Le sens des maux

Cause ou Sens ?


« Je suis fondé à croire que le cerveau exerce dans l’homme le plus grand empire… et je déclare que c’est lui qui est le siège des maladies les plus grandes, les plus mortelles.»                                        Hippocrate

 


Au sujet des somatisations, Jacques Salomé est clair dans Papa, Maman, écoutez~moi vraiment : « J’ai beaucoup à dire sur le langage des maux, parce que, je le répète, c’est le langage favori des bébés, des enfants et plus tard des adultes. Je vais certainement surprendre ceux qui me lisent en affirmant que dans ma position d’écoutant, je ne cherche pas à comprendre l’origine ou l’explication de la somatisation. Je vais plutôt en chercher le sens, le message, le gain ou la fonction…..Tel enfant a le nez qui coule, les yeux qui pleurent et les parents ont l’explication tout de suite : «Hier on est restés une demi-heure dans ce courant d’air, il a pris froid, etc. » Ils entrent ainsi dans le modèle explicatif, ils ont trouvé l’élément déclencheur. Et s’ils se satisfont de cela, ils risquent de passer à côté… de la compréhension. Car c’est peut-être par ce rhume qu’il tente de dire quelque chose que les adultes n’entendront jamais… » Il poursuit : «Un des malentendus actuels le plus fréquent, c’est que nous médicalisons à outrance. Nous entendons les maux comme des maladies au lieu de les
entendre comme des langages.Toutes les maladies me semblent être des langages symboliques avec lesquels l’enfant ou l’adulte tente de dire ce qu’il ne peut pas mettre en mots, soit parce que ce n’est pas clair, soit parce que c’est indicible, trop insupportable, contradictoire ou menaçant.
Les enfants sont les champions en ce domaine, en particulier les jeunes enfants qui n’ont pas accédé encore au langage. Ils vont tenter de dire les conflits, les interrogations ou les non-dits avec le corps ». Jacques Salomé est clément avec le Corps Médical, car la réponse de la médecine officielle
ressemble à celle des parents : j’entendais récemment un Professeur d’allergologie lors d’une émission télévisée qui annonçait péremptoirement que rien n’échappait désormais à la technicité médicale pour révéler la cause des allergies ! Il est vrai que découvrir l’agent allergénique demande parfois une investigation technique sophistiquée pertinente, mais j’ai souri quand le mandarin affirma que dans son Service on découvrait la cause des allergies ! Non, cher confrère, vous ne mettez en évidence qu’un facteur déclenchant et nullement la cause ! Pourquoi cet individu ne présentait aucune allergie un an, voire dix jours auparavant ?
Quand vous aurez répondu à cette question, vous toucherez à la cause réelle de l’allergie ! Les gens ne deviennent allergiques qu’à des éléments rares qu’ils n’avaient jamais rencontrés dans leur milieu, c’est même l’inverse! Ainsi les norvégiens sont surtout allergiques au poisson, les américains à l’arachide, les asiatiques au riz, les français aux acariens dont ceux de la farine du pain… et les chats à la salive des puces (cf thèse vétérinaire de Nathalie Dufour). Si vous n’avez jamais été au contact préalable d’un chat, vous ne pouvez pas être allergique à son poil. L’allergie passe par une phase de sensibilisation qui nécessite un premier contact avec l’allergène. Une première piqûre de guêpe ne provoque jamais de choc allergique !
L’allergie [crainte qui détourne le passage à distance du mal ou de la difficulté] est une réaction d’hypersensibilité, où les cellules de l’immunité locale, véritables cerveaux sensoriels portatifs, sont chargées de repérer le contexte microscopique d’une situation vécue dans la peur, mémorisée sous forme de crainte. Les manifestations allergiques d’hypersensibilité immédiate sont des réactions par excès qui, lors du contact avec l’allergène enregistré dans la mémoire immunitaire, vont perturber le sujet qui s’éloigne, se met à distance, mais de quoi ? La réaction d’évitement vise un contact, mémorisé comme dangereux. Mais l’allergène n’est qu’un élément du contexte, sans rapport direct avec la véritable cause de la crainte du sujet, enregistrée dans son système limbique D inconscient, l’hippocampe. Un exemple semble utile à ce sujet.


Armoire et cris dans la nuit !


Une jeune assistante sociale vient un jour consulter pour renouveler un traitement d’un asthme allergique évoluant depuis 10 ans, scientifiquement bien exploré : allergie aux acariens, aux poussières de maison, au crin et à la plume. En l’interrogeant, je retrouve 9 mois avant la première manifestation allergique, un épisode stressant très particulier.
Cette jeune femme était allée en février passer une nuit chez sa mère. Or, vers 6 heures du matin, elle est éveillée en sursaut par un bruit violent et des appels au secours ! Dans l’obscurité, elle parvient à sortir de sa chambre et à gagner celle où elle entendait hurler. Elle découvre sa mère, coincée sous une armoire qui lui était tombée dessus lorsqu’elle avait voulu en retirer une pile de draps. Impossible de soulever l’armoire pour la dégager. Elle dut appeler les pompiers pour sortir sa mère de sa fâcheuse position et le SAMU pour la conduire à l’hôpital. Dans la chambre, où la jeune femme avait passé la nuit, il y avait un oreiller en plumes, un matelas de crin et un vieux tapis, probablement habité par moult acariens ! C’est à ce moment là, dans l’obscurité de la chambre, donc privée de vue, lors d’une frayeur intense, que son nez hypersensible (nourrisson, elle avait présenté un eczéma atopique) avait humé ces allergènes incriminés. Quel est le mode d’action exact des hormones du stress sur les cellules immunitaires du nez, macrophages ou mastocytes ? Les avancées de la science nous l’apprendront prochainement, mais l’on connaît déjà de multiples récepteurs sur ces cellules immunitaires présentes dans la muqueuse nasale et respiratoire. Il ne fait pour moi aucun doute que le début de la sensibilisation aux allergènes coïncide avec cet événement traumatisant, d’ailleurs la jeune femme n’avait pas d’oreiller en plumes ni de matelas en crin à son propre domicile. Lors de séjours suivants chez sa mère, sa sensibilisation s’est accrue jusqu’à un certainseuil, où s’est déclenché la première crise d’asthme. La cause n’est donc pas à rechercher dans les allergènes, témoins banaux du drame. C’est la carence informative sensorielle, celle de la vision, premier sens normal d’information et la réaction émotive qui ont amorcé le processus.
L’allergie traduit une hypersensibilité, qui est une réponse d’hyperprotection permettant le repérage d’un environnement, mémorisé comme dangereux. La réaction allergique est un hypersignal contre un évènement traumatisant, grâce à l’acquisition d’une mémoire moléculaire supplémentaire grâce aux cellules immunitaires à mémoire, unités sensorielles de substitution.
La cause des maux n’est jamais extérieure au sujet, elle est à rechercher dans sa mémoire neuronale et immune. Si le vécu de l’être malade, mis en mémoire, joue le rôle crucial dans la genèse de ses maux, la cause cérébrale tombe donc sous le Sens, se confond avec lui. La cause habituelle retenue dans l’étiologie (science des causes) par la médecine officielle ne serait alors que secondaire à la programmation de la maladie par la mémoire du cerveau qui « utilise » les agents de l’environnement pour exprimer le silence de mots tus en les imprimant dans/sur le corps. Les maux somatiques ne seraient alors que les signifiants de messages signifiés retenus dans la mémoire du sujet, où l’hippocampe joue un rôle clef d’encodage.


Hippocampes et amygdales au coeur de nos mémoires


La cause de la cause des maladies, que recherchait Hippocrate, serait donc sous l’empire de l’Hippocampe. Socrate, en la Personne de Cratyle, aurait su en faire le lien naturel ! Le sens des maux est enregistré dans la mémoire des mots dans l’espèce humaine, où ils sont des représentations conditionnées des éléments du milieu extérieur et intérieur. Le réflexe pavlovien neurovégétatif de salivation du chien peut être provoqué chez l’homme par la simple évocation d’un mets succulent mettant l’eau à la bouche du gourmet. La lettre b associe le sens de bouche au b de l’eau (baille, bouillon quand on s’y noie). Tout mot peut devenir un stimulus conditionné par une généralisation sémantique. Le sens du mot, le signifié peut être remplacé par des mots de même sens, synonymes. La synonymie est l’objet d’un conditionnement acharné lors de l’apprentissage de la langue familiale et surtout scolaire. Malgré cela, c’est seulement vers l’âge de 10 ans que la synonymie l’emporte sur l’homophonie.
Dès 1957, le russe Markosian, élève de Pavlov, démontre qu’il existe une généralisation conditionnée phonétique (du signifiant), même chez l’adulte. Elle entraîne des réactions neurovégétatives, certes moindres que la précédente. Ce moindre résultat s’explique par l’absence
de renforcement de l’homophonie sous la pression du langage conscient qui au contraire suscite l’extinction du conditionnement. Le langage n’est pour Pavlov qu’un deuxième système de signalisation apte à remplacer tout stimulus sensoriel. Si la mémorisation du sens du mot
conscient du mot se réalise par conditionnement, l’enregistrement des unités inconscientes le précède toujours.
En mai 2005, Lionel Naccache, chercheur de l’Unité INSERM U 562, suite à une étude parisienne effectuée à la Pitié-Salpétrière, a démontré que le décodage sémantique lors de la lecture (le sens des mots lus) relève d’un processus inconscient devançant le conscient.
L’enregistrement inconscient s’effectue en moins de 29 millisecondes, alors que la conscience n’a rien perçu !Aucun souvenir conscient ! La démonstration avait déjà été effectuée pour des images perçues de façon non consciente (araignées, visages menaçants ou agréables). Le résultat de ces perceptions inconscientes a été évalué par l’enregistrement de la réponse émotive des amygdales cérébrales, structure du cerveau affectif (système limbique). Mais si le chercheur en tire des conclusions légitimes sur la perception de messages subliminaux dans la lecture, il ne conçoit pas tout l’intérêt de sa découverte dans le fondement même de la psycholinguistique, pour la perception et la mise en mémoire des unités inconscientes. Les chercheurs doivent faire de nouvelles études sur l’enregistrement (encodage) sémantique de l’hippocampe et mettre en évidence les séquences littérales signifiantes inconscientes des mots. Si le mot tigre, de la liste de L.Naccache, génère une réponse émotive de l’amygdale cérébrale, c’est parce qu’il est formé du codon gr du risque de mort, associé au saut explosif, du codon ig du danger de passage de
l’un à l’autre et de la lettre t de coup. La mise en évidence biologique de l’existence des émotèmes est proche. Les mots se mémorisent consciemment à G, alors que leurs unités signifiantes et signifiées inconscientes sont enregistrées à D grâce à l’amygdale D pour les émotèmes et à l’hippocampe D pour les schémèmes.

La charge des émotèmes


La charge émotive dépend de la quantité mémorisée des émotèmes, aussi il semble logique de penser que lorsque la charge associée à un émotème atteint un certain seuil, elle doit se libérer par l’expression de l’émotion, grâce en général aux larmes, parfois au rire aux vertus thérapeutiques reconnues. Or, au chapitre précédent, il a été exposé combien l’expression des émotions est inhibée dans nos sociétés policées. La maladie décharge notre mémoire intime pour diminuer la surcharge. Les maux sont des signaux d’alarme de cette surcharge. Il faut accepter de les écouter quand ils expriment les non-dits, parce que de toute façon ils parlent de nous. Bien des médecins généralistes en sont persuadés : « les maladies que nous nous faisons sont liées à l’histoire intime que nous vivons et elles nous rappellent à l’ordre, à notre ordre. Car la maladie
constitue bien un avertissement et l’occasion d’une prise de conscience indispensable pour améliorer son existence », affirme dans Les fractures de l’âme le docteur Fabrice Dutot. La maladie - «mal à dit» - met en lumière, manifeste nos émotions non libérées, nos conflits non réglés, nos chagrins non guéris, tous nos mots tus. En décodant ce que le mal a dit, il devient possible de nous libérer pour progresser sur le chemin de la guérison.
Les maux sont les signifiants organiques de signifiés pathologiques, engendrés par des stress émotifs spécifiques, encodés dans la mémoire des hippocampes sous la forme des codons inconscients de la langue. Si nos maux ont un Sens [développement intérieur du Savoir], ce dernier est enregistré dans notre mémoire consciente et inconsciente.
La peur, mais surtout la crainte et la culpabilité, sentiments permanents inhibiteurs de l’action, de l’expression orale et des autres émotions, jouent le rôle crucial dans la genèse de nos maux. Leur contexte est stocké dans nos hippocampes, centres de la mémoire sémantique du langage conscient à G et inconscient à D. L’émergence du langage conscient, puis son essor, ont inhibé, éteint, réduit au silence le code de l’inconscient au fil des millénaires, mais il reste enfoui dans la mémoire de l’hippocampe D. La mémoire est certes la trace d’un apprentissage conscient par la médiation d’un langage appris. Mais elle est aussi la trace mnésique dans nos réseaux neuronaux de l’hémisphère D d’une perception inconsciente immédiate et globale, dont le code de l’inconscient témoigne de la pertinence géométrique et émotive.
L’inhibition de l’émotion entraîne une inhibition de la fonction expressive de l’amygdale. Les schèmes d’action et les manifestations de l’émotion sont inhibés, mais restent en mémoire dans les hippocampes.
Pour saisir le sens de nos maux exhibés, il faut rechercher quels sont les émotèmes et schémèmes accumulés dans le condensateur hippocampique sous l’effet de l’inhibition (action, émotions, mots). Si le sens des maux est d’ordre symbolique ou métaphorique, encore faut-il comprendre
comment le symbole ou la métaphore devient somatique, s’inscrit dans le corps physique.


Aires du langage G Charge émotive Hippocampe D

 


Charge géométrique et amygdale


L’incarnation (somatisation) ne peut se réaliser que par l’intermédiaire des unités symboliques inconscientes de nos mots, les émotèmes et les schémèmes. Le Sens pourra alors être appréhendé par un décodage des messages de ces unités littérales, qui programment le cerveau humain à son
insu. Pour comprendre le message des maux, il faut recueillir les émotèmes incriminés pour remonter aux mots conscients dont ils sont issus. En quelque sorte il s’agit d’une psychanalyse inverse qui permet à partir des unités inconscientes de la langue de remonter à ses unités conscientes, les mots. Cette recherche est de l’ordre de la reconstitution ou du renouement.


Nature de la mémoire de l’hippocampe


Foster et Wilson du Massachussets Institute of Technology ont constaté chez le rat que l’activité des neurones hippocampiques lors d’une expérience séquentielle (courir sur une piste, puis s’arrêter pour grignoter une récompense), est rejouée en accéléré en sens inverse en 150 millisecondes dès l’arrêt en bout de piste. Ce phénomène semble jouer un rôle fondamental dans la mémorisation à court terme et dans l’apprentissage, car il permet d’évaluer l’expérience immédiate et la relie à un évènement gratifiant (Nature, 12 février 2006). Lors du sommeil du rat, les épisodes d’expérience spatiale sont rejoués dans le même ordre temporel dans l’hippocampe que lors de la course éveillée, ce qui permettrai une consolidation de la mémoire lors du sommeil.
L’exploration d’un nouvel environnement induit la formation d’une nouvelle carte spatiale cognitive dans l’hippocampe, où se trouvent des cellules de lieu, support neuronal de la mémoire spatiale. On peut formuler l’hypothèse que chez l’homme, c’est aussi l’hippocampe qui effectue ces opérations spatiales et initie le stockage dans la mémoire (cela a été vérifié chez les chauffeurs de taxis londoniens).
La spécialisation hémisphérique chez l’homme, secondaire aux apprentissages conscients qui se localisent à G, en particulier pour le langage, laisse supposer une spécialisation similaire des structures limbiques.
Ainsi l’hippocampe G serait chargé de la mémorisation consciente des mots et le D de celle des schémo-émotèmes.
L’encodage joue un rôle capital dans la mémoire à long terme. Il est sous le contrôle essentiel de l’hippocampe qui permet d’enregistrer le stimulus s’il est coloré par l’émotion. L’hippocampe contrôle la mémoire explicite ou déclarative. Le gauche permet l’encodage des mots conscients et le droit celui des codons inconscients. La mémoire déclarative est déterminante pour la motivation et l’adaptation du comportement à l’expérience passée de l’individu. La crainte, peur mémorisée,
est source de comportements d’évitement ou de soumission. Si les traces mnésiques définitives s’inscrivent au niveau du néocortex, l’enregistrement d’une information nouvelle doit être maintenu par un processus d’activation qui la transforme en traces stables. C’est l’hippocampe,
structure privilégiée par ses connexions, qui élabore cette activation transmise le long du circuit de Papez dont il est le stimulateur (cf schéma système limbique en fin de livre).
Carrefour entre en bas, le cerveau reptilien des besoins vitaux, des conduites de survie, et en haut, le cortex associatif intersensoriel proprement hominien, l’hippocampe est chargé de moduler leurs messages respectifs. Il effectue la comparaison entre les messages issus du cerveau reptilien (hypothalamus), qui transmettent les données des systèmes de renforcement, et les messages issus du néo-cortex où sont stockées les informations sensorielles et les programmes moteurs ainsi que les traces des échecs ou des succès.Cette confrontation élimine les informations non renforcées et stabilise celles qui l’ont été. Si ce sont les paramètres biologiques internes, expression d’une pulsion endogène, qui sont ici déterminants, le système limbique est cependant capable chez l’homme de supprimer les conduites stéréotypées en apportant des nuances individuelles qui traduisent la personnalité psychosociologique de l’individu. Pour les conduites
sociales, en général indépendantes des fluctuations du milieu intérieur, c’est lui qui en fixe l’expression en fonction de l’apprentissage antérieur.

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Date de dernière mise à jour : 01/12/2012

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