A partir de la conférence donnée à Milan le 12 mai 1972 : "du discours psychanalytique"
note: vouloir présenter le "sens du discours de lacan" semble un "contre-sens" car celui-ci est basé sur la primauté du signifiant sur le signifié. Nous nous y essayons malgré tout puisque lui même a choisi de faire un discours après avoir démontré dans une conférence précédante que "tout discours ne peut être qu'un semblant". Le principal est de voir si dans le signifié comme dans le signifiant ainsi produit nous pouvons en tirer des éléments utiles à croiser avec d'autres centres d'intérêts présentés sur ce site ;-) (voir aussi sur les rapports entre l'approche de Lacan, le confucianisme et l'écriture chinoise)

Sommaire :
  • Le jeu des signifiants
    • Quelques définitions (en linguistique)
    • Le signifiant est premier par rapport au signifié
  • La langue
    • Le jeu des signifiants est lié à la langue
    • La parole est une jouissance
    • L'inconscient est structuré comme un language
  • Le discours
    • La subjectivité de la science : créer un discours qui se tient
    • Les 4 types de discours
  • L'imaginaire, le symbolique et le réel : le noeud Borroméen

Le jeu des signifiants


Quelques définitions (en linguistique) tirées du petit Robert
  • Sens : idée ou ensemble d'idées intelligible que représente un signe ou un ensemble de signes
  • Signe : unité linguistique formée d'une partie sensible ou signifiant (sons, lettres) et d'une partie abstraite ou signifié. le morphème (forme minimum douée de sens), le mot sont des signes
  • Signifié : (1910) contenu du signe
  • Signifiant : (1910) manifestation matérielle du signe ; suite de phonème ou de lettres, de caractères, qui constitue le support d'un sens (opposé et lié au signifié)
  • Signification : rapport réciproque qui unit le signifiant et le signifié
Trois thèses sur la signifiance sont envisageables : la première (platonicienne) fait du signifiant l'expression temporelle et mondaine d'un signifié éternel, la seconde (heideggerienne) donne au signifiant le pouvoir de créer le signifié en ouvrant un monde, enfin la troisième (lacanienne) admet l'existence d'un "signifiant pur", sans signifié, grâce auquel on peut établir l'inconscient (Définition de Lacan sous forme de boutade : "Signifiant signifie lacanisation !")

Le signifiant est premier par rapport au signifié
  • "Le signifié", c'est à dire le contenu représentant un sens, est crée par le conscient : "le sens c'est ce qui s'avoue". Mais "ce n'est pas essentiel que cela ait un sens", le signifié n'est pas premier. Il faut au contraire se centrer sur le "dérapage du signifiant" (ou le "glissement du signifiant")
  • Le discours, (expression verbale de la pensée suivant le petit Robert), ne peut qu'être un semblant, car il se veut basé sur le sens (voir "d'un discours qui ne serait pas du semblant"). Le problème n'est pas que l'on fasse semblant mais qu'on finisse par y croire (en particulier les psychanalistes...).

La langue

Le jeu des signifiants est lié à la langue
  • La langue est spécifique à chacun (Il ne faut pas confondre la langue avec le langage qui en est une généralisation à l'homme).
  • Le "dérapage du signifiant" intervient par exemple lorsque l'on parle de sexualité, c'est ce qui a permis à Freud de découvrir l'inconscient: là où parler de la "sexualité" devrait avoir du sens, on s'empêtre dans des effets de langage (contrairement à ce que semblent vivre les animaux).
    note : Lacan s'interroge sur la raison de se "trou" que nous cherchons à combler avec des dérapages de langage. peut être est ce du chez l'homme à la situation de rut permanent, en d'autres termes à la perte l'oestrus. La société apporte également des "interdits" frustrants. Comme le dit Lacan "plût au ciel que les hommes fassent l'amour comme les animaux, çà serait agréable".

La parole est une jouissance
  • Ce que Freud a découvert c'est que la parole ne sert pas à quelque chose mais qu'elle implique une jouissance : il n'y a pas de discours qu'on ne peut interpréter en fonction de la jouissance (idem pour Marx qui part de la valeur d'échange. Mais il fait apparaitre la valeur d'usage qui est ce dont on jouie, alors que la valeur d'échange est un moyen)
  • Les pulsions partielles (dérives de la jouissance : manger, chier, voir ou parler) sont pris comme un substitut à la jouissance sexuelle. C'est comme cela qu'est introduite la référence au rapport sexuel. Mais il est rare que la jouissance sexuelle établisse un rapport. Il n'y a pas de rapport sexuel, juste un acte. La jouissance sexuelle est en quelque sorte détachée du rapport sexuel.
  • Pour l'être parlant, tout est dévié. Ce qui se dérobe à lui c'est ce rapport sexuel.

L'inconscient est structuré comme un langage
  • La langue est une autre forme d'accès au réel que l'image. Si on l'oublie, il est difficile de penser l'inconscient qui est fait de pensées.
    note : le rapport "signifiant" / "signifié" et le glissement du signifiant qui peut prendre plusieurs signification semble un concept proche de celui de "monde réel" / "". De ce point de vue, il est intéressant de voir que pour Lacan, le signifié n'est pas premier. De même, le réel n'est peut être pas premier ?
  • L'inconscient est structuré comme un langage. A partir du moment où on s'aperçoit que çà "parle" tout seul, qu'il n'est pas nécessaire d'être acteur, çà change tout. Mais "l'inconscient ne connait pas le principe de contradiction" (Freud), ce qui ne veut pas dire qu'il ne relève pas de la logique.
  • C'est donc la personne en demande dans l'analyse (ou son inconscient) qui est l'élément actif : Lacan l'a nommé "l'analysant". L'analyste le laisse parler et "se fait consommer". Ce qui est refoulé est de l'ordre du signifiant. Mais Freud explique que l'affect (l'émotion) n'est au contraire pas refoulée.
  • Cà se voit mieux dans les rêves où la parole fonctionne toute seule : le rêve est fait comme une phrase de demande, d'un Wunsch (voeux, désir. Ce mot en lui même est difficile à traduire en français, le wunsch est un évènement ponctuel, un "acte", (une sorte d'unité "motrice" minimale de la psyché) qui n'est pas de tout repos car il fait travailler l'inconscient. cf Kornobis)
  • En disant certaines choses (le rêve, les actes manqués, le mot d'esprit...) on en dit plus qu'on ne sait. L'interprétation des rêves, de la "psychopathologie de la vie quotidienne" ou des mots d'esprits permet de faire apparaitre le signifiant : "Il suffit d'analyser un rêve pour voir qu'il ne s'agit que de signifiant", mais "il n'y a pas de signifiant dont la signification serait assurée : elle peut toujours être autre chose". Il a donc plusieurs rapports entre le signifiant et le signifié (plusieurs significations). Freud a montré qu'il y a un autre savoir que l'on peut faire apparaitre en faisant parler les gens ; et ce qu'il y a d'étrange c'est que çà a beaucoup de rapport avec l'amour. Pourtant Freud n'a jamais parlé du rapport entre l'amour et le savoir qu'est l'inconscient.

Le discours

La subjectivité de la science : créer un discours qui se tient
  • Pour Aristote, la théorie est la façon de contempler le monde. Le monde contemplable est supposé être univers et on peut peut-être arriver à s'y égaler en le contemplant.
  • Pourtant, la science n'est pas aussi "objective" que l'a décrite plus tard Descarte. La démarche scientifique, consiste à établir des formules mathématiques signifiantes pure , mais se refuser à ce que ce soit pour signifier. "Moins elles signifient quelque chose, plus nous pouvons les ranger dans le point de vue scientifique". Les lois sont là pour aboutir à un certain point. En cela la science est finaliste. "L'idée même de la conservation d'énergie est une idée finaliste, celle aussi de l'entropie puisque justement ce qu'elle montre, c'est vers quel frein çà va, et çà va nécessairement". "Si on dit aujourd'hui qu'il n'y a pas de finalisme c'est parce que la science a changée".
  • "Descartes à fait décoller le sens qui est donné couramment au subjectif et à l'objectif : le subjectif est quelques chose que nous rencontrons dans le réel. Non pas que le subjectif soit donné pour "réel" au sens où nous l'entendons habituellement, c'est à dire qui implique l'objectivité : la confusion est sans cesse faite dans les écrits analytiques." Que le subjectif apparaisse dans le réel signifie qu'un sujet est capable "de se servir du jeu des signifiants non pas pour signifier quelque chose, mais précisémment pour nous tromper sur ce qu'il y a à signifier".
    note : dans la science, l'observateur ne peut pas être en dehors du monde qu'il observe contrairement à ce que voudrait une science "objective". Il introduit donc des éléments non objectifs en fonction de sa culture, de ses croyances, etc.
  • La science est une pratique du discours qui se tienne. Lacan a cherché une compréhension du discours, ou plutôt des discours.
Les 4 types de discours
Le discours est ce qui fait fonction de lien social (dans ce qui peut se produire par l'existence du langage). les différents types de discours peuvent se décrire à partir de 4 éléments.
Il faut au moins deux signifiants : le signifiant maître représente un sujet pour l'autre signifiant. mais il y a toute une part des effets du signifiant qui échappe totalement à ce que nous appelons couramment le sujet.
  • S1, le signifiant maître qui commande à S2.
  • S2, le signifiant qui vient après dans le discours. C'est le savoir
  • l'objet a, le vrai support de ce que nous voyons fonctionner pour spécifier chacun dans son désir (le "catalogue des pulsions"). C'est le "plus-de-jouir", la cause du désir (a est l'initiale de autre). La cause du désir est toujours un peu à coté de ce que l'on croit viser. Quelqu'un qui nait entre dans la réalité à titre de "a" : le désir de ses parents.
  • $, le sujet capable de se "servir du jeu des signifiants non pas pour signifier quelque chose mais pour nous tromper sur ce qu'il y a à signifier"

Il y a fondamentalement 4 discours (du Maître, de l'Université, de l'Hystérique et de l'Analyste). Le discours s'articule autour d'une "mise au travail" de l'"agent" (c'est ce que l'on croit faire). Mais il y a une "impuissance" qui sépare le produit du discours de la vérité (ce qui est insu).


note : (ce schéma repris ailleurs que dans la retranscription me semble plus accessible)

Quelques remarques :
  • Le discours capitaliste est le substitut du discours du maître : Il y a juste une inversion entre le signifiant maître S1 et le sujet $. "C'est follement astucieux". Il a été inventé par Marx. Tout ce dont il s'agit dans le discours c'est uniquement la plus-value. La plus-value c'est la forme scientifique du "plus-de-jouir". L'exploitation du désir est la grande invention du discours capitaliste. "On ne pouvait rien faire de mieux pour que les gens se tiennent un peu tranquilles, et d'ailleurs on a obtenu le résultat. C'est beaucoup plus fort qu'on ne le croit. Heureusement qu'il y a la bêtise qui va peut-être tout foutre en l'air".
  • Freud fait la distinction entre : la source (Quelle), la poussée (Drang), le but (Ziel) et l'objet (Objekt) (le contour n'est nul part perceptible mais seulement constructible logiquement, c'est une topologie )
  • Lacan ne fait pas une théorie. Il n'a pas une nouvelle conception de l'homme car il ne fait pas un discours du maître, de l'universitaire ou de l'hystérique : il fait un discours psychanalytique.

L'imaginaire, le symbolique et le réel : le noeud borroméen

  • "Le réel, par la science, s'est mis à foisonner. Le réel est devenu une présence qu'il n'y avait pas avant, à cause du fait qu'on s'est mis à fabriquer un tas d'appareils qui nous dominent". le réel nous écrase. "Les taoistes ont interdit même l'usage de la cuillère, ils l'ont interdit au nom de la vie".
    • "Toute l'évolution philosophique, pour qu'elle ait pu aboutir à cette extravagante opposition du et de l'idéalisme, montre bien que le réel n'est pas facile à trouver". On cherche "un certain réel, et pas n'importe lequel : un réel qui est mesurable, qui est quantifiable dont le ressort est en fin de compte le nombre" (voir aussi la spécificité du nombre 2 dans "".
  • Sans la référence à l'imaginaire, il y un tas de choses qui ne fonctionneraient pas dans le réel. L'imaginaire fonctionne dans le réel (voir par exemple l'impact des mondes virtuels dans le monde réel : rencontres, etc.)
  • La distinction entre l'imaginaire et le symbolique (lalangue et non le symbole) est très important dans la fonction analytique.
  • La pratique analytique repose sur la distinction entre :
    • La langue que l'on parle (le symbolique)
    • le réel dont nous sommes encombrés
    • Le fait que l'homme imagine. c'est cela qui supporte sa vie
  • Le réel, l'imaginaire et le symbolique sont liés : l'un des trois lie les deux autres comme dans le noeud Borroméen.

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