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Robin Hood robin la capuche devient Robin Wood Robin des Bois

LINGuistique [P. réf. à l'oppos. saussurienne entre langue et parole]Qui n'est pas actualisé, qui relève de la langue.La linguistique post-saussurienne se donnera pour tâche d'induire, à partir d'un corpus (actuel) de faits de parole, la langue (virtuelle) qui les sous-tend (Ling.1972).À l'opposé de l'existence actuelle, propre à l'axe syntagmatique du langage, l'existence virtuelle caractérise l'axe paradigmatique (Greimas-Courtés1979).

L’Inconscient collectif, théorisé par Jung (1912 ; 1996), guide les groupes sociaux et l’humanité comme l’inconscient individuel guide chaque personne. Freud a montré que l’Inconscient individuel se manifeste dans les discours, notamment dans les lapsus qu’il considère comme l’émergence de désirs inconscients (1904 ; 1999). De même, l’Inconscient collectif se manifeste dans la langue.

Le substantif mot lui-même, sous sa forme latinisée motus, signifie le silence, comme le fait remarquer Lacan dans Le Séminaire, livre VII :L’Ethique de la psychanalyse (cité par M. Arrivé, 2008, p. 31-32).

L’énantiosémie évidente de « louer » et « hôte » repose sur l’ « inversion des relations actantielles (on donne ou on reçoit, on accueille ou on est accueilli) » (M. Arrivé, 2005, p.181). Les termes « rien » et « personne » font preuve d’énantiosémie selon leur distribution contextuelle puisqu’ils sont parfois interchangeables avec leurs contraires « quelque chose » et « quelqu’un » : J’ai passé trois mois sans voir personne et sans rien faire(ibidem p.182). Cela est lié à la négativité qu’ils comportent.

La langue peut vouloir dire une chose et son contraire, ce qui reflète le fonctionnement psychique de l’ambivalence. La formulation « comme par hasard » ne s’emploie que pour nier le hasard. Elle semble issue d’une ellipse : « comme (si c’était) par hasard ». L’expression populaire antiphrastique « Ça crève les yeux » signifie « c’est évident, bien visible ». Elle comporte deux sens contraires : le sens propre énoncé et le signifié évoqué. Dans le même domaine de la vision, « être ébloui » peut signifier « ne plus rien voir » ou « être émerveillé par ce qu’on voit ». Une exclamation populaire telle que « c’est la meilleure ! » est employée comme antiphrase si bien que « la meilleure » désigne le paroxysme du pire.

L’adjectif terrible, qui véhiculait originairement un sens uniquement négatif, s’est adjoint le sens inverse d’intensité positive, cela sous l’influence d’une pratique populaire de l’antiphrase. Le premier sens tend à se raréfier. L’adverbe trop passe du sens négatif d’excès à celui de valeur positive dans l’emploi d’apparition relativement récente Il est trop. Le substantif bagatelle connaîtra probablement le même type d’évolution en renversement, étant donné la fréquence de son emploi antiphrastique dans le langage parlé : le sens de « chose ou somme de peu de valeur », tend à s’inverser en son contraire dans des propos du type : J’ai dépensé la bagatelle de mille euros pour une réparation de voiture. La pratique de l’antiphrase contribue donc à mettre en évidence ou recréer l’énantiosémie de la langue. Il semble que le désir de prendre du recul par rapport aux propos énoncés conduise à utiliser le pôle opposé du signifié habituel. Peut-être y a-t-il interaction entre sa présence sous-jacente et la volonté de s’exprimer en opposition aux normes habituelles.

L’adjectif « pitoyable » peut signifier « qui fait pitié » ou « qui a pitié », dans un sens plus ancien et plus littéraire qui joue pleinement dans le radical de son contraire « impitoyable ». Le verbe « obliger » peut prendre le sens de « contraindre » ou de « rendre service ». Le titre de Freud « Totem et tabou » comporte deux mots ambivalents. Le mot polynésien « tabou » comporte deux significations opposées : sacré et interdit-impur. Il est utilisé en psychanalyse pour désigner le caractère à la fois sacré et interdit de la sexualité. Un personnage sacré, considéré comme saint et intouchable, est chargé de protéger la société qui le vénère tout en le torturant d’interdits. Il est donc à la fois vénéré et agressé. Se soumettre à un tabou, c’est s’abstenir de ce qui est nuisible, ce qui revient à pratiquer une magie négative de l’ordre de l’interdit pour éviter quelque chose de redouté, par opposition à la magie positive, ou sorcellerie, qui consiste à provoquer quelque chose de désiré (Frazer, 1890 ; 1981). Le totem est l’animal représentatif d’un ancêtre protecteur. Lui aussi est intouchable : il est interdit de tuer et de manger cet animal, sous peine de ne plus être protégé par l’ancêtre mais au contraire attaqué par son esprit. Le totem est donc une protection susceptible de s’inverser en malédiction.

Bien évidemment, l’homonymie diffère de l’énantiosémie, cependant ses emplois sont si fréquents que nous sommes habitués à produire des énoncés qui se prêtent à des interprétations sémantiques opposées. C’est ce qui explique en partie que l’énantiosémie reste inaperçue malgré les traces qui en témoignent dans la langue. Par exemple « filer » peut signifier « marcher derrière quelqu’un (comme à la file), le suivre pour le surveiller, épier ses faits et gestes » ou au contraire « aller droit devant soi, en ligne droite, aller vite » (à partir d’un terme de chasse), et même, dans le registre populaire,  « s’en aller, se retirer ». Deux éléments opposés (suivre et fuir) sont donc sous-jacents au signifiant « filer ».

Michel Arrivé signale le cas des ad’dâd des grammairiens arabes : c’est le pluriel de d’did, « mot qui illustre lui-même le phénomène qu’il désigne » car il signifie à la fois « pareil » et « contraire » (1994, p. 179). Il semble qu’il s’agisse d’homonymie des contraires. Et qu’en est-il de l’homonymie en français ? S’il est logique d’utiliser un même mot pour plusieurs sens par économie de vocabulaire, le fait qu’il s’agisse souvent de sens opposés est intrigant. Par ailleurs, l’existence de synonymes contredit le principe d’économie des homonymes, même si elle apporte une très appréciable variation de nuances. Le phénomène troublant de l’homonymie pourrait peut-être venir conforter la thèse de l’énantiosémie parce qu’il la suscite comme si elle était sous-jacente, prête à s’immiscer dans le langage à la première occasion favorable. L’énantiosémie serait-elle une tendance de la langue, voire  l’essence même du langage, plus ou moins visible mais toujours présente ?

Le même type de phénomènes peut s’observer dans les autres langues. Par exemple les expressions anglaises  hang on et hold on sont aussi des cas d’énantiosémie : hold on signifie en effet « arrêter » ou « continuer dans des circonstances difficiles » ; et hang on veut dire « tenir étroitement » et « attendre un moment ».

Comme l’écrivait Mauss ( 1950 ; 1983, p. 295) à propos de l’esprit, ce qui est collectif est encore plus symbolique que ce qui est individuel. Il n’est donc pas étonnant que l’Inconscient collectif influe sur les discours individuels jusqu’à transformer la langue. En l’occurrence, le psychisme individuel tend à figurer son ambivalence par la parole et l’Inconscient collectif accentue le phénomène en orientant vers le retour à l’énantiosémie des langues anciennes. Comme l’Inconscient personnel, il s’avance masqué. Il peut emprunter notamment la voie de l’antiphrase ou de l’ellipse.

II - La résurgence de certaines racines et ressemblances phoniques

1) Le mot et la chose

L’étymon de mot est le mutum latin qui serait issu d’une onomatopée /mut/ désignant la voix humaine. Au XVIIème siècle, dans l’expression ne souffler mot, la particule négative pas peut se substituer à mot. Lacan associe le mot à ce qui se tait (conférence de Michel Arrivé « Voix chez Saussure » du 16 mars 2010). Le mot peut donc être associé à son opposé, le silence, voire au silence de la mort. Or l’origine onomatopéique /mut/ du vocable mot est précisément le terme qui désigne la mort en ancien hébreu. Il semble que l’Inconscient collectif soit allé rechercher cette racine hébraïque désignant la mort pour l’attribuer au mot. En outre, il existait antérieurement à la Genèse biblique un dieu de la Mort appelé Môt (Eliade, 1976, p. 170). De ce point de vue, on pourrait prendre au sérieux l’aphorisme « Le mot, c’est la mort sans en avoir l’R » de Ripotois, dont figure une autobiographie fictive dans Les Remembrances du vieillard idiot, roman de Michel Arrivé. Le mot et la mort sont effectivement liés car les mots tuent.

Spitz a montré que la liaison entre l’amour et la vie pouvait s’observer chez les nourrissons, qui risquaient la mort en étant séparés de leur mère. Toute parole haineuse risque de mener au désinvestissement. Et la haine provocatrice de mort pourrait se véhiculer dans la violence de la langue, selon Lecercle (1990), qui évoque Jeanne Favret-Saada, ethnologue de culture psychanalytique, laquelle (2007) attire l’attention sur la paronomase mot/mort et met en lumière le performatif de « vous êtes ensorcelé ». Les sorcières n’existent pas, on leur attribue un pouvoir. Mais l’effet de ces mots est de tuer. La plus grande victime est la personne désignée comme sorcière, qui a trois sortes de réactions : mourir (les mots tuent), nier (mais souvent elle tombe malade), ou écrire une fiction, un récit de sorcellerie qui la désenvoûte. En d’autres termes, la haine qui tue peut opérer ses méfaits via le langage et sa nocivité peut s’évacuer vial’écriture. L’ambivalence de la langue et de la pensée atteint son paroxysme dans son utilisation comme instrument de vie ou de mort.

Dans L’Ensorcelée de Barbey d’Aurevilly, la croyance en l’effet désastreux de la « male herbe » cotentinoise provoque trois décès. Or cette superstition n’est jamais qu’une pensée erronée, qui influence dangereusement le destin des êtres. A l’instar de Jeanne, l’héroïne de l’ouvrage évoqué, des humains bien réels se précipitent dans les catastrophes qui leur sont prédites, ce qui montre l’influence de la pensée (associée ici à la croyance) sur le comportement et celle de la haine susceptible de tuer. Mauss (1950 ; 1983 p. 323-330) explique l’effet de la magie et de la sorcellerie par la croyance en leur efficacité : celui qui croit qu’il va mourir meurt.



- La motivation mimétique (dont l'onomatopéique), par laquelle l'action signifiante mime, par ses propriétés sensorimotrices, celles de l'expérience non verbale à signifier (cris d'animaux, formes ou mouvements d'objets...), en tenant compte des synesthésies (encodage d'une sensation signifiée par une sensorialité verbale d'une autre nature), représentée entre autres par le modèle MER de Georges Bohas;

-         la motivation pragmatique, par laquelle un signifiant prédéfinit dans sa forme même la manière dont un humain peut interagir avec un objet (par exemple: anglais sponge "éponge", objet qui se manipule par un mouvement de torsion / rotation, marqué par sp, sans motivation onomatopéique particulière) (relecture des travaux de Firth et Tournier par Bottineau pour le lexique anglais);

-         la motivation autodésignative référentielle (un aspect de la théorie sémio-génétique de Dennis Philps), par laquelle une structure consonantique renvoie aux conditions articulatoires de sa propre production, avec extension analogique possible à des objets munis de propriétés comparables;

-         la motivation autodésignative procédurale (théorie des cognèmes de Didier Bottineau), selon laquelle les phonèmes investis dans la morphologie grammaticale mettent en œuvre des gestes articulatoires de nature à vectoriser des processus cognitifs isomorphes (articuler /i/ vs /a/ = contraster des mises en rapport de type proximal / distal, etc.).

 

 

Tout acte d’énonciation est associé à un schéma invariant spécifique au niveau de l’organisation du cerveau. Le schéma associé ainsi à l’acte

d’énonciation [d’un mot] n’est pas dérivé tout simplement du processus articulatoire : il est antérieur à celui-ci et entretient une relation particulière à l’égard de la signification du mot.

 


Un fait, en tout cas, sollicite la réflexion : il est universellement possible de traduire. L’exercice de traduction, avec toutes ses insuffisances, est aussi vieux que les plus vieilles cultures. Il faut bien que les langues aient de sérieuses homologies pour pouvoir être ainsi converties les unes dans les autres. Mieux, on peut en faire une propriété fondamentale, et dire que la traduction est la seule garantie que nous ayons d’une substance sémantique au moins en partie commune à toutes les langues

La récapitulation ontophylogénique du langage de Marcel Locquin

47Marcel Locquin66 qualifie la récapitulation ontophylogénique67 de « règle la plus universellement connue en biologie ». Et il étend cette règle, qui se vérifie pour le développement corporel lors de l’embryogenèse, au développement des productions sonores émises par le bébé lors du babil.

  • 66  Marcel Locquin,Quelle langue parlaient les ancêtres préhistoriques ?, Paris, Albin Michel, 2002, (...)
  • 67  « “L’ontogenèse récapitule la phylogenèse”, disent les biologistes depuis Haeckel. L’ontogenèse, c (...)
  • 68  Ibidem, pp. 28-30.

Par le canal de notre langue maternelle, nous projetons une partie de notre stock mémoriel dans l’oreille de nos interlocuteurs. […] J’ai donc cherché à savoir si le babil du bébé récapitulait les toutes premières étapes de l’histoire du langage articulé humain. […] Dans un premier stade, écoutons attentivement le bébé faire des vocalises dès les premiers mois de sa vie. C’est son larynx qui les produit, comme il produira plus tard les voyelles du langage chanté ou parlé qui en sont issues. Pour l’évoquer, pensons à une vocalise célèbre, celle du chant de Lakmé dans l’opéra de même nom de Léo Delibes. La chanteuse se comporte probablement comme un Australopithèque qui vivait il y a cinq millions d’années en Afrique ! […]Puis, dans un deuxième stade, le bébé s’affirme en faisant, disent ses parents, des clics et des bulles. Ce sont des consonnes pures, générées par les claquements de sa langue contre son palais et ses dents, le sifflement entre ses dents, l’écartement brusque de ses lèvres et les changements de configuration de sa cavité buccale, le tout sans émission simultanée de sons par le larynx. […] Ce faisant il invente comment produire les dix premières consonnes universelles dont il aura besoin plus tard. Ayant quitté le stade voyellique pur, il est ainsi arrivé au stade consonantique pur qui signe la véritable émergence du langage articulé humain. Ceci s’est produit entre –2,5 millions d’années environ et –500 000 ans, lorsque les premiers vrais hommes mutants d’Australopithèques, sont apparus, puis se sont diversifiés. Les deux premiers stades précités sont communs à tous les bébés, quelle que soit la langue maternelle des parents.68


Le troisième stade qui recouvre partiellement le deuxième, évoque pour Marcel Locquin celui d’Homo habilis (environ un million d’années) : le bébé associe aux consonnes qu’il sait produire les sons des cinq voyelles [e, a , i, u, o] dans des constructions voyelle-consonne [am, ab, ar] dont le résultat sonore porte beaucoup plus loin dans l’espace que les consonnes pures. Le quatrième stade est celui de l’inversion de la construction : [am, ab, ar]deviennent [ma, ba, ra]. Le bébé fonctionne comme un Homo présapiens (environ –500 000 ans). Il faut remarquer que ce phénomène d’inversion se retrouve à d’autres niveaux (morphologique, syntaxique) dans l’histoire de l’évolution des langues69. Cette quatrième étape servirait alors à appréhender une manipulation basique (l’inversion de structure) en vue d’une ultérieure gestion de la syntaxe de phrase. Le cinquième stade est celui du redoublement syllabique [mama, papa, baba] et de la diversification vocalique [bebe, meme, mimi, pipi, dodo, toto, lulu]. Ce stade est assimilé à l’Homo présapiens de –400 000 ans. Le sixième stade est celui des associations variées [mami, bato, gato, tati, minu], bébé a déjà de dix-huit mois à deux ans et construit un véritable langage articulé comme l’Homo sapiens sapiens (-30 000 ans) qu’il est. « Le bébé ne fait que parcourir en accéléré, environ en deux ans, ce que les premiers hommes ont mis plus d’un million d’années à inventer et à développer »70.

49Les hommes, d’après Locquin  et Jakobson, suivent le même parcours d’apprentissage du langage mais, chaque langue ayant un système phonologique différent, à un moment donné les routes de l’acquisition divergent. L’ensemble de phonèmes que les langues du monde ont en commun est-il le fruit d’un apprentissage similaire ? Ou ces phonèmes commun ont-ils une autre origine ? Pourraient-ils être le résiduel d’une ancienne langue commune ?

 


Dans le sillage des œuvres pionnières de Trombetti, Swadesh, Greenberg, Illitch-Svitytch, Dolgopolski et Starostine, qui ont identifié de nombreuses racines à large distribution, Merritt Ruhlen, de l’Université de Stanford, ancien élève de Greenberg, détermine quant à lui vingt-sept racines mondiales : 1 aja mère, parent féminin plus âgé ; 2 bu(n)ka genoux, courber ; 3 bur cendres, poussière ; 4 čun(ga) nez, sentir ; 5 kama tenir (à la main) ; 6 kano bras ; 7 kati os ; 8 k’olo trou ; 9 kuan chien ; 10 ku(n)qui ? ; 11 kuna femme ; 12 mako enfant ; 13 maliq’a sucer, têter, allaiter, poitrine ; 14 mana rester (sur place) ; 15 mano homme ; 16 mena penser (à) ; 17 mi(n) quoi ? ; 18 pal deux ; 19 par voler (dans les airs) ; 20 pokobras ; 21 puti vulve ; 22 teku jambe, pied ; 23 tik doigt, un ; 24 tika terre ; 25 tsaku jambe, pied ; 26 tsuma poil, cheveux ; 27 aq’wa eau72. Ses travaux démontrent que les langues actuellement parlées sur terre sont toutes les descendantes d’une seule langue ancestrale et date cette proto-langue unique de –50 000 ans. Malgré le refus de nombreux linguistes de considérer l’hypothèse d’une origine commune, l’existence d’une langue-mère défendue par Ruhlen est parfaitement compatible avec les arguments fournis par l’archéologie et la génétique en faveur de l’origine unique de l’homme73.
Pourtant les deux thèses, dont les méthodes de démonstration s’excluent mutuellement, nous paraissent aussi séduisantes l’une que l’autre car elles ont le mérite de toucher du doigt le lien psychique qui unit les locuteurs des diverses langues du monde : les humains, au-delà de leurs différences sociologiques et culturelles, partagent un fonds commun. Est-il dû à un héritage linguistique commun comme le montre Merritt Ruhlen ou est-il la conséquence de notre humanité, du fait que nous partageons la même physiologie ? En effet, nous utilisons le même outil pour communiquer et l’outil a un impact sur son emploi, ne serait-ce que par les limites qu’il impose. Les limites humaines de réalisations de signifiants ne suffisent cependant pas à expliquer les ressemblances. La réponse est-elle dans le rapport signifiant-signifié ? Comme nous l’avons évoqué au paragraphe 6, le langage a recours à un moyen sensoriel afin de produire une représentation physifiée du mental75.Même si cette représentation n’est qu’un ajustement plus ou moins fidèle, supposer son existence nous ramène de manière récurrente à la question de l’universalité linguistique liée intrinsèquement à l’universalité psychique des locuteurs.


La première consonne qui apparaît, est une occlusive labiale. Il peut s’agir d’un /p/ ou d’un /b/, les deux n’étant pas encore dissociées. Voici le mouvement porté par /p/ : « […] le pré-sémantisme de /p/ est apte à rendre l’idée de traverser tout pour se porter en avant »83. Le premier acte de langage est mu par un besoin vital de communication, de désignation. Mais l’enfant ne conçoit pas vraiment le /p/ comme l’adulte ; cette première consonne est encore intimement mêlée au /b/ qui : « […] exprime le même mouvement, mais inversé [c’est une sonore] […] d’où une nuance supplémentaire d’augmentatif comme si le mouvement poussé à l’extrême du /p/ avait des résonances intérieures »84. Voici une belle définition du dialogue ! Il faut remarquer que la coexistence dans le premier langage enfantin de ces deux phonèmes indissociés, correspond, par l’intermédiaire des mouvements qui leur sont associés, à la description de la première conception du corps chez l’enfant :

  • 85  Paul Schilder,L’image du corps, Paris, Gallimard, 1968, pp. 142-143.

Le nouveau-né, et probablement même l’embryon, a un monde. Il est vrai qu’à un niveau aussi primitif la frontière entre monde et corps ne sera pas nettement tracée et qu’il est plus aisé de dire qu’à ce stade une partie du corps est dans le monde, une partie du monde dans le corps ; en d’autres termes, qu’à ce stade, tel que peut le concevoir la pensée adulte, le corps est projeté dans le monde, et le monde introjecté dans le corps.85

68Ce monde ne disparaît jamais complètement car l’adulte, avec le langage, emprunte durant toute sa vie ce parcours aller-retour entre le monde extérieur et son corps, entre le monde pensé et le corps parlé.



Les résultats de G. P. Murdock sont dus au fait que les mots du typepapa/maman font partie du tout premier bagage langagier de l’enfant. Ces mots portent en eux les traces du fondement du langage, d’où leur tendance à une homogénéité universelle. Il reste néanmoins remarquable que l’apparition des premiers phonèmes et des mouvements que nous leur associons obéit à une hiérarchie : celle de la construction psychologique de la personnalité.


Toutes les cultures cherchent à définir le temps, l’amour, la mort, etc. Certaines expériences sont communes à tous les hommes (la naissance par exemple). Cependant, tous les hommes ne règlent pas leurs conflits intellectuels de la même façon, les variations culturelles sont autant de solutions trouvées. Toutes les langues sont autant de réponses possibles.


L’homme a peur de l’inconnu, cette angoisse le pousse à comprendre le monde qui l’entoure. Le comprendre, c’est le nommer. Si le son est porteur d’un sens, chaque objet nommé est analysé et décrit par une association de sens premiers - c’est-à-dire de mouvements simples - cette somme étant exprimée par le groupement des sons correspondants. La réalité n’est pas perçue de manière uniforme. D’une langue à l’autre, d’une culture à l’autre, l’analyse varie et, avec elle, non seulement le codage des sons mais le choix de ceux-ci dans l’ensemble des sons humainement envisageable. D’après André Tomatis, un des paramètres de cette sélection, aboutissant au système phonologique d’une langue, est l’adéquation acoustique au milieu : de même que l’orchestre de chambre est adapté à un espace réduit comme un salon et l’orchestre symphonique à une salle de grande ampleur, la sélection de certains phonèmes est favorisée par le contexte géographique87. Cependant, la hiérarchie primordiale est respectée : nous avons tous la même bouche et nous apprenons les sons dans le même ordre, comme l’a montré Roman Jakobson. Même au sein d’une langue, il est possible d’envisager une réalité sous plusieurs angles - ou plusieurs réalités en une - d’où l’existence de synonymes.

Ce que nous entendons communiquer, ce ne sont pas des sons, ni des mots, ni même des phrases, ce que nous désirons transmettre, ce ne sont pas des phénomènes acoustiques : ce sont des sensations profondément senties, réellement vécues en nous par nos neurones sensoriels, ce sont les accords que notre verbe a plaqués sur nous avec persuasion, avec précision, avec chaleur et enthousiasme.89 Thomatis


La culture transforme presque tout, jusqu’au cri de douleur qui n’est pas le même dans toutes les langues. Mais, à un certain seuil de douleur - quand le cri rejoint le hurlement de l’animal blessé - c’est le même pour tout le monde. Dans ce cas extrême, la langue est court-circuitée par des stimuli-réponses instinctifs (préservation de l’espèce), ce cri n’est plus ni social, ni humain, il est animal. Gustave Guillaume définit la limite entre l’humain et le social, en d’autres termes, ce qui différencie l’acquis universel et l’acquis réduit à un groupe :


Envisageons maintenant la langue comme un système de signes motivés, les transformations formelles du système peuvent être comprises comme des adaptations à de nouvelles réalités, à de nouvelles façons de voir la réalité. Ainsi, l’évolution d’une langue n’est plus vue comme un décalage inexorable entre le signifiant et le signifié du signe, mais, au contraire, comme un ajustement perpétuel de cet écart.

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Mais qu’advient-il au niveau du phonème ? Prenons l’évolution du /r/ français qui a été prononcé (et l’est parfois encore régionalement) [r] : une vibrante apicale comme en italien ; puis [R] : une vibrante uvulaire que l’on entend dans les discours du Général de Gaulle et d’André Malraux, son ministre de la culture, prononciation qui était aussi de règle dans la chanson jusqu’au milieu du XXe siècle (Edith Piaf, Mireille Mathieu, etc.) ; et qui est couramment prononcé [Я] aujourd’hui.

84Dans ce cas, bien que la langue ait évolué depuis le temps où l’on prononçait [r] jusqu’à aujourd’hui, tous les [r] ont été remplacés par des fricatives uvulaires [Я] sans qu’il y ait eu un bouleversement de tous les mots où intervenait le son [r] et où intervient aujourd’hui un son différent par la nature et le lieu de sa prononciation.

  • 97  Alvaro Rocchetti,Sens et forme, cit., pp. 536-541.

85Que s’est-il passé ? Si le signe est motivé, le mouvement de pensée auquel était associé le son [r] n’a donc pas été remplacé par un autre, mais ce même mouvement de pensée est aujourd’hui associé à un autre son, donc à un autre mouvement sensoriel : c’est comme si je disais oui ou non de la tête au lieu de faire un signe de la main. Pour notre explication, nous utiliserons les conclusions tirées par Alvaro Rocchetti lors de son étude sur les rapports entre sons et sens en italien97, car elles sont transportables au français.


L’auteur montre que le /r/ est employé comme préfixe pour « replacer l’action à son point de départ » et ainsi « redonner une situation de puissance à une action qui l’avait perdue » (ex. : retourner, relire, radoucir, rentrer, remplir, etc.) ; pour les mêmes raisons le /r/ est utilisé dans les infinitifs, au futur et au conditionnel (ex. : finir, il finira, il finirait)98 ; même chose pour les substantifs en –eur (ex. : chanteur, directeur, coiffeur, fleur, chaleur) qui décrivent quelqu’un ou quelque chose par sa puissance d’action, le chanteur est le point de départ de l’action de chanter, il l’incarne, comme la fleur celle de fleurir, etc.

87L’auteur rapproche les deux liquides [l] et [r] car ce sont les consonnes les moins fermées du système phonologique italien, et parce que leurs deux prononciations offrent des parallèles intéressants : dans les deux cas, l’occlusion est imparfaite.

  • 99  Alvaro Rocchetti,op. cit., p. 540.

[Ces consonnes] se caractérisent par l’approche et le franchissement d’un seuil, mais d’un seuil qui échappe puisqu’à aucun moment il n’y a occlusion totale : la latérale [l] laisse échapper l’air sur les deux côtés pendant l’occlusion centrale, et le [r] ne peut se maintenir dans l’occlusion sans produire la vibration qui le caractérise, même lorsqu’il est simple.99

88Puis Alvaro Rocchetti définit les mouvements associés au [l] (visée d’une limite jamais atteinte), au [r] (retour à un point de départ qui échappe), et ajoute à propos du [r] :

  • 100  Ibidem, p. 541.

[] Le [r] est utilisé dans des cas où la prolongation du mouvement ramène au point de départ : il en est ainsi des mots qui expriment un mouvement circulaire : rotondo, ruota, rito, ritmo, rullo, ruzzolare, ou giro, turno, noria, etc.100

89En français, on retrouve le /r/ dans les mots équivalents pour les mêmes raisons (rond, rotonde, roue, rite, rythme, roulis, roulement, rouler, tour, etc.). Mais le /r/ français est devenu une vibrante uvulaire puis une fricative uvulaire. Ce déplacement s’explique : il fallait au locuteur français deux positions différentes pour ses deux liquides, d’une part pour satisfaire l’équation “quelle que soit la limite, elle n’est jamais atteinte”, mais surtout pour différencier par la position la nuance des mouvements exprimés. Celui représenté par le /r/ ajoute à l’idée de limite qui échappe, l’idée du retour au point de départ. Sa position a été déplacée vers la limite interne de l’espace buccal - vers l’intérieur du corps du locuteur, vers le point d’origine du souffle - avec le souci d’assimiler le point de départ à la personne du locuteur.

90De vibrante, la consonne /r/ est devenue fricative par un souci d’équilibre des oppositions : le /l/ et le /r/ se distinguant désormais par leurs positions, ils n’ont plus besoin de se différencier par leur nature. Cet exemple d’évolution phonétique ne remet pas en cause la motivation du signe. Le système s’est adapté à une nouvelle division, à une nouvelle répartition des moyens descriptifs. Ce choix des moyens ne veut pas dire que ceux-ci ne sont pas physiquement motivés : l’italien a choisi de représenter le mouvement « retour à un point de départ qui échappe » par une vibrante apicale qui se différencie de la fricative de même position par le fait que la langue revient sans cesse au point qu’elle vient de quitter (« retour au point de départ) ; cependant, cette vibrante, tout comme la fricative, laisse passer l’air sans explosion (« limite jamais atteinte »). Des relations d’équivalence s’établissent entre les sensations tactiles dues à la prononciation du phonème et les idées auxquelles il est associé. Il en va de même pour l’analyse différente mais tout aussi motivée du français qui préfère utiliser deux fricatives (l’air passe sans explosion = « limite qui échappe ») situées à des points antagonistes (seuil externe opposé au seuil interne qui symbolise le retour sur soi).

L’explication que nous venons de proposer suppose une conception matérialiste de la langue. Là se situe sa principale objection à la théorie de l’arbitraire du signe. Car l’arbitraire est la condition de dématérialisation de la langue101. Il est communément admis que la capacité d’abstraction de l’homme est une des qualités qui lui ouvre l’accès au langage. Mais dire que cette abstraction s’appuie sur le réel, qu’elle utilise les possibilités sensorielles de l’homme comme tremplin, est de l’ordre du sacrilège dans notre culture judéo-chrétienne, culture où la religion sépare nettement le corps et l’esprit, distingue d’un côté les sensations physiques qu’elle associe aux pulsions archaïques incontrôlables, et de l’autre côté la raison abstraite libérée de la matière. La théorie de la motivation du signe réconcilie l’abstraction et la réalité physique dont elle est issue. Et à laquelle elle se doit de retourner dans un va-et-vient psycho-sensoriel qui relie par le biais du parlé, le sensitif au pensé. Le langage donne sa matérialité à la pensée, il la concrétise. Les poètes - comme tous les artistes en général - aiguisent leurs sens pour saisir l’essence des êtres et des choses, pour atteindre un état de perception et de compréhension maximum, ils sont les passeurs qui nous permettent de rejoindre ces signifiés premiers, enfouis, qui parlent si bien à l’émotion.

9. Conclusion

Il est impossible que le son, élément matériel appartienne par lui-même à la langue. [] Dans son essence, [le signifiant] n’est aucunement phonique, il est incorporel, constitué non par sa substance matérielle, mais uniquement par les différences qui séparent son image acoustique de toutes les autres.102

  • 102  Ferdinand de Saussure, op. cit., p. 164.
  • 103  Robert Lafont,L’être de langage, Limoges, Éditions Lambert-Lucas, 2004, p. 7. C’est nous qui soul (...)
  • 104  Gustave Guillaume, Langage et science du langage, Paris, Librairie A.-G. Nizet, 1964, p. 242.
  • 105  Annie Boone et André Joly, Dictionnaire terminologique de la systématique du langage, Paris, L’Har (...)

92Pour Saussure le signifiant n’est pas un son, n’est pas une chose mais le résultat de relations d’opposition. La manipulation de ces relations par la pensée suppose l’existence préalable du souvenir d’une image acoustique. À notre avis, l’existence de ces objets abstraits est rendue possible par le recours aux moyens sensoriels et aux émotions que nous avons plaquées sur les informations que nous envoient nos sens depuis la vie fœtale. Ce qui associe le signifiant et le signifié, ce qui les rapproche, ce qu’ils ont en commun au point d’être les deux faces indissociables du signe, c’est ce recours au sensoriel : le son – ou, pour être plus précis, l’image acoustique du son – et le sens n’existent que dans leurs relations de référence aux sensations corporelles. « Le choix d’une anthropologie du langage résolument matérialiste » a conduit Robert Lafont, fondateur de la praxématique, à remplacer le signe saussurien par « le praxème, unité de praxis signifiante habitée non par un signifié, mais par une puissance à signifier [] »103. Tout comme un mot en puissance en langue n’interviendra en discours que comme mot en effet, cas particulier matérialisant une des multiples possibilités contenues virtuellement dans le mot en puissance, le phonème en puissance entre comme phonème en effet dans la composition des monèmes. Pour Gustave Guillaume, « une distinction […] importante, et restée […] inaperçue, est celle du signifié de puissance attaché en permanence dans la langue au signe (qui en devient un signifiant) et du signifié d’effet dont le signe se charge momentanément, par l’emploi qui en est fait, dans le discours »104. André Joly souligne que le signe, au sens guillaumien, est le médiateur entre le signifié de puissance et le signifié d’effet. Soit en schéma105 :

signifié de puissance ® signe ® signifié d’effet

  • 106  Gustave Guillaume, op. cit., et, Annie Boone et André Joly, op. cit., p. 383 et p. 404.

93le signifiant correspondant à la soudure psychique du signifié de puissance et du signe106. Le signe linguistique est, de l’avis de Maurice Toussaint que nous partageons, motivé. Le signifiant guillaumien incarne cette motivation par le lien sensori-moteur qui accompagne l’articulation du phonème en puissance. Cependant, la recherche des traces de cette motivation dans le discours doit absolument tenir compte du fait important qu’au-delà du signifié de puissance, tout est combinatoire et donc éloignement de la motivation première.


 

lien entre le couple de lettres cr et les deux sens inconscients soit de mort soit de casse (ou ligne cassée) que je leur alloue.

Vous n’avez pas choisi les mots les plus simples mais je vais tenter de les « traduire » ou retranscrire.

crème = transformation par casse (en beurre: corps gras alimentaire que l’on obtient en battant la crème du lait de vache. La baratte a été inventée pour cela, non ? Quant à casser, voilà ce qu’en dit le ptit Robert : 1160; quasser « briser » 1080; bas lat. quassare, de quatere « secouer » Mettre en morceaux, diviser d’une manière soudaine, par choc, coup, pression.

Acropole : « cité qui « saute » dans l’Eternité » (absence de mort = a-cr, A = Eternité)
ancre = casse l’action du temps. « Ô Mort, vieux Capitaine, il est temps ! Levons l’ancre. » Charles Baudelaire

crachats : ceux du tuberculeux ou du cancéreux seraient-ils sans rapport avec quelque maladie mortelle ou autre Krankheit ?

crapule : les synonymes « bandit, canaille, escroc, truand, voleur » ne désignent-ils pas des individus aptes à tuer ou à faire des casses.

crasse : littéralement surface ou enveloppe cassante (la couche est souvent épaisse !)*
cravate : en lutte = coup par lequel on essaye de faire subir au menton de l’adversaire un mouvement de torsion, un peu casse-cou. Quant à la cravate qui se noue devant le cou, elle se noue par croisement (casse des lignes).

credo, n’est pas facile à retranscrire mais il y est question de « dominer la mort par la direction spirituelle »

cric : un appareil à crémaillère, pièce munie de crans qui se caractérise comme créneau, crénelure, crête, crampons, etc par sa ligne cassée. Quant à « tu me fais cric » c’est similaire à tu me les casses (les pieds bien sûr).

crinoline : de crin qui comme crépu se caractérise par sa rudesse (gant de crin) offrant une ligne cassée par des aspérités, à l’inverse de lisse (cheveux lisses/crépus, corde lisse : sans nœuds)

croissant du peit déj.: c’est le côté croustillant, cassant de la croûte.
croupe : la ligne du dos se casse par l’arrondi du postérieur.
crime : au sens courant assassinat, meurtre donc en rapport avec la mort.
2crit : littéralement « fixation/mouvement hors mort ». Les paroles passent, les écrits restent.

Devant un référent x , l’onomaturge ou plus simplement le créateur de nom tente de le désigner par un ensemble de caractères géométriques ou émotifs qui le symbolise, avec juxtaposition des concepts de la droite vers la gauche (cette perception du référent est essentiellement effectuée par le système limbique de l’hémisphère droit du cerveau).

Cette création est inconsciente liée à un conditionnement par des fragments onomatopéiques: par exemple le conditionnement de cr au concept de casse/mort est secondaire à l’onomatopée crac : ac = action, cr = casse/mort.

 

décomposition du signifiant ancre:

cr casse/mort
ac = action
an = dans le temps

Je corrige donc et retranscris « ancre » : maintient en inactivité ou en immobilisation dans la durée.
Vous dîtes « l’ancre n’est pas faite pour être levée. Avec l’ancre, on mouille. » Mais pour mouiller, on jette l’ancre. L’ancre est faite pour être jetée et levée aussi !
Dans le signifiant mouille sont présents ill relié à la pénétration et m à l’onde…

Clovisse n’échappe pas à la fermeture, (concept porté par le couple de lettres cl) conformément à son étymologie : • 1838; clouïsse 1611; provenç. clauvisso, de claure « fermer » ® clore

Quant à plaisir, ce signifiant ne comporte pas de lettres isolées entre les couples de lettres et donc pas de p à transcrire mais « pl » qui code pour plan ou beaucoup, plein (de).
Le mot latin “plebs” se rattache à une racine indo-européenne PL signifiant “beaucoup, plein” (notion que l’on retrouve dans des mots utilisés en français comme “plus”, “pluriel”, plusieurs », « plupart », « complet », “plèbe”, pléthore, multiple, quintuple, complexe, plexus, panoplie, pléiade, ample, replet, rempli, plantureux, etc.)
Le p de « pq » ou papier-cul, lui, comporte bien ce p du mépris.

GORDIEN (Nœud), s. m. (Littérat.) nœud du char de Gordius qu’Alexandre coupa ne pouvant le dénoüer : en voici l’histoire. Gordius, pere de Midas, roi de Phrygie, avoit un char dont le joug étoit attaché au timon par un nœud fait si adroitement dans les tours & les détours du lien, qu’on ne pouvoit découvrir ni son commencement ni sa fin. Selon l’ancienne tradition des habitans, un oracle avoit déclaré que celui qui le pourroit délier auroit l’empire de l’Asie. Alexandre passant dans la ville de Gordium, ancien & fameux séjour du roi Midas, souhaita de voir le fameux chariot du nœud gordien, se persuadant aisément que la promesse de l’oracle le regardoit : après avoir considéré attentivement ce nœud, il fit plusieurs tentatives pour le délier ; mais n’ayant pû y réussir, & craignant que les soldats n’en tirassent un mauvais augure :

« il n’importe, s’écria-t-il, comment on le dénoue ».

Alors l’ayant coupé avec son épée, il éluda ou accomplit l’oracle, dit Quinte-Curce, sortem oraculi vel elusit vel implevit. Arrien ajoute qu’Alexandre avoit réellement accompli l’oracle, & que cela fut confirmé la nuit même par des tonnerres & des éclairs ; de sorte que le prince n’en doutant plus, offrit le lendemain des sacrifices aux dieux pour les remercier de la faveur qu’ils vouloient bien lui accorder, & des marques authentiques qu’ils venoient de lui en donner. Tout cela n’étoit qu’un stratagème qu’Alexandre imagina pour encourager ses troupes à le suivre dans son expédition d’Asie. (D. J.)

 

"A vista não se farta de ver, o ouvido nunca se sacia de ouvir." - "L'oeil ne se rassasie pas de voir, et l'oreille ne se lasse pas d'entendre." Ec 1:8

Durant l’occupation de la Phrygie, Alexandre entend parler de cet oracle et décide de résoudre l’énigme devant laquelle tous avaient échoué. Dans le temple de Zeus, après une courte observation du labeur de Gordius, Alexandre tranche le nœud de son épée. Autour de lui, un silence assourdissant fait trembler toute l’Humanité, fait frémir tout l’ardu travail de l’Homme pour s’extraire de son animalité originelle. Ce coup d’épée transversal, froid et calculé, fonde le monde moderne, crée un «monde de la simplification hâtive; de l’expérience qui détruit son objet; de l’action efficace au détriment du sens; de la tricherie; de la rupture des liens» [3]. Voici le monde moderne, otage de toutes ces images véhiculées par les médias, de ces “images d’Épinal” adoptés par presque tous, du matérialisme des sociétés modernes. Le geste d’Alexandre illustre nos préoccupations d’aujourd’hui, c'est-à-dire le rejet de la complexité. En défaisant si simplement le mystère du nœud gordien, c’est toute la symbolique d’un monde composé et réel qui s’écroule pour faire place à un monde dépourvu de secrets et de sens. C’est notre monde, celui où se trouvent nos écoles[4]…  «  c

GORDIEN (Nœud), s. m. (Littérat.) nœud du char de Gordius qu’Alexandre coupa ne pouvant le dénoüer : en voici l’histoire. Gordius, pere de Midas, roi de Phrygie, avoit un char dont le joug étoit attaché au timon par un nœud fait si adroitement dans les tours & les détours du lien, qu’on ne pouvoit découvrir ni son commencement ni sa fin. Selon l’ancienne tradition des habitans, un oracle avoit déclaré que celui qui le pourroit délier auroit l’empire de l’Asie. Alexandre passant dans la ville de Gordium, ancien & fameux séjour du roi Midas, souhaita de voir le fameux chariot du nœud gordien, se persuadant aisément que la promesse de l’oracle le regardoit : après avoir considéré attentivement ce nœud, il fit plusieurs tentatives pour le délier ; mais n’ayant pû y réussir, & craignant que les soldats n’en tirassent un mauvais augure :

« il n’importe, s’écria-t-il, comment on le dénoue ».

Alors l’ayant coupé avec son épée, il éluda ou accomplit l’oracle, dit Quinte-Curce, sortem oraculi vel elusit vel implevit. Arrien ajoûte qu’Alexandre avoit réellement accompli l’oracle, & que cela fut confirmé la nuit même par des tonnerres & des éclairs ; de sorte que le prince n’en doutant plus, offrit le lendemain des sacrifices aux dieux pour les remercier de la faveur qu’ils vouloient bien lui accorder, & des marques authentiques qu’ils venoient de lui en donner. Tout cela n’étoit qu’un stratagème qu’Alexandre imagina pour encourager ses troupes à le suivre dans son expédition d’Asie. (D. J.)

Néphélé

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Personnage de la mythologie grecqueNéphélé (en grec ancien Νεφέλη / Nephélê, de νέφος / néphos, « nuage ») était une nuée créée par Zeus à l'image d'Héra afin de tromper Ixion. Néphélé épousa Athamas, et de leur union naquirentHellé puis Phrixos. Plus tard, Athamas épousa une princesse nommée Ino. La nuée fut donc répudiée, étant ainsi séparée de ses deux enfants.

Néphélé vivait dans l'angoisse qu'un jour Ino tue Phrixos afin que son propre fils hérite du royaume. Ses peurs étaient fondées. Ne pouvant plus supporter l'idée de perdre ses enfants, Néphélé décida de demander l'aide des dieux. Sa prière fut entendue par Hermès qui envoya un bélier ailé à la toison d'or du nom de Chrysomallos. Sa mission fut d'enlever Hellé et Phrixos des mains de leur belle-mère.

Correspond à Nébula dans la mythologie latine

 


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Date de dernière mise à jour : 22/06/2012

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