La Vérité

La Vérité

 

La question de la vérité est le point de convergence des interrogations spirituelles, philosophiques et scientifiques dont l'enjeu essentiel concerne justement sa recherche. La vérité, du latin veritas dérivé de verus, vrai, est la correspondance exacte entre une proposition et la réalité à laquelle elle se réfère. Le langage courant confond souvent le vrai et le réel. Lorsque l’on dit « ce diamant est vrai », cela veut dire qu’il est authentique, donc ''réel'' au sens de naturel et non artificiel. Car un diamant ne dit pas la vérité, comme toute chose il ne dit rien et seul ce qui est ''dit'' peut être vrai ou faux. Karl Jaspers affirme que « le monde est comme il est ; il n'est ni vrai ni faux, c'est seulement notre connaissance du monde qui peut l'être ». Pour être vraie cette connaissance doit donc être capable d'établir une correspondance exacte entre la proposition avancée et la réalité.

Toute proposition s'effectue par la médiation du langage avec les mots duquel on peut dire la vérité, la révéler, la confesser voire la rétablir. Car la vérité relève du discours, elle est un fait de langue. « Mais qu'est-ce que la langue? (…) C'est à la fois un produit social de la faculté du langage et un ensemble de conventions nécessaires, adoptées par le corps social pour permettre l'exercice de cette faculté chez les individus», telle est sa définition selon Ferdinand de Saussure (Cours de Linguistique Générale 1916, p. 25). Pour lui cette convention « relève d'un accord tacite entre les membres d'une même communauté » (Cours de Linguistique Générale, 1916, p. 31). L'application correcte de cet accord nécessite des règles et différents intervenants. Actuellement en France c'est l'Académie française et les différents auteurs de dictionnaires qui jugent de la reconnaissance officielle d'un mot, qui en fixent la ou les définitions, contrôlent l'orthographe, les expressions auxquelles il participe, l'étymologie... En dehors de la famille c'est le corps enseignant qui est chargé de transmettre cette langue officielle avec l'aide principale des livres scolaires et de la littérature française. 

Pour le fondateur de la linguistique, dite moderne, le mot ou signe verbal est coupé du référent, écarté de la réalité à laquelle il ne se référerait que par convention. Entre un mot et sa signification, il n'existerait aucun lien immédiat, explicite en soi, directement accessible à la compréhension, mais une relation instable avec le temps reposant sur une simple convention tacite selon laquelle cette chaîne de sons aura tel ou tel sens en français. Pour ce mode de représentation on a adopté le terme digital issu des mathématiques; aussi faire croire qu'un tel mot peut dire la vérité relève de la prestidigitation ! Le mot ne serait qu'un signe psychique duel signifiant/signifié reliés arbitrairement et iI n'y aurait aucune correspondance entre le signifiant et la réalité. Or la vérité nécessite une correspondance exacte avec l'objet du monde réel. Voilà une première critique sérieuse qui incite à la méfiance vis à vis de cette théorie non démontrée dont les mots sont coupés du monde réel.
  
En ''science linguistique'' la notion de l'arbitraire des mots est la théorie d'un professeur de sanskrit qui a été élevée au rang d'un dogmepar ses élèves puis ses disciples. Cet axiome initial de l'absence de motivation des mots qui fonde la linguistique ''moderne'' exprime-t-il la vérité ? Devant l'image d'un chêne un français peut le désigner comme arbre, un anglais comme tree et un allemand comme Baum, trois signifiants sans aucun lien phonétique ou graphique. Ainsi devant la multiplicité des signifiants des langues pour désigner le même objet, la théorie de Saussure soutient la convention sociale de leur choix et l'arbitraire entre son et sens, entre signifiant et signifié. Cela paraît une évidence depuis plus d'un siècle pour beaucoup de monde, dont l'américain Chomsky. Mais si l'évidence peut être un premier indice de la vérité, un caractère qui entraîne immédiatement l'assentiment de l'esprit (sentiment de posséder le vrai), il peut n'être qu'une illusion des sens. Aussi est-il nécessaire que la vérité soit démontrée. L'assentiment d'un grand nombre d'individus n'est pas suffisant. « Tout le monde le dit, ce doit être vrai ». Valéry, poète reconnu comme visionnaire, affirme lui que '' ce qui a été cru par tous, et toujours, et partout, a toutes les chances d'être faux »! L’histoire des sciences le vérifie souvent. Elle nous apprend que certaines ''démonstrations'' qui ont emporté longtemps la conviction des savants se sont avérées, pour finir, invalides.
  
Le problème se complique singulièrement lorsque l’on parle de vérité scientifique. Car souvent la réalité que la science prend pour objet (la structure de l’atome, l’espace-temps ou l'origine du langage par exemple) constitue en elle-même un problème que nos organes des sens ne peuvent pas capter. Pour le résoudre le scientifique est contraint d'échafauder des théories constituant des représentations cohérentes d’une réalité qui ne va pas de soi. La vérité devient une construction, une fiction efficace, plausible, et non pas le simple duplicata de la réalité. C'est à partir de Platon que le mot théorie (vision divine) évolue vers le sens de contemplation d'où l'on tire des idées, des décisions pour glisser au sens moderne scientifique de construction intellectuelle, hypothétique et synthétique, organisée en système  cohérent et vérifiée par un protocole expérimental, pour servir de base à une science. Une théorie scientifique est une proposition construite par un raisonnement rigoureux qui est ensuite vérifiée par l'expérience qui  valide sa vérité ou  la réfute. Mais pour une expérience il faut un observateur direct ou indirect qui validera la théorie par des mots dont le choix sera subjectif et dont la nature conventionnelle et arbitraire renvoie à d'autres mots dans une suite sans fin dans un système clos. 
  
La théorie de Saussure n'envisage les mots qu'en vase clos, enfermés dans les aires du cortex cérébral gauche, en les coupant de toute liaison avec l'hémisphère droit, avec le cerveau affectif des émotions et surtout avec les aires sensorielles associatives qui reçoivent les stimuli envoyés par le référent. Cette conception est contraire à la vérité biologique. L'objet de la linguistique, la langue, n'est pas une fiction abstraite, les mots sont perçus par nos organes sensoriels, leurs sons par l'ouïe et leurs graphies par l'œil. 
Le constat évident d'emploi de mots différents selon les langues pour désigner le même objet concret ou abstrait n'est aucunement une preuve d'un arbitraire accepté par convention sociale. Ce n'est qu'une illusion qui aboutit à cette mystification intellectuelle collective ! Les mots servent en premier à désigner les objets. Pour l'enfant les choses ne sont connues que lorsqu'elles sont nommées car selon Merleau-Ponty (Phénoménol. perception,1945, p.207) « le nom est l'essence de l'objet et réside en lui au même titre que sa couleur et que sa forme ». Difficile d'admettre que cette essence des choses relève de l'arbitraire et de la convention ! 

Saussure, fondateur de la linguistique, n'a rien compris à la nomination, à l'opération mentale consistant à créer un mot. Comme dans trois langues, arbre, tree, Baum désignent le même référent, il conclut à l'arbitraire du signe !  Comment peut-on imaginer qu'avec trois lettres différentes (tree), quatre (Baum) ou même cinq  (arbre) l'homme serait capable de représenter toutes les caractéristiques de cet objet référent ? Le Professeur aurait eu besoin de revenir sur terre car un arbre est un végétal ligneux, de taille variable, dont le tronc se garnit de branches à partir d'une certaine hauteur, qui se couvrent de feuilles persistantes ou caduques dont les pigments de chlorophylle captent l'énergie solaire, dont les racines puisent ses nutriments dans la profondeur de la terre, etc, etc. Impossible de définir en cinq  lettres toutes les caractéristiques de ce référent. Le mot arbre cache une forêt immense de données : formes, couleurs, fonctions, symboles. À l'impossible nul n'est tenu, aussi notre créateur de mots se contente d'une ou deux caractéristiques du référent pour lui donner un nom. 

Comprendre l'une des manière simples de désignation d'un objet nécessite juste un peu de réflexion. La qualité de lumière de celle qu'on perçoit d'un objet définit sa couleur qui permet à l'œil de le distinguer des autres objets, indépendamment de sa nature et de sa forme.

Un certain nombre de noms de couleurs ne repose-t-il pas sur un élément coloré connu et déjà nommé ?

    ⁃    soit une fleur : rose (apparu en 1165) qui a la couleur rouge clair de la rose (1140), violet  issu de la couleur de la variété la plus caractéristique des fleurs appelées violettes (1228).
    ⁃    soit un fruit : marron, d'une couleur brun-roux rappelant la couleur de l'écorce des marrons, prune par référence à la prune violette,  orange d'une couleur semblable à celle de l'orange.
        
Il existe aussi beaucoup de qualificatifs de nuances de couleur rappelant soit des fruits : jaune citron, vert pomme. vert amande, soit des fleurs : bleu pervenche et lavande, soit des pierres précieuses : vert émeraude, rouge rubis, soit des métaux :  jaune d'or, bleu acier...

Si les mots étaient arbitraires, l'homme aurait inventé des mots spécifiques pour donner des noms aux couleurs. Il n'en n'est rien. Ce choix conscient de noms pour les couleurs démontre surtout qu'une seule caractéristique d'un objet référent permet la création d'un nouveau nom. Ce mode de création verbale correspond à une figure de rhétorique (de style), la métonymie, du grec μετωνυμία formé de μετά: meta (déplacement) et de ὄνυμα : onuma (nom). La metônumia, changement de nom, qui désigne dès l’Antiquité la figure, permet de remplacer un concept par un autre avec lequel il est lié par un rapport logique sous-entendu. On peut ainsi nommer un objet ou un être par une seule caractéristique, sa couleur : un bleu de travail, un jaune d'œuf, un blanc, un jaune un noir pour la couleur de peau humaine... et dans l'autre sens inventer un mot en employant la caractéristique saillante d'un autre référent déjà nommé, telles les couleurs : rose, violet, orange, marron.

Ce procédé métonymique sert à l'extension consciente du lexique. Ainsi une fois fixé le nom d'une couleur, ce seul critère par métonymie permet de nommer d'autres objets : un violet (champignon), un bleu (hématome ou blouse de travail ou novice), un petit noir (café), un gros rouge (vin), un grand blanc (requin), un jaune d' œuf  ou un blanc en neige, etc.  Une seule partie d'un oiseau permet de le désigner : un rouge-gorge, un rouge-queue, un pic-vert. Le morphème d'une couleur tel ''roug''  de rouge va permettre la création par métonymie fonctionnelle d'une série de mots : rougir, rougeoyer, rougeur et par analogie colorée :  rouget, rougeole...

À partir de ces couleurs qui ont permis de créer le sens propre de certains éléments du milieu humain, il sera possible par analogie d'initier une seconde étape de lexicogenèse consciente avec passage au sens figuré :  blanc bec,  voix blanche,  mariage blanc, vote blanc,  de but en blanc,  saigner à blanc... Quand sa carte bleue vire au rouge l'escroc signe des chèques en blanc. Et Le linguiste saussurien qui n'était pas motivé fait grise mine, il a des bleus à l'âme des mots, il ne voit plus la vie en rose et passe des nuits blanches avec des idées noires !

Cette méthode de nomination consciente n'est pas limitée à la couleur mais est généralisable. Pour la forme des choses une seulecaractéristique géométrique peut suffire. Le point s'exclame et s'interroge, il point à la ligne suivante qui transmet son énergie électrique et part à la pêche dans un petit coin tranquille où le poisson mord à l'âme-son : le triangle routier,  le cercle vicieux, la  pyramide des âges, le cône de croissance. L'enfant nomme les animaux et les objets uniquement par leur caractéristique sonore : un coin coin, un cuicui, un wouwou, une teuf teuf ou une vroum-vroum.

UNE CREATION DE MOTS INCONSCIENTE

1)  Dernière étape de lexicogenèse inconsciente

Pour l'inconscient la loi de création de mots est une synecdoque particulière, une forme de métonymie qui permet de nommer le tout par une partie, figure qui engendre la formation de mots nouveaux. Cette propriété est une faculté du cerveau droit qui maîtrise la synthèse, les figures géométriques et la capacité de reconnaissance du tout au vu d'une seule de ses parties selon le mode nommé pars pro toto. Le comprendre c'est aussi réfuter le dogme millénaire du mot (plus précisément le morphème des linguistes) comme plus petite unité de sens de nos langues, une conception acceptée sans sourciller par Saussure.   « Il faudrait chercher sur quoi se fonde la division en mots, car le mot, malgré la difficulté qu'on a à le définir, est une unité qui s'impose à l'esprit, quelque chose de central dans le mécanisme de la langue. »(Cours de linguistique générale, p 154). Lorsque nous étions enfants, les mots de notre langue maternelle nous sont arrivés tout faits, prêts à remplir une fonction dans les phrases que nous tentions de construire. Aussi le sujet parlant, à la lumière de cette expérience commune à tous les individus de sa langue, ne s'interroge pas sur la formation des mots qu'il emploie. De nombreux linguistes américains acceptent comme acquis que les mots existent déjà dans la mémoire comme entrées lexicales disponibles pour la construction d'une phrase. Ainsi le linguiste américain George Miller ne se pose des questions qu'en aval de ce principe: « pourquoi est-ce que toutes les langues sont faites de mots ? Pourquoi les mots constituent une caractéristique universelle du plan des langues ? » (Miller , 1991, p 5). Aussi portent-ils leur attention sur la construction de la phrase, sur les rapports grammaticaux entre les mots.

Mais le linguiste qui désire comprendre la nature et le fonctionnement du langage devrait chercher à dépasser l'expérience immédiate que tout le monde possède du mot. Reprenons l'exemple des couleurs. Le signifiant orange dérive par métonymie consciente du fruit de l'oranger, dont la couleur singulière est l'une de ses caractéristiques saillantes. En ancien français il était question de pome d'orenge, un calque de l'ancien italien melarancio, composé de mela ''pomme'' et de arancio ''orange''. Le mot orange serait un emprunt, avec déglutination (perte du n par aphérèse), à l'arabe nārang(a), lui-même emprunté au sanskrit narang. Les dictionnaires étymologiques content l'histoire possible du mot orange mais il faut quelque peu déglutir sa salive pour avaler la couleuvre des mues phonétiques du mot avec disparition du n et remplacement du o par a. La langue de l'inconscient ne raconte pas d'histoires chronologiques sur les ancêtres de ce mot, mais explique le pourquoi de sa structure. Le signifiant orange se décrypte ag-an-or, juxtaposant trois notions : ag(e) évoque le passage, an dans le temps et or la lumière. Le phonème /r/ qui peut porter l'accent tonique ajoute alors la notion de répétition.
Ainsi pour l'inconscient français l'orange serait un fruit qui transmet (passer dans le temps à répétition) la lumière, un nom donné pour la qualité de sa réflexion lumineuse, une couleur chaude typique, proche du jaune d'or ou de la couleur dorée. 

Lors du onzième de ses travaux, Hercule eut la mission de cueillir les pommes d'or du Jardin des Hespérides, un jardin fabuleux sur les pentes du mont Atlas, là où les chevaux du char du Soleil achèvent leur randonnée en se couchant à l'ouest de l'océan Atlantique. Selon certaines interprétations, les pommes d'or seraient des oranges, inconnues alors des Grecs, ressemblant à des pommes d'une couleur dorée étrange. Elles se nomment d'ailleurs chrisomilia en grec, littéralement pommes d'or. Il n'existe pas d'équivalent latin correspondant à la couleur orange, mais des qualificatifs se référent à d'autres éléments colorés entre le jaune et le rouge. L'adjectif croceus qui désigne le jaune renvoie au safran et associé à roseus ou purpureus comme épithète de l'Aurore, il se rapproche de l'orangé. Chez Lucain flammeus, couleur du feu, associé à luteus, jaune issu de la sarrette, évoque la couleur orange issue du mélange du rouge et du jaune.

Le codon linguistique or possède un second sens, celui de limite, celle que la lumière dessine des objets matériels : bord, horizon, orée, corde, catégorie, sorte, portion, morceau, littoral... aboutissant à la forme ou la morphologie. Cette règle d'or de limitation, d'ordre, explique la motivation inconsciente de l'emploi de la couleur orange dans les feux tricolores : passage (ag) dans le temps (an) limite (or). L'inconscient ne connaît pas les couleurs, ce qui confirme l'opinion de Freud qui avait découvert qu'il ne savait que le noir et blanc. Le décodage de la langue de l'inconscient permet d'apporter quelques précisions. L'inconscient ne connaît pas le blanc et se contente par le codon bl à n'évoquer que l'intensité lumineuse, celle de l'éblouissement. Le black anglais correspond exactement à l'inverse du blanc pour l'inconscient, à la coupure de l'éblouissement. Le noir, réflexion (ir) de lumière (or) nulle (n), est évoqué par le néant, la nuit. Il est porté par le codon eb qui définit l'obscurité et le noir : ébène, ebony et ébonite (noire), kyste sébacé (point noir), zèbre (lignes brisées noires), yèble (sureau à baies noires), ténèbres, funèbres, réverbère, Cerbère, berbère, maghrébin...

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Date de dernière mise à jour : 28/09/2017

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