La LANGUE de l'inconscient

 

La Langue de l’Inconscient

ou

La Psychanalyse des mots

 

 

INTRODUCTION

 

Curieux !

 

« La science restera toujours la satisfaction du plus haut désir de notre nature, la curiosité  ; elle fournira à l'homme le seul moyen qu'il ait pour améliorer son sort».                       Ernest Renan 

 

   Un livre... des livres. Celui là est le septième d'une série qui traite du même sujet, une série initiée en 1995 avec quatre premiers ouvrages évolutifs parus sous le même titre ''Maux à mots'', un langage dans le langage élucidé, puis prolongée en 2000 puis 2006 sous le titre ''Entendre les mots qui disent les maux'' aux Éditions du Dauphin. C'est l'aboutissement d'une longue et acharnée investigation, d'une exploration méticuleuse des profondeurs du langage humain non pas en y entrant par la porte officielle de la Linguistique à La Faculté des Lettres, mais par une porte dérobée presque par effraction. En effet je suis parvenu à y pénétrer non pas avec la tête dans les nuages d'un chercheur intellectuel érudit de la langue, mais avec les pieds dans la boue des maux du corps des hommes qui leur colle aux basques tout au long du chemin de leur vie et qui sollicitent le médecin pour tenter de les en libérer. Et c'est en plongeant les mains dans ce cambouis de la souffrance humaine que  j'ai finalement appréhendé l'essence cachée des mots. « Une chose que l'on ne connaît que par les livres, on peut jurer qu'on ne la connaît pas » nous a prévenu Paul Valéry. 

 

    Un livre délivre. La délivrance concerne en premier son auteur, un médecin retraité qui depuis son plus jeune âge a été obsédé par une seule question qui n'est pas le comment...  mais le pourquoi. Cette quête hantait-elle mes nuits de bambin qui ne parvenait pas à s'abandonner dans les bras de Morphée ? Ma mère, lorsqu'on s'étonne de ma soif inassouvie de savoir, rappelle souvent comme anecdote mes mots d'enfant de quatre ans pour expliquer sa difficulté d'endormissement : «ça pense toujours dans ma petite tête » ! Tenter de comprendre le mystère des choses et surtout du vivant fut un tourment qui ne m'a jamais quitté et qui ma valu d'innombrables nuits blanches. Que d'élevages de bestioles sont entrés dans ma chambre dans des boites de fortune : têtards de grenouilles, de tritons et de salamandres, chrysalides de papillons dont j'observais émerveillé les métamorphoses successives de l'état larvaire à l'état adulte, sans savoir à l'époque que ces transformations étaient sous la commande d'un ADN dont la double hélice de gènes n'avait pas encore été découverte par Watson et Crick. « La science ? » s'interroge André Maurois « Après tout qu'est-elle, sinon une longue et systématique curiosité ». 

 

  Est-ce cette boulimie de compréhension qui fut l'un des moteurs inconscients du choix de l'exercice de la Médecine ? Découvrir les secrets du corps humain et tenter de connaître la cause de ses maux, dont le mystère que fut pour moi la tuberculose pulmonaire de mon père et son départ en sanatorium dans les Alpes en 1962, ne sont sans doute pas étrangers à cette orientation professionnelle. Installé comme généraliste à 25 ans en milieu semi-rural à la périphérie de ma ville natale, Besançon, j'ai exercé au quotidien une médecine de terrain qui m'a permis de progresser dans ma quête intellectuelle de l'étiologie psychologique des maladies tout en me confrontant sur le terrain des maux à la dure réalité de la souffrance humaine. 

 

     La Faculté et mes stages hospitaliers m'avaient transmis un savoir substantiel mais pas toujours adapté à l'exercice isolé de la médecine générale. A l'hôpital le médecin scientifique a l'objet de son étude sous la main, un sujet numéroté, déjà sélectionné dès son entrée dans un service spécialisé en fonction de l'organe à traiter, et surtout qui restera dans un lit à disposition du praticien pour toutes les investigations techniques qu'il jugera utiles pour établir un diagnostic. Le médecin à l'hôpital ou en ville se trouve dans deux situations fort différentes avec un temps de verdict, de riposte et de solution divergentes pour combattre la maladie. Isolé dans son cabinet médical avec un plateau technique très réduit et un malade ''ambulatoire'' qui lui échappe après les quelques minutes de sa consultation, l'omnipraticien joue à un jeu d'échecs contre la maladie aux règles fort différentes de celles du CHU. Car si le diagnostic ne peut être posé ou s'il reste incertain, il s'agit d'avoir une stratégie adaptée soit à l'attente du résultat des examens complémentaires prescrits soit au choix d'un traitement immédiat si les différents diagnostics évoqués n'entraînent qu'une seule thérapeutique qui, administrée sans retard, permet d'éviter les complications dangereuses pour le patient. La tactique est similaire au ''clouage'' d'une pièce aux échecs afin d'éviter que le mal fasse cavalier seul et progresse et tenter de le mettre mat d'emblée. Les généralistes furent les pionniers d'une antibiothérapie probabiliste lorsqu'ils se trouvaient confrontés à une infection sans examen bactériologique à leur disposition. L'arrivée en officine d'une antibiothérapie efficace avec l'amoxicilline en 1975 et l'adjonction d'acide clavulanique (Augmentin@) en 1977, a révolutionné le traitement des otites moyennes bactériennes de l'enfant que les ORL traitaient par paracenthèse systématique jusqu'alors, une perforation du tympan sans anesthésie chez le nourrisson ! Ce sont les médecins de famille qui sont à l'origine de cette petite révolution qui a rapidement été suivie par les hospitaliers et les spécialistes libéraux .

 

     La communication en médecine libérale est donc capitale car il s'agit de créer et de maintenir une relation de confiance et un lien fiable avec une information appropriée pour que le malade ne soit pas inutilement angoissé par l'incertitude diagnostique tout en étant averti des signes d'alerte qui doivent l'amener à reprendre contact. Il m'a fallu cinq ans de pratique pour modifier le comportement appris lors de mes études, cinq ans où la transgression est vécue avec le poids d'une certaine culpabilité. Après ce délai le sentiment s'inverse si cette fois l'on ne transgresse pas, car cette nouvelle manière de faire que l'on a expérimentée seul et dont on a vérifié le bien fondé avec succès, est bien la seule manière adaptée efficace et éthique pour soigner ''ses'' malades. Le développement récent des stages en cabinet libéral des étudiants en dernière année de médecine parvient à pallier cette lacune dans leur formation et j'en ai accueilli des dizaines dans mon cabinet médical les 20 dernières années de mon exercice.

 

L'écoute, chemin du Sens

 

     C'est en oubliant parfois son savoir, professé dans les Facultés de Médecine, que le petit docteur de ville ou de campagne finit par saisir le sens profond des maladies. Pour cette compréhension il doit se mettre à l'écoute de l'autre, son malade qui est, avant tout, son prochain. Car le premier outil d'un généraliste restera toujours son oreille qu'il doit en permanence prêter pour comprendre la souffrance de l'être malade et compatir : sa réponse de soignant sera fonction de la qualité de cette écoute. À côté du technicien qui soigne, il faut encore un homme qui écoute car de nombreux maux dont souffrent de nos jours les stressés, les anxieux, voire les exclus, demandent plus d'égards et de regards que de piqûres et de pilules. Faute de liens sociaux solides, la souffrance psychique, engendrée par les aléas de la vie, s'est engouffrée en effet depuis quelques années déjà dans les cabinets des médecins de famille, devenus des confessionnaux où se déverse ce trop-plein de douleur plus morale que physique, conséquence de stress divers d'un mode de vie inhumain, un mal être omniprésent, pas vraiment au programme des études médicales. Ce mal-être, nommé blues, déprime, cafard ou bourdon, avec son lot d'angoisses, de boules dans la gorge, de soupirs et de souffles coupés, de ventres noués, gonflés ou ballonnés qui se vident ou se retiennent, de cœurs qui s’emballent, battent la breloque, occupe une part croissante du temps de la consultation, confortant l’intuition du médecin sur l’origine réelle de ces maux. 

 

      Faut-il rester sourd au sens des mots qui crient la douleur ? L'expression orale de cette souffrance serait-elle insensée ? L'exercice quotidien de la médecine ne peut que faire appréhender la maladie comme un langage par lequel le malade exhibe sur son corps un message caché ou inhibé de son cerveau. Ce n'est pas une métaphore, les maux comme les mots se donnent, se passent et se repassent, voire se refilent, un échange inter-humain dont la terminologie relève bien du domaine de la communication. Aux mots, signes verbaux, répondent les signes des maux, dont l'association constitue le symptôme, ensemble spécifique de la sémiologie médicale. Établir un diagnostic médical est une démarche de sémiologue à la recherche de signes cliniques, biologiques, radiologiques qu'il s'agit de réunir pour obtenir le message complet livré par le corps qui souffre et parvenir à accrocher le tableau qui se dessine dans le musée nosologique où sont rangés et classés tous les maux. Le médecin, tel un Champollion, doit découvrir le sens de glyphes charnels qu'il doit d'abord rechercher en fouillant tous les recoins du corps, des signes de maux motivés reflétant l'expression d'une anomalie de fonctionnement cellulaire localisée à tout ou partie d'un organe. Il existe des signes généraux en relation avec la globalité de la personne telles la fièvre, l'asthénie, l'insomnie, des signes régionaux non spécifiques que l'on rencontre dans des maladies différentes tel un syndrome sub-occlusif d'une méningite ou d'une diverticulite colique et des signes localisés pathognomoniques, spécifiques à une seule maladie telle l'éruption muqueuse buccale de Koplick qui précède l'éruption de la rougeole ou une douleur de constriction rétrosternale d'une ischémie myocardique. Comme le linguiste, le médecin est plongé en permanence dans les signes, qui pour lui sont somatiques ou psychiques, et se réfèrent toujours à une physiopathologie biologique du corps ou du cerveau. Mais pourquoi la maladie surgit, pourquoi tombe-t-on malade ? La plainte somatique d'un organe malade n'est-elle pas la partie émergée d'une plainte psychologique bâillonnée, immergée dans les profondeurs encore peu sondées de l'inconscient de chacun ? Les signes du corps malade pourraient-ils n'être que la traduction charnelle de conflits de mots dans le programme de notre unité centrale, celui de notre cerveau, entre celui de notre carte mère héritée de notre lignée et les logiciels installés par les apprentissages conditionnés et les expériences de chacune de nos vies ?  Pourquoi cette chute et parfois ces rechutes dans la maladie ?

 

La chute de l'homme ou le mythe des origines

 

                          “L'homme est un Dieu tombé qui se souvient des Cieux”         Alphonse de Lamartine

 

      C'est par une chute que débute la vie de l'Homme sur Terre selon l'histoire symbolique de la Genèse de la Bible qui nous conte sa chute originelle le condamnant à devenir mortel. Il n'est pas question ici de nier les origines biologiques ni l'évolution de l'espèce humaine sur terre tant les preuves scientifiques de sa réalité se sont accumulées depuis Charles Darwin. Même l'ontogenèse (la formation biologique de l'organisme) d'un homme actuel récapitule lors de son organogenèse embryonnaire les grandes étapes biologiques de la phylogenèse (évolution) des espèces. Le langage n'est apparu que récemment dans cette lignée de primates et c'est son apparition qui pose des questions scientifiques, linguistiques voire métaphysiques. Comme Freud puis surtout Jung l'ont souligné, les mythes manifestent le Savoir d'un inconscient commun à toute l'humanité par la médiation d'archétypes, des formes universelles ancestrales de représentations, persistantes chez l'homme évolué, homo sapiens sapiens. Ne sommes nous pas encore immergés parmi ces Personnages imaginaires : Éros, Psyché, Aphrodite, Œdipe, Narcisse, Éros, Éole, Hélios, Séléné, Hermès, Hypnos, Morphée, Phobos, Pan... jouant sans complexe aux chiques avec nos comportements et nos états d'âme modernes. Leurs Noms ont donné naissance à des enfants linguistiques qui gambadent toujours dans notre langue le plus souvent sous la forme d'adjectifs: érotique, psychique, narcissique, chronique, panique, hermétique, hypnotique, morphinique, phobique,. Mais la greffe grecque a tellement bien pris dans notre langue romane aux origines latines que même nos ''éoliennes'' ou nos ''hypnotiques'' ont l'air contemporains. Ces Personnages mythiques sont des êtres imaginaires, qui incarnent des idées sous la forme de mots.

   

     La notion d'archétype est d'inspiration et de tradition philosophique; elle apparaît déjà chez Platon pour qui le monde intelligible, le monde réel des hommes et de leurs perceptions n'est que le reflet d'un monde idéal formé de pures idées : “L'idée est la cause qui sert de modèle aux objets dont la constitution est inscrite de toute éternité dans la nature” (dialogue socratique du Phédon). Dans le champ des sciences humaines, l'anthropologue allemand Adolf Bastian (1826-1905) évoque l'existence d'une structure universelle de l'esprit humain expliquant les mêmes pensées, rites et mythes à travers le monde, structure que Jung avance dans son hypothèse comme des images primordiales produits de la psyché, une disposition fonctionnelle à produire des représentations semblables ou analogues” (Métamorphoses de l'âme et ses symboles, 1912). Chez les philosophes empiristes l'archétype relève de sensations primitives à l'origine de la construction psychologique d'une image. Le biologiste Henri Laborit précise: “héritage génétique, héritage sémantique, voilà ce que contient au départ le cerveau de l'homme moderne” qui “y ajoutera le contenu de son expérience personnelle” (Biologie et structure, Gallimard, Paris,1968, p21). Même le Conte pour enfants n'échappe pas à ces archétypes comme l'a analysé la continuatrice officielle de Jung, Marie-Louise von Frantz (L'ombre et le mal dans les Contes de fée).   

   

   Comprendre l'origine et la structure du langage avec son héritage sémantique dont le trésor est enfoui dans l'inconscient collectif est l'ambition du premier tome de ce livre qui pour y parvenir nous plonge telle une recherche archéologique dans les racines fondatrices des mots, unités de nos langues modernes évoluées où il s'agit de détecter les témoins fossiles concrets de ce patrimoine. Comme nous le suggère cette chute originelle, ne doit-on pas commencer par la fin ? La science moderne ne saurait disqualifier ce mode de raisonnement où l'avancée de la prospective permet une nouvelle rétrospective : en effet c'est à partir des données enregistrables des confins de l'univers que l'astrophysique tente de comprendre sa naissance au moment du Big Bang et grâce à des détecteurs interférométriques qu'elle parvient à vérifier la théorie de la relativité générale d'Einstein et la réalité physique de la courbure de l'espace temps causée par le déplacement d'astres massifs en mesurant les ondes gravitationnelles dont ils sont source.

 

     La fin du monde ou la fin des temps est aussi un mythe, celui de l'Apocalypse, du grec apokalúpsis, littéralement révélation, il repose sur la narration du combat entre les Ténèbres et la Lumière qui finit par triompher. “Je lui donnerai la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc, et sur ce caillou est inscrit un Nom nouveau que personne ne connaît si ce n'est celui qui le reçoit” (Jean, Apocalypse, II, 17-18). Curieux déroulement de l'histoire biblique de l'Humanité qui, dans le Jardin d'Éden spirituel du monde d'en Haut, débute par une chute synonyme de fin en français, pour se terminer par une révélation qui ouvre une possible Ascension vers ce monde d'en Haut pour une Vie nouvelle. Pour comprendre notre histoire et le fondement de notre langue, n'est-il pas pertinent d'imiter le Petit Poucet perdu dans la forêt et de faire marche arrière en suivant les cailloux blancs semés depuis l'enfance de l'Humanité et ses premiers balbutiements ? Il faut peut-être se perdre pour retrouver et comprendre le Sens de notre chemin sur Terre, celui de notre Vie. Comme le souligne René Thom, fondateur de la théorie mathématique des catastrophes, “quand on sait où l'on va, on va rarement très loin”!  

 

     Ainsi la découverte de cette nouvelle Langue, celle d'un inconscient collectif, s'est réalisée selon ce cheminement inverse. Au départ l'écoute de l'expression des maux des êtres humains, qui chutent et rechutent, semble une forêt obscure presque impénétrable de mots singuliers où il est facile de se perdre, mais grâce aux cailloux blancs des onomatopées de la douleur parsemés encore dans notre lexique actuel, tels des fossiles de cris préhistoriques, le chemin vers l'origine incarnée des mots a pu été retrouvé et le sens des maux s'est dévoilé. “Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit” nous prévient Khalil Gibran comme le suggèrent les descentes aux enfers des héros mythologiques et le confirme le visionnaire Victor Hugo : “Chaque homme dans sa nuit s'en va vers sa lumière”.

  

     Les exégèses du passage de la Genèse biblique sur la chute originelle sont multiples et varient selon les religions monothéistes. Leur message commun révèle que c'est par la transgression de l'interdit divin que l'homme accède à la Connaissance qui nous élève et nous sépare de l'animalité et de l'inconscience, mais que cette désobéissance se paye par des maux bien terrestres, ceux de la condition humaine avec la maladie, la vieillesse et la mort comme unique conclusion. Toute découverte scientifique marquante transgresse les connaissances antérieures et le clergé romain s'est érigé en juge divin pour condamner l'héliocentrisme de Galilée et la rotation terrestre avec interdit de contredire les conceptions admises par le Saint Office et ordre de se renier. Chut ! Le maintien dans un obscurantisme favorable aux dominants serait le Projet de Dieu ? Derrière le Verbe divin ordonnant de ne pas toucher au Fruit défendu de l'Arbre de la Connaissance ne faut-il pas entendre le Respect de ce qui est dit “entre” (inter dit) en recherchant quelles séquences enfermées dans la chaîne sonore des mots ont jusqu'alors été occultées ? 

 

    En devenant conscients, Adam et Eve ont acquis la langue mensongère du Serpent tentateur, un langage de la duplicité, “double”, désormais transmis aux descendants terrestres en s'inscrivant dans de nouvelles zones corticales, celles des aires langagières de l'hémisphère gauche, un langage coupé de ses origines. Son acquisition, sa transmission par apprentissage conscient de la langue maternelle à chaque génération l'a démotivé, faisant perdre tout Sens aux Sons, contrairement à ceux d'une Langue première apte à exprimer l'Unique Vérité. La curiosité de l'Homme n'a pourtant pas été éteinte par cette première expérience malheureuse car elle ne semble pas avoir de limites. Sa quête (éperdue... d'avance) des secrets de la Création est sans fin avec une connaissance scientifique qui croît de manière exponentielle depuis le dernier millénaire. L'exploration ne s'est pas limitée au spectre d'acuité de ses organes des sens dont l'homme moderne a réussi grâce à une technologie de plus en plus sophistiquée à dépasser les seuils tant vers l'infini microscopique de la cellule à la molécule, puis à l'atome, au proton, à électron, au quark et récemment au boson de Higgs, que vers l'infini macroscopique avec observation de l'expansion de l'univers, de ses galaxies et milliards d'étoiles à des milliards d'années lumière. Mais la science a beau scier les branches de l'arbre de la Connaissance de la matière avec des découvertes extraordinaires, elle semble inapte à résoudre un mystère plus terre à terre, celui de l'apparition, de la formation du langage et du Sens de l'existence humaine. 

 

    Pourtant cette Quête de Sens sur ce qui nous différencie de notre animalité, notre Essence d'homo loquens, ne date pas d'hier, elle se manifeste dans les mythes et légendes dès le début de l'Histoire humaine comme en témoignent la mythologie mésopotamienne avec l'Épopée de Gilgamesh gravée en caractères cunéiformes sur des tablettes d'argile sumériennes durant le IIème millénaire avant J.C. Récit d'une histoire sacrée relatant le temps fabuleux des commencements, le mythe peut être perçu comme reflétant un état préscientifique de la pensée, le produit d'une imagination où l'on retrouve des thèmes communs (Déluge, descente d'une divinité dans le monde des enfers...) où l'homme est le serviteur des dieux. Les variations des récits illustrent déjà une manipulation de la mythologie à des fins politiques et leur reprise dans la Bible hébraïque indique les sources archaïques de cette dernière. Ces mythes cosmogoniques qui traitent de la naissance de l'Univers et de la création de l'homme sont basés sur une séparation du Ciel et de la Terre, entre un monde d'en Haut et un monde d'en Bas. La chute de l'homme dans ce monde inférieur serait-elle une condamnation définitive et le Verbe d'en Haut serait alors éteint pour l'éternité ?

 

Le Serpent de la Genèse

 

   C'est lui qui subit symboliquement la condamnation divine la plus sévère, celle d'être réduit à ramper comme le plus terreux des animaux en perdant ses pattes. Ce Serpent génétique est un animal imaginaire dont le nom français dérive du latin serpentum, accusatif de serpens, un nom dont la graphie par son initiale S est une représentation iconique de la sinuosité de son corps lorsqu'il se déplace en ondulant. Les langues européennes restent fidèles à ce glyphe S, analogue visuel stylisé des orbes du Serpent, dont elles initient leurs noms pour le désigner : Schlange allemand, snake anglais, serpente italien, serpiente espagnol,  suge basque...  Coup de semonce initial pour envenimer le débat sur l'arbitraire des mots !

 

   La Lettre S qu'introduit ce Serpent tentateur d'Eve, “le plus rusé des animaux que l'Éternel a créés” (Genèse 3:1) est, - c'est son S Sens - un Symbole de Savoir qui s'est faufilé dans de multiples mots français qu'il initie : Sens, Signe, Schème, Sémantique, Science, Sagesse, Synthèse, Sophistication, Sagacité, Subtilité, Stratégie, Suggestion, Sentence, Sermon, Sensibilité, Santé, Souffle, Sel, Semence, Salut, Sauveur, Sainteté, Spiritualité, Sacré..., une Lettre qui, malgré la clarté de son dessin, a perdu sa qualité et sa grandeur de Signe visuel conscient puisque son Sens a été refoulé dans le Secret de notre inconscient. Sssss.... Sournoisement. 

 

    La Symbolique universelle très ancienne du Serpent est profonde et ambivalente, tantôt bénéfique tantôt maléfique. Ses métamorphoses ont suggéré aux peuples du monde entier une métaphore dynamique des grands mystères de la Vie. Dans la mythologie grecque pour s'installer à Delphes, Apollon doit d'abord tuer le Serpent Python, qui régnait sur les Oracles que prodiguait la Terre-Mère. La Pythie, par son Nom même, n'est-elle pas la Prêtresse Serpente ? Le caducée d'Hermès, dieu de l'Alchimie, représente un bâton où s'enroulent, entrelacés en sens inverse, deux Serpents surmontés de deux Ailes d'Aigle ; il devient l'emblème des messagers et des médecins, dans lequel les serpents incarnent la lutte antagoniste maîtrisée entre la Maladie et la Santé avec une issue spirituelle (les ailes d'Aigle). Les Serpents s'enroulent autour d'un Bâton d'Or qui symbolise l'Arbre de Vie, son Venin peut se transformer en remède, la force vitale descendante peut remonter en retrouvant la voie droite qui permet la seule Guérison, celle de l'Âme que les Ailes symbolisent. Emblème des professions médicales aux USA, il est remplacé en France par un caducée appauvri, celui d'Asclépios ou Esculape pour la version romaine, ne comportant plus qu'une courte baguette pour l'Arbre de Vie autour duquel s'entoure un seul serpent dont la tête est tournée vers la gauche, surmontée d'un miroir symbolisant la prudence, mais qui parfois reflète un certain narcissisme rencontré chez le mandarin hospitalier ! L'unique Serpent symbolise la conception matérialiste de la médecine moderne où la Spiritualité a disparu. Pourtant à l'échelle microscopique ce caducée hermétique préfigure la double hélice d'ADN de Watson et Crick, spirale le long d'un axe de deux brins chromosomiques à la base de la vie, enfermée dans le noyau de nos cellules. 

  

     Que ceux qui ont des oreilles entendent et prennent Racine... comme Guide pour percevoir le pouvoir évocateur de la Lettre S, cette consonne sifflante qui mime la voix sibilante du reptile : “Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes”. Aveugles nous ne percevons plus le Glyphe Sacré, hiéroglyphe de cet S, et sourds nous n'entendons plus le sifflement du phonème [s], signant tel un emblème sonore la présence du Serpent que seul un Poète par l'assonance de ses vers parvient à nous faire discerner. Le Comte Villiers de l'Isle-Adam, écrivain qui a inspiré le Symbolisme, sensible à la Symphonie des mots, évoque des serpents qui “se lovent, en sifflant, sous les mousses roussâtres”. Ainsi le phonème [s] qui imite un sifflement  peut être considéré comme un mimophone et la Lettre S, icône du Serpent de la Genèse, comme un Glyphe Sacré, un hiéroglyphe. La science avec son S scié aurait-elle réussi à nous couper des Symboles et des Signes linguistiques et serions nous pour toujours physiologiquement sidérés comme si nous avions face à nous la tête de Méduse à la chevelure hérissée de Serpents ? 

 

   Le Serpent de la Genèse ne serait-il pas un Magicien de la Langue, un Maître de la dissimulation ? La Chute avec condamnation de l'animal  mythique à ramper sur la surface de la terre n'est-elle pas aussi une chute littérale graphique de la majuscule S à la minuscule s, de la Capitale au bas-de-casse ? Ce s minuscule s'est accroché à deux notions constantes lorsqu'il se love à l'initiale des mots français ou se glisse comme seconde lettre dans son redoublement ''ss'' : la surface et l'enveloppe. En effet le serpent serpente à la surface du sol, et l'S, Symbole antérieur de son Savoir,  mue en petit dessin, silhouette s de la superficialité, du sommaire, du simpliste, du simulacre, du semblant, un pauvre sujet jeté sur le sol dans la poussière et réduit au quasi silence, dessein du Créateur qui ne lui permet plus d'émettre que l'sssss... d'un sifflement sinistre, que l'on mime en laissant glisser l'air que l'on expire à la surface de notre langue derrière nos crocs . Est-ce l's superficiel de la science moderne ? Ou celui de la sorcière ? Du balai ! Chassé, l'S majuscule, Signe Sûr de la certitude du Savoir divin, choit en minus s “sur” d'un technicien de surface qui en ramasse la saleté et la poussière où il est destiné à retourner. Le S du Savoir a mué en s de surface des choses et des faciès des Êtres. 

   Le Fruit de l'Arbre de la Connaissance, pomme, figue ou orange au gré des traductions, croqué par Adam et Eve chasse l'humanité du Jardin  d'Éden, une chute dont la gravité de l'affaire n'a pas été résolue, même par la découverte de Newton ! L'S tombé, l's scientifisé, s'accroche comme l'esse d'un boucher à la détresse humaine, dont la mort est le stress majeur selon l'échelle américaine de son évaluation : la perte d'un être cher reste le stress le plus élevé, car la séparation crée une véritable amputation dans le monde intérieur avec perte des repères affectifs et désadaptation créée par la brutalité du vide. 

 

   Quant au second Sens d's, il dérive de la capacité du serpent à envelopper, à enserrer ses proies, une faculté qui chez certaines espèces constrictives lui permet de les étouffer avant de les englober. N'est-ce pas étonnant que l'anglais et surtout le français usent de cette lettre comme une enveloppe pour cacher la notion de somme, qu'elle adresse au pluriel tant pour les articles (des, les, ses, siens, ces, nos, vos), les pronoms (nous, vous, ils, leurs) que pour les substantifs et adjectifs : des hommes perdus, des femmes éperdues. L'S du Serpent devient un lasso suffixal saisissant les mots pour signifier leur somme. Toute une série, une masse, un tas de choses enveloppées, enserrées dans la housse de cet s, formant des ensembles, des entassements, des associations, des assemblages, une société, un essaim bourdonnant de mots de la même classe, où l's synthétise le pluriel. Le préfixe grec syn exprime l'idée d'ensemble (les synonymes étant l'ensemble des mots de même Sens). On a tort de penser que la pensée abstraite est exempte de toute trace biologique et le créateur de mots conserve dans son cerveau reptilien une vision de l'espace où il agit en état de prédation persistante sur l'environnement. Comme le signale René Thom, “même la configuration typique des axes cartésiens évoque irrésistiblement une mâchoire qui se referme sur sa proie”. Nos réseaux de neurones miroirs qui nous permettent de mimer un mouvement ou une suite de gestes ont sans doute peu évolué depuis qu'homo est devenu habilis. On dit d'une femme qu'elle est belle à croquer ce que le peintre réalise sur sa toile ou résume par un croquis. On la dévore des yeux. On peut imaginer que l'enlacement des bras pour ramasser les brindilles ou les fruits, ou  le geste d'embrassement des épis amassés ont permis par analogie d'évoquer par cette action d'enserrement, par cette étreinte, une image du serpent qui enveloppe sa proie. D'où l'us de l's pour évoquer le pluriel dévoilant la corporéité, l'incarnation de la Lettre, icône de la gestuelle humaine jusque dans dans la Grammaire française.  

 

  Cette Lettre S à la Trinité de Sens, semble avoir perdu son âme et la science linguistique la considère comme un caractère graphique dont l'empreinte est conservée dans une police où règne l'arbitraire. L'S latin est issu du sigma grec (Σ ). La phonétique a peu évolué puisque les défauts de prononciation portant sur les consonnes constrictives, en particulier sur la sifflante s, se nomment sigmatisme. En mathématique Σ désigne la sommation, l'opération par laquelle on fait la somme des termes d'une série avec la méthode des intégrales, démontrant que même l'inconscient des mathématiciens a bien choisi ce symbole enveloppant. Ce sigma Σ dérive du shin w phénicien, un graphe toujours icône d'une ondulation. Comme la mue desséchée d'un serpent, la Lettre S a perdu la lumière de son Essence divine passée. L'S en Ciel, l'S Sens d'un  Savoir où  la Lettre donne sa Lumière à l'Être, est chassé en minus s qui surfe et glisse superficiellement sur les choses. L'S du Symbole a mordu la poussière, rabaissé en petit s insensé du signe saussurien immotivé, scindé en signifiant et signifié, coupé de la Nature, par les savants spécieux d'une science sourde. Sottise, inconscience, inSensibilité, méconnaissance ou refus de toute Spiritualité ?

 

      La science est-elle incompatible avec toute notion de divin ? Pourquoi la raison consciente du savant semble fuir une autre Sagesse que le Bon Sens populaire souffle dans les Signes d'un langage, propre à l'espèce humaine, fait de lettres, mots et expressions symboliques. N'y aurait-il aucune raison logique dans cette Soif inassouvie du Spirituel, depuis l'Aube d'une l'Humanité curieuse du mystère de la Vie et de la Mort ? Il est curieux d'observer cette incompatibilité de fait entre Dieu et la science car ceux qui ont fait progresser cette dernière sont rarement athées. Pasteur, grand Nom de la bactériologie semble convaincu :” Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène”. Max Planck, fondateur de la physique quantique, assure: “La foi est une caractéristique dont ne peut se passer le scientifique”. Et Einstein, le père de la relativité, confirme “ Je n'arrive pas à concevoir un scientifique dépourvu d'une Foi profonde ». Pour  le langage humain, derrière la trace de l'encre qui inscrit ses Signes sur la page vierge, le Poète sait que la Muse qui l'inspire pour guider sa Plume a trait avec un mystère surnaturel. ''Car le mot c'est le Verbe et le Verbe c'est Dieu'', assure l'auteur des Contemplations. 

 

  Le Serpent Tentateur de la Genèse est riche en Symboles chargés de nous transmettre d'autres bagages linguistiques. La bifidité de sa langue fourchue n'est-elle pas Symbole de la duplicité du langage et sa forme tortueuse Symbole de sa tromperie ? Pour signifier sa malfaisance venimeuse la langue française parle encore de langue de vipère taillée pour nous faire avaler des couleuvres ! Cette langue double est celle du mensonge, elle est contraire à la Vérité de la Parole de Dieu qui exigeait le respect de l'interdit. C'est celle du Diable chrétien (diabolein = diviser en grec) ou de l'Iblis islamique, deux noms porteurs de la séquence ''bl'' de la roublardise, de la fable, de la hâblerie, de la blague, du bluff, du blasphème, deux créatures fictives où cette séquence linguistique nous fait entendre un double Sens, celui de l'éblouissement et celui de l'aveuglement que perpétue la publicité de nos sociétés matérialistes consuméristes où règne le bling bling ! La connaissance humaine consciente née de la transgression du tabou divin serait-elle celle d'une contrevérité ? La dualité signifiant/signifié reconnue comme la structure caractéristique de nos mots actuels par la science linguistique serait-elle un mensonge venimeux de cette langue dite consciente qui oublie toujours l'inter-dit où se cache le divin  ?  

 

    La mue du Serpent est Signe d'une nouvelle peau, d'une renaissance dont le serpent à sonnette devrait nous éveiller au nouveau Sens. Dans l'Épopée sumérienne de Gilgamesh, c'est un Serpent qui vole l'Arbre de Vie pour ensuite changer de Peau. Lorsqu'il se sent menacé Crotalus adamantus se dresse, se hisse en forme de grand S afin de pouvoir se détendre et frapper rapidement. Ssss... Est-ce “queue” ? Sourd comme tous les serpents, il n'entend même pas le son de son bruiteur lorsqu'il agite sa queue qui s'enrichit d'une grande écaille à chaque mue. Encore un indice qui nous glisse subrepticement que c'est par leur queue qu'il faut d'abord entendre les mots comme nous le vérifierons. Et puis les épeler à la queue leu leu, anneau syllabique après anneau, jusqu'à ce que leur Sens profond nous revienne sur le bout de la Langue. Les Personnages imaginaires des Mythes et des Contes ne sont pas formés de chair, ce ne sont que des mots, des êtres de Lettres aux habits de Lumière, “des Passants de l'Âme” selon Victor Hugo. 

 

   Cette queue introduit le Serpent dans la Sexualité, un Sexe cérébral androgyne en Éden mythique, aux rapports désincarnés, puisque Dieu revêt Adam et Eve, Êtres de Lumière, de tuniques de peau après qu'ils eurent croqué le Fruit de l'Arbre de la Connaissance du  Bien et du Mal. Le rédacteur yahviste n'est pas insensible aux jeux de mots car rusé en hébreu se dit arum et nus pour les humains arumnim.. Après le coup de serpe divin sectionnant leur androgynie en deux Sexes différents, notre couple chute ici bas dans le Dardare, un Buisson d'épines, Eve tombe enceinte et met bas dans la douleur le fruit de chair de ses entrailles, dont ils récoltent la mauvaise graine. Et pépin ultime, nos deux pauvres Pommes finissent dans une tombe ! Ce mot français anodin, synonyme d'accident, telle une épine dans le Pied, permet d'abréger cette parenthèse sexuée qui méritera un développement ultérieur et va nous plonger dans la chair des mots, ce matériel sonore ou graphique, dont il s'agit de pénétrer le noyau jusqu'alors résistant avec une pomme d'Adam qui nous est restée en travers de la Gorge.!

  Le Trépas, le Départ pour un Ailleurs, un Repos éternel, un Passeport pour l'Au-Delà, l'enterrement de notre dépouille dans une sépulture sont bien au Programme de notre ADN, mais portent aussi dans la substance sonore et graphique de nos mots un sceau littéral de séparation  “Help” : car la séparation définitive, à perpétuité,  est bien programmée, enfermée hermétiquement dans le Sépulcre et dans le noyau du Nom du Serpent dont l'étude scientifique a été nommée erpétologie ou herpétologie. Elle s'affiche comme une épitaphe anticipatrice, épinglée à nos mots, un crêpe noir transmis par ce reptile génétique. 

 

    Les Poètes ont depuis longtemps désigné le Temps comme principal coupable de cette séparation. “Tuer ce monstre le temps, n'est-ce pas l'occupation la plus ordinaire et la plus légitime de chacun?” observe Baudelaire (Le spleen de Paris). “Le temps emporte sur son aile - Et le printemps et l'hirondelle, - Et la vie et les jours perdus” résume admirablement Alfred de Musset. Ce temps “péché de l'éternité” pour Claudel, “horrible fardeau qui brise nos épaules” selon Baudelaire, “passe par le trou de l'aiguille des heures” pour Jules Renard et “ressemble à un hôte du grand monde, qui serre froidement la main à l'ami qui s'en va et qui, les bras étendus, embrasse le nouveau venu” pour Shakespeare.

     Ce couple de lettres “ep”, si on en sépare les lettres pour les épeler, [é] - [] résonne comme l'Épée, un Symbole de Verbe divin, une Lame à deux tranchants pour ouvrir le sens des sons de nos mots: l'une, on l'a entrevu, vient transpercer l'huis clos de la séparation et l'autre vient se planter dans nos mots comme une piqûre de rappel. Ce concept de piqûre ''ep'' est injecté ou s'empale à notre insu dans les mots “ reptile, guêpe ou vespula latine, épine (ou piquant), épicéa, épingle, éperon, épieu, épée, épeire (araignée de nos jardins), voire dans le trépan du neurochirurgien ou dans le Nom de Neptune au célèbre trident. Cette sensation tactile piquante explique l'emploi par le peuple du mot piqûre plutôt que morsure (serpent, araignée). L'herpès se manifeste par une éruption  avec sensation de  piqûre signalée par cet “ep”, déjà chez les latins avec herpes, etis, descendant d'un mot grec qui signifiait ramper, glisser. La sensation piquante s'étend à la gustation : épicé, peptique, pepper le poivre anglais,même dans les noms commerciaux récents: Pepsi, Schweps.  Tout l'éventail sémantique de “piquer” est inclus dans ce codon “ep”: “piquer sur” tel l'épervier, piquer dans la caisse, voler, n'échappe pas à dépouiller, s'emparer, empocher. Les mots d'origine grecque septique et septicémie nous préviennent qu'une piqûre infectée, empoisonnée, peut contaminer notre sang.

 

    Herpes, épilepsie, épistaxis, hépatite, céphalée... la séquence “ep” de ces mots de la Grèce et de la Rome antiques s'est répandue comme une épidémie dans la langue française des médecins pour enrichir leur nosologie, grâce à un classement sémiologique des maux du soma. Les signes des maux y sont regroupés en symptômes, des ensembles pour lesquels ils ont récupéré le sigma grec pour les enserrer :  Σme.   L.e Serpent de la Genèse remonte du fonds des temps et grimpe toujours tel un Symbole immortel le long de l'Arbre de Vie du Caducée. Il nous rappelle que nous sommes toujours en chute, dans un monde envenimé de maux, séparés du monde d'en Haut d'où nous sommes tombés. Ces mots grecs importés et francisés dans notre alphabet latin pour définir nos maux, un jargon savant réservé aux doctes initiés, ne transmettent-ils pas dans leur messages sonores et graphiques une connaissance millénaire inconsciente sur la cause première des maladies ? Un Savoir caché, un Secret bien gardé.  Mais chut, il faut taire que l'homme s'enterre pour que l'homme soit nié et ainsi soit tu ! «Silence. H...ôpital» prévient dès l'entrée la science moderne qui a trop tendance à traiter l'être humain comme un objet d'analyse technique en bâillonnant sa Personne ! La société infatuée de ses innovations techniques nous fait croire que la science va tout découvrir et expliquer par la physique et la chimie. Mais après la chute, les rechutes sont fréquentes, puisque la cause première, le sens des maux, n'ont pas été recherchés, ni traités. 

 

Une langue de l'inconscient ?

 

        Bien que le psychanalyste français Jacques Lacan se soit évertué à répéter que l’inconscient est un langage, personne jusqu’à présent n’a pu imaginer qu’il puisse exister une langue spécifique et structurée de l’inconscient. Pourtant, depuis que l'homme parle et écrit, cette langue nous crève les tympans et les yeux ! Les faux cils arbitraires et bien artificiels dont nous a paré Saussure ont fait de l'ombre et ont nui à la vision claire de ces fossiles linguistiques. Ils infiltrent en permanence nos mots conscients et nous aurions dû les détecter depuis des siècles. Or, nous sommes tellement conditionnés par le programme d'apprentissage syllabique particulier de notre langue maternelle que nous sommes devenus complètement sourds et aveugles, dès notre enfance, à son écoute et à sa lecture. Nous avons perdu la relation entre notre langue et le monde qu'elle désigne. En effet notre conscience n'a pas résisté à ce conditionnement qui a généré une mémoire sélective des syllabes ouvertes et a refoulé au plus profond de notre inconscient la moitié de la chaîne sonore de nos mots, en particulier les séquences de signifiants correspondant aux syllabes dites "fermées", un qualificatif qui, à double titre, n'a rien d'usurpé ! Le b a ba de notre babil appris par répétition, qui a construit syllabe ouverte après syllabe ouverte, l'abondance démesurée du lexique de notre langue évoluée, tel un vertigineux gratte-ciel verbal, nous a condamné à épeler en oubliant ou refoulant la liaison, le ciment phonétique entre les briques syllabiques, et nous réduit toujours, comme le mythe de la Tour de Babel le signifie par métaphore, à ne plus écouter ni comprendre cette langue à la structure commune à toutes, car notre conscience l'a profondément "dans le baba", entravée comme le /a/ de la syllabe fermée [ab].

 

      Prisonniers dans la tour vertigineuse des mots de notre langue consciente, nous n'entendons et ne lisons que ce que nous avons appris à entendre et à lire, avec une attention orientée vers ce que nous devons mémoriser, un ''voir  ça'' au lieu d'un Savoir ! Victor Hugo, Poète visionnaire, nous a pourtant averti : « L'homme est un liseur, il a longtemps épelé, il épelle encore, bientôt il lira ». Un autre Poète, René Char, a bien pressenti que derrière notre langue consciente se dissimule un autre langage secret, quand il affirme que « les mots, qui surgissent, savent de nous des choses que nous ignorons d'eux ». Et s'ils savent des "choses" c'est essentiellement parce que ces mots ne sont pas du tout les plus petites unités de sens de nos langues contrairement à ce qui a été enseigné depuis toujours, puisqu'ils sont déjà des ensembles d'unités sémantiques, des sortes de phrases, chargées de symboliser l'objet référent qu'ils désignent ! L’attribution de sens aux sons, le symbolisme phonétique, comme le qualifie Edward Sapir, un pionnier de son étude, est prudemment écarté des recherches linguistiques sous prétexte de subjectivité. Sapir a étudié des fragments de mots, dépourvus de sens conscient, des ''logatomes'', en proposant à des sujets des associations de sens et a décelé des corrélations statistiques entre par exemple le degré d'aperture et la taille de l'objet (la voyelle /i/ par exemple est souvent corrélée à la notion de petitesse). En 1929, Köhler relevait des traits de rotondité ou d'angularité de certains groupes de phonèmes. Fónagy a montré que les consonnes dures (/k/, /t/) sont plus fréquentes dans Les Châtiments de Victor Hugo, où le poète exprime sa colère contre Napoléon, alors que les consonnes douces (/m/, /l/) prédominent dans L’art d’être grand-père, où il exprime son amour pour ses petites-filles.

 

    Humboldt estime que l’esprit humain entre en résonance avec le monde et que la création d’un mot va bien au-delà de la dénotation «par les traits sensibles de la figure déterminée qu’il affiche.» Le mot serait un écho sonore dans le monde sensible de la perception et de l'émotion : «En prononçant le mot allemand Wolke (nuage), on ne se réfère ni à la définition ni à une image imposée une fois pour toutes, de ce phénomène naturel. Les concepts et les images qui font corps avec sa perception, tout ce qui, enfin, de près ou de loin, en nous ou hors de nous, entretient quelque rapport avec lui, tout cela peut se retrouver à l’état condensé et concentré dans l’esprit sans risquer l’émiettement, parce que c’est un seul et même écho sonore qui en opère la convergence et la fixation. Mais il fait plus encore ; en restituant en même temps telle ou telle des émotions qui lui ont été antérieurement associées, et lorsque, comme c’est ici le cas, il est signifiant par lui-même - il suffit pour s’en convaincre de faire la comparaison avec Woge (lame), Welle (vague), wälzen (rouler), Wind (vent), wehen (souffler), Wasser (eau)... -, il fait entrer l’âme en résonance avec l’objet, soit directement, soit indirectement par l’évocation d’autres objets qui lui sont analogues.». Or ces mots sont initiés par la même consonne /w/ qui par analogie graphique répond à la notion d'onde, Welle en allemand ou wave en anglais : onde liquide, aérienne, hertzienne, une onde anglaise omniprésente avec le Web et son adressage www, notre ex Wanadoo, ou le Wifi, avec une invasion du monde ''world'' par les mots anglais, the words.  

 

      Mais ma conscience comme la vôtre a été conditionnée, endormie. Elle fait sagement “dodo”. Ce mot dit ''enfantin'', nous a bercé d'illusions: on nous a fait croire que pour le mot “dodo”, le déroulement linéaire de la chaîne sonore se résumait à la répétition de la syllabe ouverte “do”, que l'on épelle ou ânonne pour l'enregistrer sélectivement dans notre mémoire consciente. Mais la biologie et la phonologie sont têtues car notre ouïe et notre cortex cérébral droit de perception auditive ont conservé l'enregistrement dans “dodo” de la liaison “od”, une syllabe fermée qui, de manière plus évidente lors du chant de la berceuse, établit bien la continuité acoustique entre le redoublement des deux “do”: d~od~o ! Or si “do” n'est pour notre conscience que la transcription arbitraire d'une note de musique, “od” est une unité archaïque sensée (sémantique) de la langue de l'inconscient, reliée à deux notions invariantes : onde et/ou masse. Lorsque nous dormons (faisons dodo) n'est-il pas question d'ondes spécifiques des phases de sommeil lors de l'enregistrement EEG de l'activité électrique de notre cerveau ? La langue populaire qui dit la vérité, car c'est celle de l'inconscient collectif langagier, use de l'expression “tomber comme une masse” pour désigner l'endormissement subit et profond. Quand nous parlons il est bien question d'onde acoustique dans la prosodie de notre parole, quand nous chantons il est question de mélodie, quand nous créons des poèmes il est question d'odes et pour la musique de rhapsodie. Nous pouvons même chanter la palinodie pour renier ou désavouer ce que nous avons dit dans le passé ou en faire une parodie en la chantant de manière burlesque pour la tourner en dérision. Ainsi la lettre W essentiellement anglosaxone et le couple de phonèmes/lettres ''od'' sont des unités non conscientes synonymes avec le sens d'onde, auxquels il faut ajouter la lettre m initiale, qui initie le moutonnement des vagues de la mer ou la mélodie musicale. La graphie des deux lettres W et M n'évoque-t-elle pas des glyphes iconiques inversés représentant le schéma d'une onde ? En France la signalisation des cours d'eau est réalisée par un logo représentant une onde.

 

    Quant à la notion de masse quel enseignant de langue nous a indiqué que son empreinte “od” était inscrite dans mastodonte, diplodocus ou iguanodon ? Faut-il encore se demander pourquoi Rhodes est connu pour son colosse et Komodo pour son varan géant qui aurait pu prendre le nom de bien d'autres îles où il vit? L'expression populaire actuelle “c'est énorme”, chère à Fabrice Luchini,  répond  au “c'est prodigieux” des années 70. Il est encore plus curieux que ce codage sonore (phonétique) de la masse par le couple de phonèmes “od” se soit étendu à un codage visuel (graphique) qui le relaie par le couple de lettres ''od'' ordonnées mais non contiguës dans ''poids'', ''pondéral'', ''dondon'' ' ou  ''lourd''?   Un second sens de masse, celle de multitude est aussi portée par cette unité ''od'' : abondant,  bondé, fécondité, horde, monde (masse populaire). La masse monétaire est enfouie dans ''fonds'' sonnant avec les ronds. Cette lourdeur s'étend à des sensations corporelles doigts gourds ou engourdis et par analogie à l'intellect : balourd, lourdingue, lourdaud, gourde, ce que ne dément pas l'expression populaire : être à la masse ! 

 

    Masse et onde semblent des concepts opposés. Pourtant les avancées les plus récentes de la physique permettent de comprendre que toutes les particules élémentaires aux masses différentes sont des modes de vibration d'une unique corde fondamentale: cette théorie bosonique originale des cordes à 26 dimensions a reçu un début de confirmation expérimentale en 2012 avec la découverte du boson de Higgs, une particule élémentaire qui constitue désormais l’une des clefs de voûte du modèle de la physique des particules. Le monde (od et m) ou “the wordl” (od et w) ne serait-il qu'une histoire d'ondes ? On peut citer les ondes se propageant à la surface de l'eau à la suite de la chute d'un objet, les vagues à la surface de la mer, les ondes radio, les ondes optiques, les ondes sonores dont celles produites sur les cordes vibrantes, et en particulier par nos cordes vocales qui modulent notre voix et nos mots. Ondes visuelles, auditives, olfactives (odeur, nauséabond), tactiles (ondes magnétiques), toutes les informations du milieu captées par nos organes des sens pour nous renseigner sur les objets référents de notre environnement appartiennent au domaine des ondes. Quant aux prouesses de l'inconscient collectif langagier qui relie masse et onde sous la même unité “od” ou ''m''  peut-on les expliquer par l'existence d'une intuition préscientifique ?

 

     Originalité de la démarche

 

«Ce qui a été cru par tous, et toujours, et partout, a toutes les chances d'être faux» Paul Valéry

 

 

     Si je pense être parvenu à découvrir cette langue, il ne faut pas y voir l’œuvre d’un génie, ni celle d’un psychanalyste ou d’un linguiste, mais plus simplement celle d’un médecin généraliste qui a exercé sa mission pendant 38 ans. Cette longue écoute l’a conduit à entendre autrement (autre ment?) les mots de ses patients lorsqu’ils expriment leurs souffrances, des mots à la résonance motivée dont il a fallu 20 ans d’une recherche tenace pour en déchiffrer le code inconscient. Ce lien «maux à mots», cette intrication médecine/linguistique va constituer la trame serrée de cet ouvrage et il m'est paru impossible de les dissocier complètement même si le versant linguistique sera largement privilégié dans cette étude. Doués de raison, nous nous croyons maîtres de notre discours et il faut que les mots nous échappent dans un lapsus ou dans un jeu de mots spontané pour que nous prenions conscience de cette autre partie de nous qui se manifeste et de la perte de contrôle conscient de notre parole. Quand de la bouche d’une ex-ministre de la justice surgit le mot «fellation» au lieu d’«inflation», il devient évident que sa préoccupation intime ne relève pas de l’économie et des fluctuations des Bourses ! Il s'agit d'ailleurs d'une récidiviste puisque en avril 2011 elle avait parlé du «gode des bonnes pratiques» au lieu du «code» ! Relater ce lapsus peut paraître inconvenant, mais il est intéressant de remarquer que ces deux mots ont en commun la séquence ''od'', reliée inconsciemment à la notion d'onde : celle du joujou vibrant ou celle sonore de la parole avec son code, une onde ''coupée” par séquences. Ce n'est donc que la partie différente de ces deux mots, à savoir les phonèmes ou les lettres c ou g qui génèrent la différenciation de leurs sens. Mais notre ex-ministre connaissant l'anglais, ce n'est peut-être que le mauvais esprit journalistique qui a transformé un éventuel ''God'' en ''gode'', deux mots dont la différence n'est que graphique et concerne l'emploi de la majuscule ou minuscule. En anticipant le décodage ultérieur, annonçons que G est relié à la notion de Langue et g à celle de danger, révélant que pour le monde anglosaxon, God représente l'Onde de la Langue que l'on peut assimiler au Verbe (divin).

 

    De même, dans nos rêves, dont la signification nous semble obscure au réveil, il nous arrive souvent des histoires ''à dormir debout'' que notre conscience a beaucoup de mal à interpréter. Ces manifestations incontrôlées, répertoriées par Freud comme des rejetons de l’inconscient, éléments du refoulé, en dévoilent son langage que les psychanalystes traquent mais ne parviennent à comprendre que de manière hasardeuse, seulement  et uniquement lorsque les jeux de mots, ceux du matériau sonore ou écrit, le signifiant, coïncident avec notre langue consciente. Ainsi la jeune fille qui souffrait de cauchemars répétés de perfusion finit par se remémorer douloureusement qu’elle a été victime d’inceste paternel (père - fusion). Mais ce décryptage à lecture évidente est une coïncidence consciente très rare et comme le dit Lacan à la fin de ses Écrits : « un coup de dé dans le signifiant n’abolira jamais le hasard ».

 

    Il serait infondé de penser cette emprise du fonctionnement inconscient de notre cerveau limitée aux ''accidents'' de la parole et aux rêves qui agitent parfois nos nuits même si les travaux de Freud concernent essentiellement le mot d’esprit ou la signification des rêves qu’il conçoit comme la voie royale d’accès à l’inconscient. Pour Lacan le rêve est un rébus et il faut l’entendre à la lettre. Car la structure inconsciente de nos rêves ne nous fait pas quitter le domaine des mots. Lacan affirme haut et fort dans ses Écrits que l’inconscient est un langage pour lequel le signifiant prime toujours sur le signifié. Cette assertion lacanienne nous invite donc à nous pencher sur ce matériau signifiant des mots, des séquences de phonèmes pour l'oral et de lettres pour l'écrit. Il est clair que de l'Être à la Lettre, il n'y a qu'un pas ou un battement d'L!

 

    Même si nous maîtrisons parfaitement une langue, il est souvent ardu d’exprimer exactement tout ce que nous voudrions dire, car une partie de notre propos nous échappe. Je dis toujours autre chose que ce que je dis ou que ce que je crois que je dis. De ce fait, si l’inconscient est un langage, s’il parle, il se dissimule dans notre discours conscient telle une agence de service secret avec ses espions anonymes, des agents doubles que l'apprentissage syllabique de la lecture des mots nous a interdit de percevoir comme il sera démontré. Il va s'agir de faire parler les mots, de leur faire dire ce qu’ils ne disent pas mais ce qu'ils cachent car nous avons été formatés à ne porter notre attention que sur une partie de leur chaîne sonore.

 

    La cure psychanalytique, elle-même, repose sur la libre expression du sujet, sans orientation par le thérapeute, pour tenter de diminuer l’emprise de la raison consciente qui structure le plan d’un discours et pour faire surgir des associations d’idées, donc de mots dont le choix des signifiants par le sujet permet parfois de saisir des correspondances, des liaisons inconscientes ou des répétitions riches de sens pour celui qui parvient à les interpréter et à en appréhender le contenu  symbolique. La résonance des mots prime sur leur raison pour le psychanalyste à l’écoute et toute psychanalyse repose sur la qualité de perception de cette résonance des signifiants. Mais quelle que soit la pertinence de l’analyse, ce ne sont que d’infimes fragments du langage inconscient qui sont appréhendés. Ce qui est entendu concerne souvent le domaine sexuel, c’est certes parce que la sexualité, ses peurs et ses traumatismes sont importants mais également, parce que l’esprit de l’analyste se montre davantage sensible aux mots de ce registre où l’équivoque est reine. 

 

    Derrière les mots plaintifs du sujet en souffrance vibre un langage surgissant de la profondeur de son être, qui résonne, pour qui sait entendre, avec une autre langue plus archaïque et plus vraie, celle de la langue de l’inconscient. Le code de cette langue est inscrit dans tous les mots conscients que nous avons appris et que nous prononçons, langue châtiée ou vulgaire, jargon ou argot, que le mot soit récent ou ancien, aucun ne peut y échapper. La langue de l’inconscient est celle de la Vérité, sa structure est universelle, elle correspond à ce que Freud nommait Grundsprache, la Langue des Profondeurs ou Seelesprache, la Langue de l’Âme, et l'on pourrait presque la comparer à la Langue de la Pentecôte évoquée dans l’Evangile.

    

    La découverte de cette Langue, née de l'expression douloureuse de l’être humain avec des mots, presque des cris surgissant de ses ''tripes'', fut d’abord le fruit du hasard, mais son élucidation complète est l’aboutissement d’un travail acharné de recherches d’une vingtaine d’années avec de fécondes périodes nocturnes entre veille et sommeil, heures privilégiées durant lesquelles le carcan de la raison et du savoir acquis s’ouvre pour laisser le champ libre à l’imagination et aux associations d’idées originales dont il s'agit de mémoriser les pertinences que la raison peut admettre et approfondir. Ce décodage nouveau est donc le fruit d'une succession de ''révélations'' qui, étape après étape, a permis la mise en évidence de doublets de phonèmes, reliés à l’émotion ou à la géométrie, marqueurs d’une motivation inconsciente. Il a fallu plusieurs années pour déterminer le sens inconscient précis de plusieurs dizaines de doublets ; les circonstances de ces découvertes successives, un peu curieuses, ont l’intérêt de mettre en exergue l’œuvre de l’inconscient. Car le travail de décodage s’est fait essentiellement la nuit, en position couchée, à la lumière d’une lampe torche, lors de périodes créatrices d’une quinzaine de jours, vécues comme des périodes exaltantes de ''révélations'', suivies de laps de temps plus longs et totalement stériles, comme si tout un savoir inconscient emmagasiné s’était totalement vidé. Il faut un temps assez considérable entre les phases initiales d’un travail actif et conscient sur un problème et la découverte d’une solution qui semble alors apparaître de façon inattendue, comme si «cela venait à l’esprit tout d’un coup». En psychologie on appelle période «d’incubation» le laps de temps séparant l’activité initiale de la solution et durant lequel il ne semble pas y avoir de travail actif sur le problème. Pourtant c’est pendant ces périodes d’incubation que s’effectue par une pensée non consciente ou subconsciente la poursuite de recherche de solutions, qui aura d’autant plus de chances d’aboutir que la phase initiale consciente aura été intense et longue. Toutes les informations nécessaires à la solution doivent avoir été intégrées dans la mémoire au cours de la phase de réflexion préparatoire pour que l’objectif recherché y reste gravé et permette la poursuite d’une activation inconsciente des mécanismes de la pensée. L’avantage du travail nocturne est utilisé par nombre de créateurs, les artistes en particulier, car il s’effectue à la frontière du sommeil, avec des mini-incubations de quelques minutes durant des phases d’endormissement et des phases de résolution des problèmes après quelques minutes de sommeil léger. Ces états intermédiaires entre éveil et sommeil permettent un abaissement des barrières rigides du savoir conscient et une plus grande ouverture vers l’imaginaire, vers le monde du cerveau droit, ouvrant la recherche de nouvelles associations dont l’une sera la bonne et apportera la solution.

 

     Ce n’est donc qu’après plusieurs vagues successives d’environ 6 mois: recherche consciente - incubation inconsciente – découverte, que la quête de sens de l'ensemble des doublets est devenue conquête. Au vu de cette panoplie de doublets de phonèmes décryptée, la motivation des sons devenait certaine et suggérait une généralisation à l’ensemble des mots de la langue. Le mot ou signe “c.i.a..(conventionnel, immotivé, arbitraire) recèle bien un code secret qui le métamorphose en mot motivé. L’histoire et la nature de cette découverte linguistique et médicale ont déjà fait l’objet de deux ouvrages : le premier Maux à mots, un langage dans le langage élucidé paru en 1993 avec 3 rééditions modifiées jusqu'en 1998, le second  Entendre les mots qui disent les maux, paru en 2000 et réédité sous une forme plus complète en 2006 aux Editions du Dauphin. Dans cette nouvelle mouture plus achevée, le pari se révèle celui d'une co-écriture, avec une personnalité féminine, n'appartenant ni au monde de la médecine, ni à celui de la  linguistique, Véronique Lesigne qui n'est pas une scientifique mais une passionnée de psychologie intime des principes jungiens, auteure d'un ouvrage, L'âme des mots, les mots de l'âme, paru en 2010 aux éditions Dervy, un livre centré sur les concepts relatifs au fonctionnement de la psyché tels que définis par Karl Gustav Jung, revisités au travers d'un décorticage sensible et intelligent des mots à la manière des exégètes de la Langue des Oiseaux. Si le patronyme possède quelque pouvoir de programmation de l'individu, si l'on doit remplir son Nom comme l'exhorte la religion juive, qui mieux que Véronique Lesigne parviendra à toucher l'âme des mots en les analysant ?

 

    En effet si les travaux de Freud ont permis la mise en évidence d’un inconscient individuel grâce à la psychanalyse du sujet et de ses productions linguistiques curieuses : lapsus, jeux de mots, rébus des rêves, symptômes psychologiques, si ceux de Jung ont révélé l’existence d’un inconscient collectif manifesté dans le langage des mythes, des contes et des croyances religieuses, l'objectif de ce livre est de vous inviter à une véritable psychanalyse des mots par un décryptage progressif d’un code linguistique inconscient précis, constituant cette langue de l’inconscient.

      Pour Freud, psychanalyser, c’est zurückführen, littéralement conduire en arrière vers cette Grundsprache, une langue archaïque qui gronde dans l’humain primitif, depuis qu’il est parvenu au stade d’homo loquens. Il n’est nul besoin d’être savant pour comprendre que nos mots ne sont pas nés par génération spontanée et il faut être mystique pour n'y voir que la création de Dieu. En effet, si nos mots conscients, chaînes de phonèmes, sont perçus et analysés par nos deux hémisphères cérébraux (le cerveau droit et le cerveau gauche), d’où proviennent ces sons qui les forment? « Songez-y », nous invitait avec lucidité Anatole France, « un métaphysicien n’a, pour constituer le système du monde, que le cri perfectionné des singes et des chiens. Ce qu’il appelle spéculation profonde et méthode transcendante, c’est de mettre bout à bout, dans un ordre arbitraire, les onomatopées qui criaient la faim, la peur et l’amour dans les forêts primitives et auxquelles se sont attachées peu à peu des significations qu’on croît abstraites quand elles sont seulement relâchées ». Plus tard Karl Gustav Jung renchérit: « Si abstrait qu’il soit, un système philosophique ne représente donc, dans ses moyens et ses fins, qu’une combinaison ingénieuse de sons primitifs ». La Science du Sens des mots, la Sémantique est actuellement totalement séparée de la science du Son des mots, la Phonologie. Pour l'inconscient collectif langagier français que le  Sens des mots dépende de nos Sens tombe sous le Sens, un même mot aux Sens multiples qui désigne aussi bien nos organes sensoriels que la signification des mots sans parler de la direction à suivre... parfois à la Lettre, telle ce S majuscule conditionné au Sens de Savoir. Pour saisir le lien Son/Sens des mots nul ne saurait, hormis Saussure et ses élèves, faire l'impasse biologique de la perception de nos Sens. Les Romains en étaient déjà persuadés comme en témoigne leur adage “Nihil est in intellectu quod non prius fuerit  in sensu ”, rien n'est dans l'intellect qui n'est pas passé par les sens”.

 

      Pour vous lancer à la recherche de ce langage secret archaïque, vous serez invités à un voyage initiatique au cœur de la sphère cérébrale, car pour découvrir la structure de cette langue, il est nécessaire d'explorer la face restée dans l’ombre du cerveau humain, celle de l’hémisphère droit. Jusqu’à présent le linguiste s’est intéressé quasi exclusivement à l’étude de la production langagière de l’hémisphère gauche, celle de nos mots conscients, de leur ordonnancement dans la phrase et de leur syntaxe, une production dont l’origine se situe dans des zones circonscrites de la surface de l’hémisphère gauche, les aires corticales du langage de Broca et de Wernicke dont la détermination a été effectuée grâce aux conséquences pathologiques des accidents vasculaires cérébraux, responsables d’un manque d’irrigation vasculaire, une ischémie d’une zone délimitée du cerveau. Lorsque cette ischémie concerne une aire du langage, elle entraîne une aphasie avec impossibilité totale ou partielle pour le sujet souffrant de parler tant que cette ischémie persiste.

 

    Si la science moderne et la médecine ont permis d’acquérir des connaissances neuro-linguistiques sur notre langue parlée et écrite, elles n’ont exploré jusqu’alors que son versant conscient, ignorant même la possibilité d’une autre langue fondatrice, celle de l’inconscient.  Pourtant la question de la motivation cachée des mots est très ancienne : Platon dans son Cratyle, 400 ans avant l'ère chrétienne, expose le point de vue de Socrate (socratylien si j'ose écrire) sur la nature des mots qui pour Cratyle sont des peintures des choses, des symboles.

 

   Ce n’est pas non plus un linguiste moderne, mais un Saint, Augustin d’Hippone, qui pressentait qu’il existait autre chose en amont de l’expression de nos mots conscients. Saint Augustin, fut le premier dans les textes de l'Antiquité gréco-latine à définir le mot comme signe, «une chose qui est mise à la place d'autre chose » (De Magistro, 389), qui «offre la particularité très commode de pouvoir la désigner en son absence». Il affirme que «c'est par les signes que l'on apprend les choses». Novateur, il évoque également le retard du langage sur la pensée en subodorant dans l'introduction à La catéchèse des débutants une motivation inconsciente du signe verbal,  contraire à la théorie conventionnelle du signe : « La raison en est surtout que cette conception intuitive inonde mon âme à la façon d'un éclair rapide, tandis que mon discours est lent, long et fort différent d'elle. De plus, pendant qu'il se déroule, cette conception s'est cachée dans sa retraite. Elle laisse pourtant dans la mémoire, d'une manière merveilleuse, un certain nombre d'empreintes, qui subsistent au cours de la brève expression des syllabes et qui nous servent à façonner les signes phonétiques appelés langage. Ce langage est latin, grec ou hébraïque… Que les signes soient pensés par l'esprit ou qu'ils soient exprimés par la voix, les empreintes ne sont ni latines, ni grecques, ni hébraïques, ni n'appartiennent en propre à aucune nation». Augustin envisage bien un état du sens fait d'empreintes qui « n'appartiennent à aucune langue », ne sont pas conscientes et semblent universelles, mais son explication reste religieuse et ces empreintes «se forment dans l'esprit, comme les mouvements de l'âme se manifestent sur le visage ».

 

     L’ambition de ce livre est d’analyser ces empreintes augustes (ou du moins augustines) pour faire renaître le descendant évolutif de cette langue primitive de l’inconscient, devenue secrète, et initier à sa Lecture particulière. Il s'agit comme y aspirait Lacan de dénouer les nœuds des signifiants, qui comme nous le dévoilerons sont toujours doubles, pour réaliser une psychanalyse des mots selon un Code de décryptage précis: l'étymologie grecque du mot ''analyser'' correspond bien à cette action de dénouement.

 

      Au tout était cri préhistorique succède le tout est écrit moderne dont il ne faut changer ni accent, ni la moindre lettre pour décrypter cette Langue de l’inconscient. Une révolution linguistique, psychanalytique et médicale, une quête du Sens derrière le Son, d'une nouvelle Raison derrière la Résonance. La finalité de ce livre est une véritable révélation puisqu'elle repose sur la découverte d'une langue nouvelle avec la possibilité pour chacun de comprendre son Nom  pour en remplir la vocation. 

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 12/03/2016

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