Signe linguistique : un signifiant motivé

Une séquence littérale du signifiant

Le Signe cr de la mort

ou

la Naissance du Signe

mort-faux2.jpgÔ Mort, vieux Capitaine, il est temps ! levons l'ancre!                                                                    Charles Baudelaire

lettre-l.gif

a Question de la motivation des mots n'est pas nouvelle. Quatre cents ans avant J-C, dans le discours de Cratyle, Platon expose les deux thèses opposées sur la nature des mots : pour Hermogène, partisan de l'arbitraire du signe, il n'y a entre signifiant et signifié qu'un lien abstrait et extrinsèque, établi parconvention, tandis que pour Cratyle, partisan de la motivation, les mots sont une peinture des choses, ils ressemblent à ce qu'ils signifient, ce sont des symboles.


On parle souvent indifféremment de signes ou de symboles mathématiques. Un signe est une chose qui tient lieu d'une autre, il peut être purement conventionnel, tel le galon des militaires, tel le noir, symbole de deuil en occident ou le blanc en Chine.

Le signe est aussi un fait naturel que l'esprit humain convertit en signal, comme le départ des hirondelles signifiant la fin de l'été ou la fumée signant l'existence du feu. Si le signe du présent est relié à une réalité absente ou invisible qu'il représente, on parle en général de symbole, tel le signe de croix, symbole à la fois de mort et de résurrection.

Les mots ne seraient-ils pas comme l'affirme Cratyle des signes symboliques ? Apprêtons nous à  rechercher et découvrir cette nature symbolique des mots en inaugurant notre Quête par l'un des premiers signifiants inconscients qui a marqué l'esprit de l'homme confronté à  sa fin terrestre.

Le couple littéral cr est le messager de mort, "noir recruteur des ombres", funèbre scripteur qui signe de son empreinte mortelle et cassante de nombreux mots français.

La naissance de ce signe mortel s'est sans doute produite lorsque les hommes primitifs ont vu et entendu craquer les os des squelettes et les branches mortes, il ont alors inventé pour le communiquer des onomatopées du type crac, imitation du craquement perçu.

fracture-os.gifCette onomatopée est à l'origine du verbe craquer, mot imitant un bruit sec (choc, rupture) ou évoquant une chose brusque, de même que cric-crac, onomatopée exprimant le bruit soudain d'une chose qui se déchire ou se casse. Ainsi le son cr a été associé par conditionnement non conscient aux images de casse pour les objets et de mort pour les êtres vivants comme le démontre la litanie de cr qui marque nos mots français.

Crac ! Par cette onomatopée évocant un bruit sec, celui de corps ou d'os qui craquent, se brisent, se dévoile la Naissance du Signe, un signe inconscient qui se grave dans les cerveaux des premiers hommes.

Mourir, n'est-ce pas crever ? Quand on meurt on enterre la dépouille dans une tombe que l'on creuse, dans un sépulcre ou une crypte funéraire au milieu d'une nécropole.

croix2.jpgCe cr résonne dans la rubrique nécrologique, du grec nekros, mort, à l'origine de nécropsie, examen des cadavres, et de nécrophage se nourrissant des morts.Sur les tombes se dressent des croix (crux, crucis en latin, cross en anglais, Kreuz en allemand), signes visibles des morts enterrés.

 

Se Signer, c'est faire le signe de Croix.signe-croix.jpg
 
 
Le crâne osseux,ttetedemort.jpgla tête de mort en est bien le Symbole
 

Lorsqu'on tue un homme, on signe son crime; avant de tuer une masse d'individus, le chef donne le signal du massacre et la police donne le signalement de la crapule, apte à tuer. Le sacrifice est un crime religieux. La crémation avec ses fours crématoires consiste à brûler les morts.  Crever la peau à quelqu'un : le tuer, sacrifier sa peau: se tuer.

La fleur symbolique des morts en France est le chrysanthème que l'on dépose sur les tombes à la Toussaint.

chrysantheme.jpg

croque-mort.gifCelui qui signait la mort en croquant un orteil se nommait croque-mort ; le morceau de tissu noir que l'on portait en signe de deuil à la coiffure ou au revers de la veste est un crêpe noir, insigne de mort.

Le crépuscule signe la mort du jour et parfois celui des Dieux avec un C majuscule.

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L'eau morte est croupie. La trompette de la mort, qui peut être celle qui annonce le Jugement dernier dans l'Apocalypse de Saint Jean, est aussi un champignon qui se nomme craterelle.

 

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Le clergé, connaissait-il ce code des mots pour conditionner ses ouailles par le latin? Il est en effet curieux de constater l'absence du mot-clef qui aurait permis d’avoir des indices de cette motivation des mots. Ainsi il est bienséant d'employer le mot mourir pour définir notre fin terrestre et non pas le mot «crever», qui ne doit s’appliquer qu’au monde animal ou aux objets (le pneu crève)! On emploie pourtant toujours ce mot quand on est mort… de fatigue et on le redit encore dans la formule « recru de fatigue ».

 

Etymologiquement, crever est issu du latin crepare, éclater [en parlant d'un son], on est passé du sens d'éclater à celui de fendre (substantif une crevée) pour aboutir à celui de  mourir. Dans un domaine plus ludique, le parallèle entre «éclater de rire», «se fendre la gueule» et «mourir de rire». Il faut signaler que dans le latin creparer est présent le couple littéral ep relié aux sens de piqure/séparation que l'on retrouve dans le lexique français ; crêpe (morceau de tissu que l'on portait en signe de deuil, d'un être dont est défininitivement séparé) ainsi que dans sépulcre (séparation: ep et mort: cr).

 

Le son cr de casse

 

Les expressions "mort ou recru de fatique" sont équivalentes aux expressions populaires "être crevé  ou cassé". En effet le second sens inconscient du groupe phonémique cr est celui de casse pour les objets dont le symbole est la cruche qui tant va à l’eau, qu’à la fin elle se casse, témoignant de sa fragilité.

cruche.jpg

Le cr de la mort (casser sa pipe, casse-pipe) est en effet associé au cr du craquement, de l'écrasement, de l'écroulement, de l'écrabouillement, du crash.

 

La mine du crayon ou la craie casse, le sucre se casse sur le dos de quelqu'un, le cristal casse comme du verre, on craque, on croule sous…

crayon-casse-l-39.jpgLa perception d'un objet qui casse, fait enregistrer dans le cerveau droit les lignes géométriques  dynamiques qui y sont associées et cette notion de ligne «cassée», brisée, dentelée est inscrite dans les mots: cran, créneau, crénelé, crêpelé, crête montagneuse ou du coq, crosse, crochet, crochu, crépu…

cran.jpg

crete.jpgcreneau.jpgcrete-montagne.jpg

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Le crac des crustacés

 

L’écrevisse comme le crabe et la crevette, trois mots d’étymologie fort différente, font partie de la classe des crustacés (de crusta croûte). Les étymologistes enseignent que ces couples de lettres cr des crustacés ne sont que les fruits du seul hasard ! Un hasard très croustillant pour le gastronome français. Rappelons que dans l’inconscient collectif linguistique français cr est relié à deux sens : soit mort, soit casse (ou ligne cassée). Or pour manger les crabes, écrevisses et autres crevettes, il faut d’abord casser leur carapace. Le couple de lettres ev d’écrevisses et crevettes précise en outre qu’il faut les «vider». Ainsi le référent «crustacé» est symbolisé par la façon dont on le consomme pour le français (bon vivant gastronome).

Le cr de crabe et de Krebs (l’écrevisse allemande) est aussi un signe de mort puisque crabe et Krebs sont des symboles de cancer, autrefois quasiment toujours mortel (et toujours désignés comme tu-meurs).

crab1-jpg-thumbnail0.jpg

 

 

Le petit cr de la faim

 

Les expressions populaires de la faim : "avoir un petit creux, un creux à l’estomac, avoir les crocs, avoir une crampe d’estomac, un ventre qui crie famine, crever de faim ou crever la dalle" illustrent avec évidence l’importance de l’inconscient collectif dans l’évolution d’une langue et la grande illusion d’une étymologie consciente officielle. La langue s'enrichit par métonymie et  métaphore dont le fondement inconscient repose sur ces unités symboliques. En effet le langage populaire utilise 5 sémantèmes différents porteurs de cette même séquence littérale signifiante «cr» (creux, crampe, croc, crever, crie) pour signifier la faim, un besoin primitif vital. Manger est un impératif de survie et mourir de faim est hélas encore fréquent sur la planète. En France on parlait encore en 1690 d’un meurt-de-faim et en 1870 d’un crève-la-faim. Pour éliminer ce «cr» de faim, pour l’expulser, on casse la croûte (6ème sémantème en cr, qui met "out" le cr) ou on mange le casse-croûte.

casse-la-croute-beverly-hills.jpgDans un autre domaine encore plus croustillant, celui des relations sexuelles, voici une liste d’expressions où, si l’on psychanalyse les mots, il faut entendre la petite mort annoncée (mourir est synonyme de jouir) que l’inconscient dissimule dans le couple littéral «cr» :

 

Faire crac-crac – Accrocher le wagon – Bivouaquer dans la crevasse – Crapahuter le flemmard – Ecraser son mégot dans le gigot – Jouer du serre-croupière – Laminer l’écrevisse – Mettre le petit Jésus dans la crèche – Sacrifier à Vénus – Tirer sa crampe- Tremper son sucre- Faire crier (maman) – Faire une sieste crapuleuse – Arroser le cresson – Cracher son plaisir – S’accrocher au lustre.

Derrière le crac crac publicitaire de la biscotte (que l’on peut tremper aussi comme le biscuit !) et dans ce langage fleuri de métaphores résonne, à notre insu, une petite mort annoncée, tout aussi cr oustillante  avec ot pour évoquer le saut et ille la pénétration !

cra-cracrr.jpgCroire à l’immotivation et à l’arbitraire des signifiants, c’est d’une part nier l’existence de l’inconscient (compréhensible pour Saussure en 1900), et d’autre part croire à la génération spontanée du langage de l’hémisphère gauche. Nous sommes tous des robots programmés par les mots qui ont été inventés en grande partie pour cela par le Sorcier au service du chef de la tribu : le pouvoir des mots au service des hommes de pouvoir. Ce pouvoir ensorceleur des mots est connu depuis l’Antiquité et les hommes du clergé ne se sont pas privés de l’exercer. Tout apprentissage est un conditionnement qui programme l’hémisphère G et le langage n’y échappe pas. L’apprentissage syllabique de la langue masque une partie de la chaîne sonore du signifiant qui n’est plus entendue dans sa totalité. Dodo, donc, savants étymologistes conscients.  Nous préciserons plus loin les raisons de cet aveuglement.

 


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Commentaires (1)

1. signelinguistique (site web) 22/08/2012

Merci de votre appréciation et du BEAUCOUP en majuscules! Je vais améliorer ce site progressivement, mais j'ai commencé l'écriture d'un futur livre: la Langue de l'Inconscient qui permettra à chacun de lire autrement.

Bonne journée

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Date de dernière mise à jour : 08/01/2017

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