la maîtrise du feu, comme si le feu de leur esprit se prolongeait à distance grâce à ces messages de fumée.

 

Ainsi le son um des onomatopées humet atchoumest une brique de cet autre langage encore insu, celui de notre inconscient, qui porte le double sens :

 

UM = transformation subtile et volatile qui se répand

ou transformation subtile qui volatilise et se répand.

 

Le fumiste illustre ce sens caché de um, puisque ses actes et paroles partent en l’air. Ainsi cette résonance primitive um détruit le concept d’un langage archaïque inconscient sommaire. Nos mots seraient donc des suites de sons dont les assonances ne rimeraient pas à rien.

 

Le Calumet de la Paix

 

L’une de mes patientes âgées, gâtée par la vie, morte à l’âge de 98 ans fut pour moi ma grand-mère affective et spirituelle. Violoniste, peintre à ses heures, érudite récitant par cœur des pages entières des Pensées de Pascal, elle m’offrit un jour une édition de 1942 des Fleurs du Mal de Baudelaire. Or, le lendemain de l’attentat apocalyptique de musulmans fanatiques contre le World Trade Center de New-York, je me suis rendu compte en feuilletant cet ouvrage que deux pages étaient restées jointes, jamais lues : elles renfermaient justement un poème que Baudelaire a ajouté en 1868 à ses Fleurs du Mal, intitulé Le calumet de Paix. J’en cite ici quelques extraits dans un ordre non académique et avec quelques modifications discrètes mais nécessaires à la compréhension de ce résumé (j’en demande pardon posthume à l’auteur).

 

Et là, sur les rochers de la Rouge Carrière,

Dominant tout l’espace et baigné de lumière,

Là, Gitche Manito, le Maître de la Vie,

Le Puissant, descendit dans la verte prairie.

 

Debout, il alluma, comme un divin fanal

La Pipe de la paix. Debout sur la Carrière,

Il fumait, droit, superbe et baigné de lumière.

Or pour les nations c’était le Grand Signal.

 

Et lentement montait la divine fumée

Dans l’air doux du matin, onduleuse, embaumée.

Jusqu’à Tuscaloosa, la forêt parfumée,

Tous virent le Signal et l’immense fumée.

 

Et la haine qui fait combattre tous les Êtres,

Bariolés ainsi qu’un feuillage automnal ;

La haine qui brûlait les yeux de leurs ancêtres,

Incendiait encor leurs yeux d’un feu fatal.

 

Or Gitche Manito, le Maître de la Terre,

Devant  ces yeux emplis de haine héréditaire

Dit alors, surhumain, d’une voix majestueuse,

Comparable à la voix d’une eau tumultueuse :

 

« Bientôt vous recevrez de ma main un Prophète

Qui viendra vous instruire et souffrir avec vous.

Sa parole fera de la vie une fête ;

Mais si vous méprisez sa sagesse parfaite,

Pauvres enfants maudits, vous disparaîtrez tous !

 

 Le péril est pour vous dans vos humeurs contraires.

Les roseaux sont nombreux et le roc est épais !

Chacun en peut tirer sa pipe. Plus de guerres

Et tous unis, fumez le Calumet de Paix ! »

 

Jung a repris, dans Métamorphoses de l’âme et ses symboles, cette grande épopée indienne contée par Longfellow, The song of Hiawatha, une épopée d’une rare richesse en symboles mythologiques. C’est le premier chant qui a inspiré Baudelaire, celui où le Grand Manitou, fatigué de la discorde entre les hommes, rassemble ses peuples et leur annonce la joyeuse nouvelle de l’arrivée prochaine d’un Prophète qui mettra fin à leurs guerres. Qui mieux que Baudelaire pouvait résumer la dissipation du feu de la haine, l’horreur de l’Hadès intérieur en fumée symbolique ?

 

En 2003, hélas, l’humanité et ses enfants barbares portent à leur « Busch » un calumet de guerre, jadis fatal aux Indiens d’Amérique.

 

Le calumet était
la pipe sacrée des Indiens d’Amérique du Nord, ceux du cours supérieur du Mississippi. Objet rituel, comparable au caducée de l’Antiquité, orné de plumes blanches, il symbolisait la paix, tandis qu’orné de plumes rouges, il annonçait la guerre. Les premiers calumets se présentaient sous une forme double, symbolique d’un couple d’opposés : le ciel masculin opposé à la terre féminine. Ces deux principes pouvaient s’interpénétrer et parfois permuter. Pour h
umer rituellement le calumet, on allumait le tabac, mélangé à des feuilles de sumac, d’airelle et des écorces d’arbres ; puis on offrait la pipe au messager qui en tirait quelques bouffées et en orientant la pointe du calumet sacré, envoyait la fumée en direction du ciel, de la terre mère et des quatre points cardinaux ; la pipe passait de main en main et faisait ainsi le tour de l’assemblée. La trajectoire du calumet devait suivre celle du soleil, d’est en ouest, pour protéger l’hôte de toute hostilité durant son séjour dans le camp. Humer le calumet de la paix est devenu une expression qui symbolise la cessation des hostilités.

 

 

Un hum…main plein d’humour

 

L’humour, politesse du désespoir (Georges Duhamel), révolte supérieure de l’esprit (Léon-Pierre Quint), pudeur de l’humanité (Jules Renard),  étincelle qui voile les émotions (Max Jacob), dernière cigarette,tentative pour décaper les grands sentiments de leur connerie (Raymond Queneau), façon de se tirer d’embarras sans se tirer d’affaire (Louis Scatenaire), ce qui nous permet de voir la mort du bon côté (Pierre Dac) ou de tutoyer la Grâce, qui élève l’homme au dessus de l’homme (Christian Moussard), l’humour seul répond toutes les fois qu’est posée la question dernière sur la vie humaine (George Bataille), l’humour prend la mort aux dents et court après la vie (Christian Moussard dans Le mot d’esprit et réciproquement. )

  Et l’analyste de l’Âme, notre Freund Freud, cet interprète du Traum (rêve), ne qualifie pas ces mots d’esprit, ces Witz, de fredaine, il ne boude pas son plaisir et sa Freude (joie) en nous précisant que l’humour ne se résigne pas, il défie ; il implique non seulement le triomphe du Moi, mais encore du principe du plaisir, qui trouve ainsi moyen de s’affirmer en dépit de réalités extérieures défavorables.

  Un trait d’humour n’est-il pas une subtile bataille gagnée par Eros sur Thanatos en se répandant dans les esprits humains ? Mourra bien qui rira le dernier, ironise Prévert et rira bien qui mourra le dernier, réplique Philippe Soupault. L’humoriste, cet homme de bonne mauvaise humeur (Jules Renard) ne révèle-t-il pas toute la subtilité de l’esprit humain pour dissiper la violence qui l’assaille ? Du moins il en rêve !

 

Aum et Traum

 

« L’homme n’est que Verbe » affirme Annick de Souzenelle dans Le symbolisme du corps humain. «Créé par le Verbe de Dieu, l’homme est vibration secrète qui le modèle et le sculpte, le module et le chante jusqu’à ce qu’il devienne Verbe ! ». Difficile pour un médecin cartésien d’entendre ce discours. C’est pourtant celui d’une ancienne infirmière-anesthésiste de formation mathématique, devenue psychothérapeute, et qui sur le plan spirituel, mystique diront certains, suit un parcours d’essence chrétienne orthodoxe qui l’a conduite à écrire plusieurs ouvrages à succès. Toutes les voies finissent par mener à Rome, dit le dicton. La logique et un certain scepticisme m’empêchent de suivre la sienne. Cela dit, elle fait une approche intéressante du corps humain et des symboles mythiques représentés par ses organes.

Ainsi, dans la tradition hindoue, le son primordial aum est enfermé dans la conque, coquillage bivalve et cavité de l’oreille externe, où prend naissance le conduit auditif. Le labyrinthe osseux de l’oreille interne comporte aussi la cochlée, du grec koclias, coquillage en spirale ou limaçon. N’entend-on pas le bruit de la mer au fond d’un simple coquillage ? La tradition hindoue déclare que la Création est « primordialement enfermée dans la conque qui contient le son aum », nom du verbe manifesté, rituellement répété et modulé à plusieurs niveaux corporels de résonance dans la boîte crânienne pour que la dernière vibration soit nasale, faisant vibrer le rhinencéphale, le cerveau affectif.

Aum dans le code insu de notre cerveau droit explicité au chapitre suivant, résonne avec um et am, soit transformation subtile et volatile de l’âme, alors que le Traum allemand signifie transformation subtile et volatile de l’âme qui traverse la Terre (ou dévie du droit chemin de la Terre) !
Est-il surprenant alors que Sigmund Freud, appelé vers le sens caché avec le doublet ud de son prénom et de son nom, se soit intéressé à l’interprétation de ce Traum, prélude à sa recherche majeure, celle de sa Seeleanalyse, analyse de l’âme, dominée par l’inconscient ? Les travaux de Freud tournent autour (um en allemand) de la face cachée de la sphère cérébrale, l’hémisphère D symbolisée en alchimie par la Lune (der Mond), située au verso (umstehend) du monde conscient, un autre monde, dont Freud fut le premier conquérant (Sieg Mond, vainqueur de la lune !).

Au début de sa carrière c’est avec le Dr Fliess, qui établit une relation entre l’organe nasal et la sexualité, que Freud commença à mettre en place certaines des idées de sa psychanalyse, comme si cette introduction de l’organe du flair l’avait invité à humer autre chose derrière le comportement conscient.

 

Le nez, subtil instrument

 

La face du Monde eût été changée, si le nez de Cléopâtre avait été plus court, mais nul doute que nous perdrions beaucoup de notre humanité si notre face n’en était pas pourvue. Cet instrument d’une grande sensibilité n’est pas dissimulé, il se voit bien au milieu de la figure, il fait saillie ; cet avant-poste dans la face en fait un éclaireur du corps, qui arrive en premier sur l’objet expliquant l’expression se casser le nez sur. Comme il est sensible aux variations thermiques, on ne le met pas dehors par n’importe quel temps, on en montre parfois juste le bout avant de le mettre à la fenêtre, en l’air, au vent, pour humer, percevoir les odeurs, ces ondes volatiles qui émanent du monde manifesté. Il faut dire qu’il ne sent pas toujours bon, le monde, et il faut parfois se boucher le nez. Pourquoi les humains se mangent-ils ou se bouffent-ils le nez ? Combien ne peuvent pas se sentir, se blairer, se piffer et vont jusqu’à avoir autrui dans le nez ! Quelle idée aussi d’aller fourrer leur nez partout, même dans les affaires des autres, pour humer quoi ?

Hum, dans cette interjection onomatopéique, tout le doute humain s’y résume. Car lorsque nos organes des sens habituels ne détectent rien, le nez plus fin hume et détecte le subtil. Il est le symbole de l’intuition qui permet de sentir les choses. Il en reste des traces aujourd’hui encore dans notre discours, car le nez et ses fonctions sont le sujet de nombreuses locutions populaires au sens propre et au sens figuré : sentir, avoir du nez, le nez creux, avoir du flair, renifler quelque chose de louche. Hum, cela cache quelque chose. Le nez est l’organe du senti et du pressenti, de l’humé et du présumé. La lettre minuscule n ne sert-elle pas à désigner une personne ou un numéro indéterminés ?

 

Il est Né, le divin N

 

Dans la motivation des sons des mots « ce que notre instinct sentait, sans l’expliquer, c’est à notre raison de l’expliquer » aurait dit R. Rolland. Il s’agit maintenant de voir un peu plus loin que le bout de son nez. Si certains font un long nez, un nez de trente-six pieds de long, le mot français nez est particulièrement court. C’est par les narines que l’air entre ventiler nos alvéoles pulmonaires pour assurer les échanges gazeux indispensables à la vie.

 

Or la lettre N majuscule porte le sens de Vie.

 

   Cela m’aurait fait « Crick, cher Watson », si les détectives de la vie, les biologistes  ne l’avaient pas découverte dans une molécule en forme d’hélice : l’A.D.N. Cet acide dexoxyribo-Nucléique porte tous les gènes du monde vivant sur la planète terre, il est à l’abri dans le Noyau des cellules, qui renferme notre patrimoine génétique. N majuscule, c’est le symbole de l’azote, qui avec l’oxygène sont les éléments constitutifs de l’air que nous respirons ; il est  aussi l’un des quatre atomes de la chimie organique (C, H, O, N).

  C’est le N de la Nature, Nature sensible et sauvage, ensemble des choses perçues et milieu indispensable au vivant. Cette vie N est sauvegardée, stimulée par les Nerfs et le système Nerveux central, chargés d’adapter l’être vivant aux variations hostiles de son milieu.

  C’est le N de vie de la Nourriture, des Nutriments indispensables à notre survie, des Nénés de la Nounou, de la Nourrice pour la survie des Nouveaux-Nés. C’est celui de la Noix de divers arbres, dont la coque protège la graine reproductrice, du Nid de l’Oiseau, de la Nidation de l’embryon.

  En argot il est caché dans l’onde du Nœud du mâle, le vit qui transmet la vie, qui se perpétue par l’union des deux sexes opposés ; c’est sans doute la motivation de sa présence dans Noces, Nuptial, Nymphes et même Niquer.

 

Plus spirituellement c’est le N de Noël, de la Nativité, la Naissance de l’Enfant de Nature divine, né d’une certaine Notre-Dame par l’opération de l’Esprit Saint, esprit de Vie éternelle, le N de la Bonne Nouvelle. N inaugure notre Nom, augurant de son importance capitale dans notre vie.

 

Au sens de vie du N majuscule, il faut ajouter les deux sens précis de minuscule:

 

1) Le nez humidifie et réchauffe l’air inspiré. Quand on respire bouche ouverte, les muqueuses de la langue et des joues se déshydratent très vite malgré la production de salive, tandis que la muqueuse nasale résiste parfaitement grâce en particulier à la surface muqueuse des cornets. Humons par ce nez humide l’un des sens de n, celui de l’eau ou des eaux. Noun ou nun, ce sont les Eaux primitives en hébreu, la lettre n correspond au hiéroglyphe égyptien ~ qui signifie eau, et naus c’est le navire grec, qui flotte à la surface des n.

Ce petit n des eaux, à la surface desquelles on se hisse au moment de la naissance après la rupture de leur poche, est souvent associée à la vie qui n’existe pas sans elle : c’est pourquoi on peut souvent entendre dans l’N ce double sens de Vie et d’eau, comme dans Noé, Nil, Niger, Naples et de nombreux ports de pêche : Nantes, St-Nazaire, Nice, Narbonne… car le poisson Nourriture était symbole de survie et de vie. Des grands navigateurs portent ce n, tel l’amiral Nelson qui écrase la flotte française à Trafalgar, Nagano l’américaine à Pearl Harbor.Le Dieu de la Mer, Neptune confirme cette union de l’eau et de la vie, comme le capitaine Némo de Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne.

2) Le second sens du n minuscule marque l’anéantissement, la négation. La majorité des langues européennes l’utilise pour marquer le refus : non, ne, ni, nenni, nein, nicht, niemals, no, not, never, niet … Cette négation est illustrée par le bout du nez de l’enfant qui bouge, quand il nie la vérité, la cache dans le mensonge. C’est le n de nul, de néant. C’est l’anéantissement. Des mots tels noyade ou naufrage portent cette trinité de sens, de vie anéantie par les eaux, telles celles du le Nil et de ses crues ou les chutes du Niagara. Les Eaux du Déluge risquant d’anéantir toute vie sur terre, c’est l’arche animalière de Noé qui permit de conserver la Vie.

             N= vie

 

 

 

La trinité du N

 

         n = eaux        n = anéantir

 

N, lettre nasale qui résonne dans nos sinus, domaine des « otorhinos », invite à plonger dans les profondeurs du cerveau olfactif, le rhinencéphale.

 

Le rhinencéphale ou cerveau limbique

 

En 1878, Broca donnait le nom de «grand lobe limbique » à la circonvolution de l’hippocampe, qui reçoit les influx olfactifs. Ainsi naissait le concept de rhinencéphale, constitué par une large bande de cortex située sur la face interne des hémisphères, formant la quasi-totalité du cerveau des mammifères inférieurs. Il faut attendre 1937 pour que Papez dégage les rôles autres qu’olfactifs du rhinencéphale, qui reçoit également les influx tactiles, visuels et auditifs,  et  pour qu’il décrive un circuit auquel il attribue une fonction clef dans l’élaboration et l’expression des émotions. Car l’activité du rhinencéphale concerne particulièrement l’affectivité et la mémoire. Les poètes connaissent ce lieu de mémoire synesthésique et Baudelaire pressent :  

 

« Comme de longs échos qui de loin se confondent

   Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »

 

Arthur Rimbaud élargit cette synesthésie au langage :

 

« Du reste, toute parole étant idée, le temps d’un langage universel viendra !…Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schéma du système limbique du cerveau humain

décrit par Papez puis complété par Mac Léan

 

La mémoire est déterminante pour la motivation, car c’est par référence à une expérience antérieure qu’une information sensorielle va prendre un contenu affectif et acquérir une vertu d’incitation. Le système limbique joue un rôle primordial dans ce processus de motivation et dans l’adaptation du comportement à l’expérience passée de l’individu. Bien que l’on ignore encore la nature des traces mnésiques et leur localisation exacte dans le cerveau, il semble que les traces définitives s’inscrivent au niveau du néocortex,  mais que toute information nouvelle doive être maintenue par un processus d’activation qui va les traiter et les transformer en traces stables. Ce serait l’hippocampe (structure privilégiée par ses connexions) qui élaborerait cette activation transmise ensuite le long du circuit.

 

Carrefour entre, en bas, le cerveau reptilien des besoins vitaux, des conduites de survie, et en haut, le cortex associatif intersensoriel proprement hominien, le système limbique est chargé de réguler et moduler leurs messages respectifs. L’hippocampe effectue la comparaison entre deux types de messages : ceux qui arrivent de l’hypothalamus, du cerveau reptilien, qui transmettent les données des systèmes de renforcement ; ceux qui proviennent du néo-cortex où sont stockées les différentes informations sensorielles et les programmes moteurs et où sont enregistrées les traces des échecs ou des succès. Cette confrontation permet d’éliminer les informations non renforcées et de stabiliser celles qui l’ont été. Si ce sont les paramètres biologiques internes, expression d’une pulsion endogène, qui sont ici déterminants, le système limbique est cependant capable chez l’homme de supprimer les conduites stéréotypées en apportant des nuances individuelles qui traduisent la personnalité psychosociologique de l’individu. Pour les conduites sociales en général, indépendantes des fluctuations du milieu intérieur, c’est lui qui en fixe l’expression  en fonction de l’apprentissage antérieur.

C’est la sensibilité du corps, matrice de nos émotions, qui permet de capter les variations de l’environnement ; ces variations génératrices d’émotions, font écho dans la parole sous la forme d’un système de signaux d’alarme du groupe, construits d’unités de fragments onomatopéiques, reliées directement au cerveau émotif, le système limbique D.

Le système limbique comporte :

 

  • une partie gauche reliée à la mémoire du cerveau G, celle des mots, et à la mémoire d’une vision consciente analytique

  • une partie droite reliée à la mémoire du cerveau D, celle de ces vibrations émotives, telle ar de la menace, tr de la peur, ia de la crainte.

 

Nature et fonction des émotions

Les émotions, éléments essentiels de notre vie, colorent nos réactions à l’environnement et influencent nos perceptions. Sensations plus ou moins nettes de plaisir ou de déplaisir, les émotions agréables positives accompagnent la survenue ou l’anticipation d’événements gratifiants de récompense tandis que les émotions négatives ou désagréables sont associées à l’expérience de la douleur, du danger ou de la punition.

Elles ont pour caractéristiques communes de ne pas se cantonner au domaine cérébral, mais d’avoir des répercussions physiologiques somatiques : être pris au tripes, avoir la peur au ventre, se faire un sang d’encre ou de la bile. Elles sont désignées par un vocabulaire particulier : peur, joie, tristesse, chagrin, rage, colère, anxiété… Plus de cent termes différents existent pour les préciser mais leur utilisation est subjective.

Processus complexe, l’émotion se distingue par trois composantes :

- l’expérience subjective

- l’expression communicative (mimique, pleurs, gestuelle)

- les modifications physiologiques (cœur qui cogne, pâleur, rougeur),      spécifiques ou non.

 

 

On distingue deux types d’émotion :

 

1) des émotions fondamentales : réactions affectives intenses à des évènements extérieurs réels ou imaginaires, dont le prototype est la peur. Pour qui n’est pas bâti sur le modèle d’un certain Pierre de Terrail, seigneur de Bayard, sujet de Louis XII puis de François 1er, la peur est d’expérience commune. Les Romains la faisait naître de deux divinités : Pallor et Pavor. Elle est omniprésente, elle hante les bois et les forêts, se cache dans les ténèbres et ne craint pas même la lumière du jour, tantôt discrète, tantôt pressante. Mais c’est surtout dans le cœur des hommes, dans leur esprit que se situe son véritable siège, où elle exerce la pleine mesure de ses pouvoirs. Les capacités d’imagination de l’homme en font un parfait artisan de ses effrois et un vecteur de ceux des autres. Cette émotion normale est utile comme signal d’alarme avertissant le sujet, au même titre que la douleur, de la menace d’un danger ; capital de sauvegarde, elle se rencontre déjà de façon innée chez le nouveau-né, comme la peur d’un bruit violent ou la perte brutale d’un support. Sa nature insinuante et contagieuse la rend parfois épidémique, capable de pénétrer le corps social dans son ensemble. L’empire de la peur n’a pas de frontières et notre civilisation moderne, dont les progrès devraient apporter une plus grande sécurité, véhicule de nouvelles peurs : guerre atomique, chimique, bactériologique, terrorisme, pollution, radioactivité, chômage, violence urbaine, intégrismes, inversion des valeurs, etc. Ce qui n’empêche pas les vieilles peurs de persister : éruptions volcaniques, tremblements de terre, inondations, chocs climatiques (la canicule de l’été 2003 avec ses morts), sans omettre la maladie et la mort avec une place particulière pour le cancer, le sida, la maladie de la vache folle ou celle d’Alzheimer.

La peur est sans cesse réinventée et il ne semble guère possible de la conjurer totalement, ce qui en soi n’est pas souhaitable, puisque tant qu’elle ne franchit pas le seuil du pathologique et se tient à l’écart des paroxysmes, cette divinité familière qui invite à la prudence, nous est indispensable.

 

2) des émotions dérivées fondées soit sur l’émotion suscitée par l’image que l’on a de la conscience de l’autre (mépris, méfiance, peur du mystère), soit nées de la conscience de soi face au regard de l’autre (honte, timidité : peur de sa propre valeur telle qu’elle sera perçue par l’autre).

 

En dehors de behavioristes, la plupart des biologistes admettent que les émotions jouent un rôle déterminant dans le comportement. En fait, l’individu, face à une situation donnée, traite l’information selon son expérience antérieure et son attente ; son émotion naît de l’interprétation de la situation elle-même.

 

Atchoum, voici le rhume… de cerveau

 

Cette expression fait sourire le docte médecin, mais sans doute à tort ! Bien sûr, ce qui coule du nez ne provient pas du cerveau (cela ne se produit que lorsqu’il existe une brèche traumatique d’un sinus avec fracture de l’os frontal et déchirure de la dure-mère). Mais, derrière cette physiopathologie populaire apparente, ne faut-il pas entendre que même un rhume banal a pour cause quelque conflit entre des neurones cérébraux, conflit qui s’évacue, s’écoule, se vide ou se liquide par les sécrétions du nez ?

Eternuer (atchoumer, disent certains malades) est un réflexe que produisent fumée, poivre, poudre, pollens et autres allergènes. « A vos souhaits, Dieu vous bénisse, à vos amours » sont les formules que l’on adresse à celui qui éternue, comme si cet éternuement concernait des désirs inconscients.

Au fil des ans de l’exercice de la médecine générale, j’ai été de plus en plus étonné de constater dans les quinze jours qui suivent chaque rentrée scolaire, le nombre important d’enfants amenés par leur mère parce qu’ils ont le nez pris, alors qu’en fin de vacances estivales ces nez étaient libres. En règle générale il s’agit d’infection rhinopharyngée virale, plus communément de rhume de cerveau. Qu’est ce qui a pris leur pauvre nez, qu’est-ce qui s’y liquéfie, s’y vire, râle par ces mauvaises humeurs, ces infects maux ?

Ecoutons ce que nous dit le code secret de notre cerveau droit, évoqué dans le chapitre suivant : Rhume, soit transformation subtile qui volatilise la violente rigidité ! De quelle rigidité est-il alors question ? Celle du mauvais R, de ses courants d’R stressant, criant, dressant, frappant autrefois avec la Règle du Maître, grondant toujours pour plier l’enfant à la discipline, l’emprisonner dans un espace clos, sa classe : c’est l’R des Rangs, des Règles, l’R de la Raison Rigide, de la Rigueur, de la Rectification, du Rouge des fautes, de la crainte du Redoublement. Et le nez des enfants, qui ne sait pas mentir, se bouche pris…onnier (c’est la phase inflammatoire congestive), puis coule comme une fontaine liquidant ce mauvais R qu’ils n’ont pu éliminer par les mots de la bouche ! La rhinite claire devient vite purulente signifiant certes une surinfection bactérienne mais signifiant aussi que l’enfant liquide quelque chose d’infect à force d’être pris pour un morveux ! Sa morgue cache la mort de son je d’enfant, le es freudien, emprisonné par un Überich, Surje en français, qui évoque le Surge, le Surveillant Général (il y en eut un au Lycée Victor Hugo de Besançon qui se nommait Ledeuil !). L’interdiction de pleurer dans la logique du dressage familial et scolaire de la maternelle ne permet plus à l’enfant d’évacuer la charge émotive de son cerveau limbique, de liquider dans le flot de ses pleurs les mots blessants. L’ordinateur cérébral de l’enfant lance un programme de lutte contre le stress provoqué par la discipline R, ce fameux courant d’R, qui leur permet d’attraper le virus du rhume de cerveau, que d’autres avaient apporté à l’école ! Et le flot de larmes inhibées se libère sous une autre forme liquide qui coule de leur nez comme d’une fontaine. Mais ne cherchez pas la source, c’est écrit par l’inconscient collectif, c’est le cerveau, et plus précisément le rhinencéphale, le responsable !

La fonction lacrymale a pour fonction première d’humidifier en permanence l’enveloppe externe de l’œil : cornée et conjonctives, ce qui permet d’assurer une transparence optique idéale et d’éliminer toutes les poussières microscopiques. La charge émotive surtout négative (chagrin, déception, douleur…), parfois positive (bonheur soudain, joie…) du cerveau affectif (limbique) déclenche aussi les pleurs (fondre en larmes). Il semblerait que certaines structures du système limbique se comportent comme des sortes de condensateurs, et lorsque la charge maximale (dépolarisation membranaire) est atteinte, la décharge devient inéluctable ; il se produit une tension de claquage comme dans l’éclair de l’orage et cette décharge se propage aux centres du système nerveux autonome chargé de la régulation. Ce système sympathique (ortho et para) est un système efférent qui innerve le muscle lisse vasculaire et viscéral (contraction ou relaxation), les glandes exocrines et endocrines et les cellules de tous les organes. Ce système nerveux végétatif commande donc la fonction lacrymale et les fonctions sécrétoires des muqueuses nasales. Or si le déclenchement de la fonction lacrymale a été inhibée par l’éducation familiale (« un garçon ça ne pleure pas…») ou scolaire (maternelle), il est fort probable que cette décharge du condensateur limbique suive d’autres circuits, pouvant en particulier provoquer des vasoconstrictions localisées à certaines muqueuses telles celles des fosses nasales, engendrant par cet effet une baisse de l’immunité locale, propice à l’invasion virale. Ces répercussions des stress émotifs sur le système immunitaire de nos défenses locales ont été démontrées dans plusieurs études (cf appendice page….. : Pr Dupont). A la phase invasive du virus qui provoque la phase congestive inflammatoire de la muqueuse (nez bouché), suit la phase sécrétoire d’émission liquide (nez qui coule). Les larmes, ces armes liquides (l) des pleurs, propres comme le rire à l’espèce humaine, ont bien un rôle libérateur de la charge émotive limbique ; comme le langage qui n’a pas d’organes propres, l’émission de pleurs utilise la fonction lacrymale biologique de l’œil comme moyen de communication, pour signaler aux autres le degré interne de nos émotions. L’inhibition des pleurs chez l’enfant par l’éducation semble devoir se payer par des rhumes de cerveau, ces rhinopharyngites si fréquentes en particulier lors de rentrées scolaires. Le R de la rigidité doit se fondre en larmes, se liquéfier pour être liquidé ou noyé (n = eau). Retenir ses larmes c’est inhiber une décharge physiologique du cerveau affectif avec le risque que d’autres groupes de cellules du corps pleurent. L’inconscient collectif des médecins le sait en utilisant la terminologie grecque pour les écoulements d’humeurs du corps : rhinorrhée, otorrhée, leucorrhée, sialorrhée, bronchorrhée, pyorrhée… Mais le doublet de lettre qui signifie couler dans le suffixe rhée est ée (giclée, fumée, marée…), la lettre h précisant la violence de la rigidité de la lettre R.

 

 

La tumeur… là, tu meurs !

 

Quand le malade reçoit de plein fouet le mot tumeur, résonne en lui « tu meurs ». Le médecin, pour se « rattraper » aura beau préciser bénigne, l’impact psychologique négatif a déjà eu lieu. L’inconscient de la langue française crée des résonances qui ne sont pas innocentes et que le médecin se doit d’éviter !

La tumeur par le doublet um est bien un lieu de transformation, et cette transformation subtile volatilise le : en histologie, science des tissus organiques, cela se traduit par un envahissement destructeur des limites, des tuniques et en particulier de la membrane basale des épithélia, donc bien de la couverture tissulaire. Dans notre programme linguistique inconscient, la tumeur sert à détruire le sale t, le ou les mauvais coups reçus. Que les patientes qui ont reçu quelque choc au niveau d’un sein qui a été tuméfié (avec un hématome, un bleu) redoutent qu’il puisse générer un  cancer, n’est donc pas un hasard mais une coïncidence linguistique entre tuméfaction et tumeur qui résonne dans leurs aires cérébrales du langage : « tuméfié » n’invite-il pas à se méfier de tumeur ?

Quant à la nature du  t,  le t des mauvais coups, ceux de la mort d’un être proche, elle est très variable selon la localisation de la tumeur maligne qui peut, par exemple, atteindre un sein, symbole de féminité ou de maternité, un poumon, siège du souffle de vie, ou le sang qui concerne les ascendants ou descendants, les personnes du même sang. La culpabilité de l’individu est encore plus grande quand la personne proche s’est suicidée (s’est par exemple taillé les veines : aïe le t). Le pourquoi psychologique des cancers sera envisagé ultérieurement, mais on peut déjà s’interroger sur l’inconscient des médecins qui, dans le jargon de leur métier, qualifient souvent la tumeur maligne de néo, préfixe grec qui signifie nouveau. Si la cellule cancéreuse mutée exprime bien un nouveau programme génétique, ce terme néo n’invite-il pas le malade atteint de cancer à une nouvelle vie ? Maints exemples de patients condamnés ont « miraculeusement guéris » en changeant totalement leur vie, en adoptant une vie nouvelle.

Si le cerveau est partie prenante dans un cancer, si l’immunité du sujet se met à tolérer la prolifération de cellules devenues étrangères, ne faut-il pas penser que le programme tumeur est un programme cérébral de transformation subtile (qui se répand : les métastases), visant à supprimer, à volatiliser un organe symbole, voire l’individu entier ? Entendre dans le néo, le n de l’anéantissement ou avec un N majuscule, le N de la vie, cela ne dépend-il vraiment que du programme génétique muté de la cellule cancéreuse, plus ou moins maligne (scientifiquement moins ou plus différenciée) ? Le malade n’aurait-il plus son mot à dire, n’aurait-il aucune possibilité de modifier le programme inconscient autodestructeur, voire « suicidaire » de son cerveau ? Le cr du crabe ou celui du Krebs (cancer en allemand) n’est-il pas reprogrammable ? Encore faudrait-il que le malade soit en mesure de comprendre le sens de son cancer et que son entourage et ses inhibitions (nées d’un tu moral carcéral) lui permettent de changer sa vie.

Pour aller plus loin dans la psychanalyse des mots, révélatrice du pourquoi des maux, il est nécessaire d’en connaître le code de lecture inconsciente, ce qui est l’objet des deux chapitres suivants. 

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